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Libye: pourquoi Alexandre Djouhri intéresse la justice française

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 22/02/2018 à 09H42, mis à jour le 22/02/2018 à 09H42

Alexandre Djouhri 13 janvier 2018 à Londres
Alexandre Djouhri le 13 janvier 2018 à Londres, en Grande-Bretagne.  © Tolga Akmen/AFP

Les juges français qui enquêtent sur les accusations de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2017 veulent l'entendre. L'homme d'affaires Alexandre Djouhri est désormais à leur portée. Sous le coup d'un mandat d'arrêt européen, il a été interpellé par la police britannique mais il a été libéré sous caution.


L'homme d'affaires franco-algérien Alexandre Djouhri, résident suisse, fait figure de personnage-clé de l'enquête ouverte à Paris depuis 2013 pour vérifier les accusations lancées deux ans plus tôt par l'ancien président libyen Mouammar Kadhafi et son fils Seif el-Islam, selon lesquelles Nicolas Sarkozy avait bénéficié de leurs fonds pour sa campagne de 2007.

L'ancien président a toujours rejeté ces accusations et Alexandre Djouhri, 58 ans, a réussi à se soustraire aux demandes de la justice et n'a ainsi pas répondu à la convocation des enquêteurs français en septembre 2016. 

Une transaction suspecte avec Béchir Saleh
A cette époque, après trois ans d'investigations, les juges d'instruction du pôle financier de Paris ne disposaient pas de preuves irréfutables d'un financement libyen, mais d'une série de témoignages et d'éléments troublants.

Parmi eux, la vente suspecte en 2009 d'une villa située à Mougins (Alpes-Maritimes), pour environ 10 millions d'euros, à un fonds libyen géré par Béchir Saleh, l'ancien directeur de cabinet et grand argentier de Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen évincé du pouvoir et tué en 2011.

Or les juges soupçonnent Alexandre Djouhri d'être le véritable propriétaire et vendeur de ce bien et de s'être entendu avec Béchir Saleh, l’ancien conseiller du colonel Kadhafi, pour fixer un prix d'achat «très surévalué», selon les éléments de l'enquête rapportés à l'AFP.

Le parquet national financier avait alors étendu ses investigations à de possibles détournements de fonds commis à la faveur de cette vente, en lien avec l'affaire.

Les magistrats pensent aussi qu'Alexandre Djouhri a aidé Béchir Saleh à quitter la France, en jet privé via le Niger au printemps 2012, alors qu'il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt dans son pays. Une exfiltration qui lui a permis de rejoindre ensuite l'Afrique du Sud.

En attente d'être extradé vers la France
Longtemps réputé proche du clan chiraquien, et notamment de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, Alexandre Djouhri s'est, au fil des années, rapproché des réseaux de Nicolas Sarkozy.

Dans une série de conversations interceptées par les enquêteurs, l'homme d'affaires avait promis de faire parvenir aux juges une lettre dans laquelle Bachir Saleh démentirait un financement de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Alexandre Djouhri a finalement été interpellé dimanche 7 janvier 2018 à Londres. Il était visé par un mandat d'arrêt européen lancé par les juges d'instruction du pôle financier de Paris en décembre 2017. Après cinq nuits en détention, il a été effectivement libéré le 10 janvier  après avoir payé la somme d'un million de livres (1,13 million d'euros) qui lui était réclamée.

L'obligation de présentation quotidienne au commissariat de Notting Hill est une autre des conditions mises à sa libération, avec celle de devoir résider dans l'appartement de sa fille à Londres et l'imposition d'un couvre-feu. Avant son audience d'extradition fixée au 17 avril 2018, une première audience procédurale se tient le 22 février 2018.