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Madagascar : forces spéciales et drones pour traquer les voleurs de zébus

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 23/06/2016 à 10H59, mis à jour le 31/05/2017 à 16H06

Des zébus malgaches symboles richesse
Des zébus de Madagascar, symboles de richesse. Ils sont particulièrement recherchés par les voleurs de bovidés appelés «dahalos» qui écument le sud du pays. © Photo AFP/Guiziou Franck

Madagascar a décidé d’utiliser les grands moyens pour neutraliser les dahalos. Ces voleurs de zébus sèment la terreur dans le sud du pays. Ils n’hésitent pas à affronter les forces de sécurité qui tentent de les stopper. Une unité d’élite hyper-équipée vient d’être installée pour les traquer. Elle sera appuyée par des drones et disposera de mitrailleuses lourdes, de char blindé et d'hélicoptère.


La base opérationnelle de cette unité d’élite a été implantée à Mahabo, dans le district de Betroka. La localité jouxte la chaîne montagneuse d’Andridy dans le sud du pays, une zone connue pour être la plaque tournante du vol de zébus, une vache à bosse caractéristique de Madagascar.
 
Des bandes criminelles organisées
La dernière victime des dahalos est un gendarme. Il a trouvé la mort le 31 mars 2016 sur une piste de troupeaux volés, au cours d’une fusillade meurtrière avec les voleurs. Son décès porte à 39, le nombre de gendarmes tués au cours des cinq dernières années.
 
En février 2016, une bande de voleurs de zébus, armés de kalachnikov et de fusils de chasse ont attaqué le petit village d’Antanamaro, près d’Ilakaka, dans le sud du pays. Ils ont brûlé des cases et ont emporté près de 400 bovins.
 
Ils ont été aussitôt pris en chasse par des gendarmes accompagnés d’une foule de villageois en colère. Les bovins ont été récupérés. La chasse à l’homme s’est soldée par la mort d’un éleveur de zébus abattu par les assaillants dont douze ont été tués.
 
En 2015, les autorités malgaches avaient ordonné une opération militaire anti-dahalo pendant quatre mois dans le sud du pays, classée zone rouge. Beaucoup de civils avaient dû fuir leurs villages pour échapper aux affrontements entre les forces de sécurité et les dahalos.
 
Bilan: 160 morts parmi lesquels des civils. Un collectif d’organisations citoyennes malgaches avait dénoncé de nombreuses bavures de la part des forces de sécurité.
 
«C’est vrai qu’il y a parfois des bavures en raison d’éléments indisciplinés», a reconnu le ministre de la Défense.
 
Fortement armés, les dahalos attaquent désormais par centaines et n’hésitent pas à affronter les forces de sécurité.
 
«Les dahalos sont des gens sans foi ni loi. Ils peuvent aller dans les campagnes, brûler toutes les maisons, tuer des femmes enceintes», affirme un officier malgache.
 

Troupeau zébus dans sud Madagascar

Un troupeau de zébus dans le sud de Madagascar. C'est dans cette région de la grande île qu'opèrent les dahalos, ces voleurs de zébus que les autorités malgaches veulent anéantir. © Photo AFP/Pete Oxford


Le zébu, synonyme de richesse
Come l’explique le député malgache du sud-ouest, Mara Niarisy, «traditionnellement, le vol de zébus était un rite de passage permettant aux jeunes Malgaches de prouver leur virilité. C’était aussi un moyen de remplir des obligations sociales, comme la dot et les offrandes pour les enterrements.»
 
Cette pratique ancestrale n’est donc plus ce qu’elle était. Aujourd’hui, on vole en bandes criminelles pour s’enrichir. Un zébu peut se revendre jusqu’à 200 euros.
 
«Le rang social se définit en effet par le nombre de zébus qu’un individu possède… Les vols ont changé de forme à partir des années 80, perpétrés par des groupes armés qui ciblent des centaines de zébus et qui sont devenus de plus en plus violents», explique à l’AFP le journaliste et écrivain malgache Latimer Rangers.
 
Pour lui, le trafic est alimenté par la grande impunité dont ont bénéficié jusqu’à présent ces criminels: «Les dahalos ont échappé à maintes reprises à la justice à cause de la corruption. Les victimes sont frustrées», constate Latimer Rangers.
 
Des zones rouges sans aucun contrôle
Selon l’agence Irinnews, un tiers de Madagascar est recouvert par des zones rouges où les voleurs de zébus font la loi. Ces zones couvriraient près de 200.000 kilomètres carrés de territoire sur lesquels «le gouvernement n’exerce que peu de contrôle, voire aucun, et où le banditisme prospère».
 
Les autorités malgaches veulent donc y mettre un terme. La force spéciale anti-dahalos qui vient d’être mise en place doit restaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Elle a pour mission de traquer les dahalos et de les mettre hors d’état de nuire partout où ils se trouvent sur la grande île.