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Lituanie,  Europe

Lituanie: l’émigration, l'un des gros points noirs du pays

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 22/10/2016 à 10H23, mis à jour le 26/10/2016 à 14H30

Dans rue à Vilnius capitale Lituanie 6 janvier 2016
Dans la rue à Vilnius, capitale de la Lituanie, le 6 janvier 2016. © Mindaugas Kulbis/AP/SIPA

Comme nombre de pays d’Europe de l’Est, la population de la Lituanie baisse régulièrement: au 1er janvier 2015, à 2,921 millions d’habitants, elle avait diminué de 0,75% par rapport à 2014. La cause principale : l’émigration, notamment celle des jeunes, qui a été l’un des principaux thèmes de la campagne électorale pour les législatives, dont le second tour a eu lieu le 23 octobre 2016.


Les chiffres donnent le vertige. Depuis la fin de la présence soviétique en 1991, la Lituanie a perdu plus de 20% de sa population. Mais comme toujours en matière démographique, les causes sont multiples.

Aux dires des chiffres, les décès sont supérieurs aux naissances: en 2014 (selon un dernier bilan), on a ainsi compté 40.300 décès contre 30.400 naissances. Dans le même temps, le chômage est très fort (9,1%) et touche particulièrement les jeunes. Ce qui a entraîné une émigration massive, notamment à partir de 2004, quand le pays est devenu membre à part entière de l’Union européenne. Le phénomène s’est accentué avec «la crise économique de 2008, qui a provoqué une contraction du PIB de 15% sur un an», notent Les Echos. Par la suite, une cure d’austérité douloureuse a remis la Lituanie en selle, avec une croissance de 3% entre 2013 et 2015. Mais les coupes dans le budget de la Sécurité sociale et d’autres dépenses publiques ont également aggravé la situation migratoire.

«Cela accélère d’autant la baisse de la natalité chez les jeunes femmes. Les femmes sont d’ailleurs de très loin majoritaires dans le pays, à 53,3% contre 46,7% d’hommes», précise le site populationdata.net

Dans bureau vote à Vilnius 9 octobre 2016

Dans un bureau de vote à Vilnius, le 9 octobre 2016 © Mindaugas Kulbis/AP/SIPA


Un phénomène traditionnel
Pour autant, l’émigration n’est pas que conjoncturelle. Il s’agit d’un phénomène traditionnel qui fait de la Lituanie «l’un des peuples les plus migrateurs d’Europe», note le site voxeurop.eu. «Des vagues plus ou moins importantes d’émigrants lituaniens ont quitté le pays au cours des derniers siècles.» Notamment entre le XVIIIe et le début du XXe siècle. Plusieurs centaines de personnes sont ainsi parties aux Etats-Unis, en Russie et au Royaume-Uni. A noter que 13% d’entre elles étaient de confession juive (pendant la guerre, 195.000 Lituaniens juifs, sur une communauté forte de plus de 200.000 personnes, ont été massacrés par les nazis et leurs supplétifs locaux).

De nos jours, l’émigré lituanien type, selon Voxeurop, est un «un jeune de moins de 34 ans, diplômé du supérieur ou d’un institut professionnel, mais au chômage depuis plusieurs années en Lituanie, célibataire ou en famille qu’il emmène avec lui». En 2015, il est parti principalement au Royaume-Uni (dans 43% des cas). Une destination suivie de l’Allemagne (7%), de l’Irlande (7%) et de la Norvège (6%). A noter qu’en 2015, 49% des partants étaient âgés de 20 à 24 ans.

Et l’immigration, dans tout ça?
Et qu’en est-il de l’immigration, forcément peu importante? Les chiffres sont rares. Aux dires d’un communiqué de la présidence lituanienne en 2015, le pays a reçu en 2014 «496 demandes pour l’obtention du statut de réfugié, 6000 immigrés illégaux ont été arrêtés, principalement en provenance d’Afghanistan, de Syrie, du Vietnam, de Russie, de Biélorussie et de Géorgie». La Lituanie «est une société homogène avec une expérience limitée d'intégration de non-Européens», constate un enseignant de l'université de Vilnius (la capitale), Kestutis Girnius. Tout en déplorant «la peur exagérée» des milieux politiques de «voir le modèle de la société changer».

Dans le même temps, le pays compte une importante minorité polonaise (7% de la population) et russe (également 7%). La loi accorde à tous les citoyens, «quelle que soit leur origine ethnique, une égalité des droits politiques, économiques et sociaux», rappelle l’institut Robert-Schuman. Une cohabitation qui ne semble pas soulever trop de problèmes, même si ces minorités expriment des inquiétudes vis-à-vis des nationalistes lituaniens.