Eclairage

Monde,  Afrique

Lutte contre les atteintes sexuelles à l'ONU: Antonio Guterres bat le rappel

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 20/09/2017 à 14H25, mis à jour le 20/09/2017 à 16H01

Antonio Guterres 1 juin 2017
Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le 1 juin 2017, en Russie © Evgeny Biyatov / Sputnik

Plus d'une décennie après avoir été alertées du fléau, notamment lors d'opérations en Afrique, les Nations unies s'emploient désormais à mettre fin à l'impunité et, surtout, à soutenir les victimes d'exploitation et d'abus sexuels dans le cadre des missions conduites par l'ONU. Son secrétaire général, Antonio Guterres, en a fait une priorité absolue.


C'est «la» priorité du secrétaire des Nations unies depuis sa prise de fonction en janvier 2017. Antonio Guterres prône la tolérance zéro contre l'exploitation et les atteintes sexuelles perpétrées dans le cadre des missions onusiennes. 

Tolérance zéro
«L'exploitation et les abus sexuels n'ont pas de place dans notre monde. C'est une menace mondiale et il faut y mettre fin. Nous sommes ici pour prendre des mesures audacieuses, urgentes et nécessaires pour mettre fin à l'exploitation et aux abus sexuels une fois pour toutes aux Nations unies»,  a déclaré Antonio Guterres le 18 septembre 2017 lors d’une réunion, en marge de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies. 

Le chef de l'ONU a aussi rappelé que l'exploitation et les abus sexuels ne concernaient pas que les soldats de la paix mais «l'ensemble des Nations unies».


Vidéo mise en ligne le 18/09/2017 (ONU)

«Chaque victime mérite justice et notre soutien total», a-t-il par ailleurs souligné. Les victimes sont la préoccupation numéro 1 du secrétaire général qui a présenté en février 2017 son plan de lutte contre l’exploitation et les abus sexuels dans le système des Nations unies.

A ce titre, et c’est une première à l’ONU, une défenseuse des droits des victimes a a été nommée fin août 2017. L’Australienne Jane Connors aura pour mission d’élaborer, selon Antonio Guterres, «des mécanismes et des politiques à l'échelle du système afin de promouvoir des processus fiables tenant compte des différences entre les sexes et du cas des enfants;  et permettant aux victimes et aux témoins de déposer des plaintes». 


La coordonnatrice spéciale sur l’amélioration de la réponse des Nations unies à l’exploitation et à l’abus sexuels, Jane Holl Lute, revient sur la nécessité d'une mobilisation internationale pour lutter contre ce fléau (ONU Info)

Les Africains en première ligne
Si «la menace est mondiale», le continent africain est singulièrement touché par le fléau. Et ce à double titre : la majorité des opérations de maintien de la paix se déroulent en Afrique et nombreux sont les pays africains qui fournissent des Casques bleus.

​Ce sont d'ailleurs la multiplication des scandales sur le continent qui ont permis aux Nations unies de prendre conscience du problème, que ses personnels soient directement impliqués ou non. 

Ainsi, selon un rapport des Nations unies publié en février 2017, 52 des allégations d’exploitation et d’abus sexuels - sur 103 répertoriées en 2016 et mettant en cause du personnel onusien - concernaient la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca). A noter que 65% de ces affaires remontaient à 2015. 

L'ONU tente pourtant d'endiguer le phénomène qui la mine depuis des décennies. «En avril 2003, (l'Assemblée générale des Nations unies) a adopté la résolution 57/306 dans laquelle elle a prié le secrétaire général de prendre des mesures en vue de prévenir l’exploitation et les violences sexuelles dans les opérations humanitaires et de maintien de la paix et d’intervenir rapidement en cas d’allégations», rappelle un document de l'ONU datant de juin 2016.

Dans la foulée de cette de cette résolution «relative à l’enquête sur l’exploitation sexuelle de réfugiés du fait d’agents des services d’aide humanitaire en Afrique de l’Ouest», une circulaire a été notamment publiée en 2005 pour rappeler la conduite à tenir «à tous les fonctionnaires des Nations Unies, y compris ceux des organismes et programmes relevant d’une administration distincte». Objectif: «prévenir et régler les cas d’exploitation et d’abus sexuels»

Les Etats invités à s'impliquer davantage
De même, «gravement préoccupé par les allégations faisant état d’actes d’exploitation et de violences sexuelles commis sur des mineurs en République centrafricaine par des membres de forces militaires étrangères ne relevant pas du commandement de l’ONU, ainsi que par la suite donnée par l’Organisation aux dites allégations, le secrétaire général a, en juin 2015, chargé un groupe externe indépendant d’enquêter sur la question», souligne le même rapport.  

Lors de la précédente assemblée des Nations unies en 2016, l’organisation avait également édicté un certain nombre de mesures pour «prévenir» les exploitations et les abus sexuels. Aujourd’hui, elle se veut encore plus impitoyable et tente de s'en donner les moyens en mobilisant les Etats membres. Pour les Nations unies, «la bataille (...) ne pourra être gagnée que si les Etats membres y participent activement et assument leurs responsabilités»

Antonio Guterres a ainsi mis en place le Cercle des dirigeants afin de bénéficier du poids politique de ses membres dans sa croisade. Au 18 septembre 2017, «56 dirigeants mondiaux ont accepté de m'épauler», a-t-il annoncé. Un fonds pour les victimes de l'exploitation et des abus sexuels a été mis en place. Les pays ont été de nouveau invités à y contribuer.