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Royaume-Uni,  Afrique

Londres veut définitivement reléguer le commerce de l'ivoire dans le passé

Par Véronique le Jeune (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 07/04/2018 à 14H23, mis à jour le 07/04/2018 à 15H05

Défenses éléphants rassemblées par l'explorateur allemand Eduard Schnitzer
Défenses d'éléphants rassemblées par l'explorateur allemand Eduard Schnitzer (1840-1892) lors de ses missions en Afrique. © Leemage / AFP

«L'ivoire ne devrait jamais être considéré comme une marchandise pouvant rapporter de l'argent ou comme un symbole de statut social, nous allons donc introduire l'une des interdictions de vente d'ivoire les plus strictes au monde afin de protéger les éléphants pour les générations futures», a déclaré le ministre britannique de l'Environnement Michael Gove dans un communiqué daté du 3 avril 2018.


Pour le Royaume-Uni, combattre la marchandisation de l'ivoire reste d'une cruelle actualité malgré l'engagement de plusieurs pays africains, comme le Kenya, à lutter sévèrement contre le braconnage.

«L’ivoire appartient aux éléphants et aux rhinocéros. Nous allons changer nos lois afin que quiconque attrapé avec de l’ivoire soit emprisonné pour la vie», a ainsi déclaré Najib Balala, le ministre kényan du Tourisme le 1er avril 2018.

Selon les associations de protection des animaux, environ 20.000 éléphants sont tués chaque année, soit environ 55 chaque jour, alimentant un marché souterrain très prospère.

Le braconnage a fait disparaître 80% de la population des éléphants du Gabon (chiffres 2017).

Plus aucun objet contenant de l'ivoire même ancien ne sera autrorisé à la vente
A Londres, la nouvelle législation est annoncée comme la plus stricte d'Europe en matière d'interdiction du commerce de l'ivoire.
 
Alors que la vente d'objets en ivoire fabriqués avant 1947 est actuellement autorisée au Royaume-Uni, un projet de loi prévoit d'interdire complètement de vendre tout article contenant de l'ivoire, quelle que soit la date de sa fabrication.

Cette décision, qui doit être validée par le Parlement, a été prise après une consultation publique lors de laquelle 88% des 70.000 répondants ont soutenu l'interdiction.
 
Les contrevenants risqueront une amende d'un montant illimité et jusqu'à cinq ans de prison.

Les Britanniques espèrent que leur exemple fera des émules dans le monde
Quelques exceptions sont toutefois prévues pour les objets contenant moins de 10% d'ivoire et fabriqués avant 1947, pour les instruments de musique fabriqués avant 1975 et contenant moins de 20% d'ivoire ou encore pour des articles particulièrement rares et importants vieux d'au moins 100 ans. 
Les musées seront également épargnés par cette interdiction.

La directrice de WWF, Tanya Steele, a salué la volonté du Royaume-Uni mais souligné que «si nous voulons arrêter le braconnage de cet animal majestueux (éléphant, NDLR), nous avons besoin d'une action mondiale».

La balle est aussi dans le camp du consommateur
«Nous espérons que le Royaume-Uni continuera à faire pression sur les pays où se trouvent les plus grands marchés de l'ivoire, pour la plupart en Asie, afin qu'ils mettent fin à leur commerce», estime encore Mrs. Steele, citée dans le communiqué du gouvernement.

Pour le président de l'ONG Stop Ivory, John Stephenson, cette annonce envoie un «message puissant au monde, que l'ivoire ne peut plus être utilisé comme une marchandise. Lorsqu'on arrête d'acheter (de l'ivoire), on arrête de tuer (les éléphants)».