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Libye: Tripoli à nouveau plongée dans le fracas des armes

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 03/09/2018 à 15H43

Forces sécurité libyennes
Des forces de sécurité libyennes montent la garde à un poste de contrôle, le 23 août 2018, sur le site d'une attaque dans la ville de Zliten, à 170 km à l'est de la capitale Tripoli. Cette attaque avait tué six soldats du gouvernement Sarraj soutenu par l'ONU.
© MAHMUD TURKIA/AFP

En dépit de l’appel de Londres, Rome, Paris, Washington et l’ONU à un arrêt immédiat des hostilités à Tripoli, les combats faisaient toujours rage le 3 septembre 2018 à la périphérie Sud de la capitale libyenne. Les affrontements qui ont repris il y a une semaine entre milices rivales ont fait au moins quarante morts et permis l’évasion de quelque 400 détenus dont nombre de Kadhafistes.


Depuis le 27 août 2018, la périphérie Sud de la capitale libyenne a renoué avec les affrontements entre milices rivales pour le contrôle de la région de l’aéroport qui s’apprêtait à rouvrir ses portes et ses pistes à la navigation, quatre ans après sa destruction.

Conflit d'intérêts entre les milices de Tripolitaine 
Selon le journal Le monde, les troubles ont éclaté lorsque la 7e brigade, la principale milice de Tarhouna dans la banlieue méridionale de Tripoli, a commencé à progresser vers l’aéroport international du pays.
 
Bien que loyale au gouvernement internationalement reconnu de Fayez el Sarraj et malgré l’accord inter-milices intervenu fin mai à Paris sous les auspices du président Macron, la 7e brigade s’est vue bloquée dans sa progression par d’autres milices de Tripolitaine.
 
Depuis des mois, la tension ne cessait de monter entre les diverses milices qui contrôlent de fait la sécurité de la capitale, virant au conflit d’intérêts notamment avec la perspective de la reprise du trafic aérien.
 
«La 7e Brigade considère que ce secteur de l’aéroport lui revient, car une partie importante de la population riveraine est originaire de Tarhouna, c’est une affaire tribale», estime un expert cité par le quotidien français.
 
Selon lui toujours, «tout le monde veut sa part du gâteau de Tripoli et des ressources que la ville offre» et les affrontements seraient plus liés à l’appât du gain qu’à des différends idéologiques.  
 
Combats meurtriers et blocage des secours
Combats et tirs d’obus de mortiers ont fait jusque là au moins 47 morts et 129 blessés dont la plupart des civils, selon un bilan du ministère de la Santé.
 
«Les groupes armés ferment les routes menant à leurs positions et bloquent l’accès à l’aide et aux secours», a indiqué un porte-parole des services de secours à l'Agence France-Presse, précisant que des familles coincées au milieu des combats n’avaient pas pu être évacuées.
 
Ce retour de chaos dans la capitale libyenne après dix-huit mois de calme relatif a aussitôt été mis à profit. Après avoir déclenché une émeute, quelque 400 détenus se sont évadés de la prison de Aïn Zara dans la banlieue Sud de Tripoli.
 
La plupart des détenus de cette prison étaient soit de droit commun soit d’anciens partisans du régime de Mouammar Kadhafi, condamnés notamment pour meurtre au moment de la rébellion de 2011.
 
Les gardes ont laissé faire pour «épargner la vie» des prisonniers, a déclaré une source policière, tandis qu’un responsable du ministère de la Justice affirmait que les prisonniers s’étaient évadés de l’aile A, réservée aux détenus de droit commun.
 
Les partisans de l’ancien régime sont détenus dans une autre aile où «aucun trouble n’a été enregistré», a-t-il tenu à préciser sous couvert d’anonymat.
 
Un appel de l'ONU inaudible
La reprise des combats dans une capitale au cœur d’une lutte d’influence entre milices en quête d’argent et de pouvoir hypothèque sérieusement les chances d’organiser des élections avant la fin de l’année, tel que prévu par le plan de règlement de l’ONU.
 
Dans un communiqué daté du 1er septembre, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a condamné «la poursuite des violences dans et autour de la capitale de la Libye, et notamment les bombardements à l'aveugle auxquels ont recours des groupes armés, qui tuent et blessent des civils, dont des enfants».
 
Il a également exhorté «toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités» et à se conformer aux accords de cessez-le-feu conclus dans le passé sous l'égide des Nations Unies. Un appel rendu inaudible par le fracas des armes.