Mandela, un homme, une prison, un peuple libéré

Par Laurent Filippi | Publié le 29/04/2013 à 10H44, mis à jour le 11/02/2015 à 14H57

Nelson Mandela, qui est mort le 5 décembre 2013 à l'âge de 95 ans, a passé 27 ans de sa vie derrière les barreaux.

20 photos retracent ses périodes carcérales, de sa première arrestation en 1956 jusqu’à sa libération, le 11 février 1990.

  • Le 28 décembre 1956

    Le 28 décembre 1956,

    des partisans de l’African National Congress (ANC) lèvent le pouce, l’un des signes symboliques du parti, au passage d’un fourgon de prisonniers où sont enfermés des militants anti-apartheid. 

    152 membres de l'ANC, dont Nelson Mandela qui y a adhéré dans les années 40, sont accusés de trahison. Le procès, qui s’étale sur cinq années, s’achève par l’acquittement de tous les prévenus en 1961.

    L’ANC, parti politique d’Afrique du Sud membre de l'Internationale socialiste, défendait les intérêts de la majorité noire contre la minorité blanche lorsque la politique de l’apartheid, un régime de ségrégation raciale mis en place en 1948, est instauré dans le pays. 

    © AFP

  • A Sharpeville 21 mars 1960

    A Sharpeville, le 21 mars 1960,

    des hommes, des femmes et des enfants, tous noirs, sont fauchés par les tirs de la police sud-africaine, lors d’une manifestation.

    180 personnes sont blessées et 69 autres tuées. Une semaine plus tard, le gouvernement déclare l'état d'urgence et arrête 18.000 personnes. L'ANC devient un parti hors la loi de 1962 à 1990.

    Suite à ce massacre, abandonnant la lutte pacifiste, Mandela prend la tète de l’Umkhonto We Sizwe (MK), la branche armée clandestine de l’ANC.
    AFP

    © AFP

  • Une sculpture

    Une sculpture

    de Marco Cianfanelli de 10 mètres de hauteur est inaugurée en août 2012. Composée de 50 barres d'acier enfoncées dans une plaque de béton, elle symbolise l’incarcération de Mandela.
     
    Cette œuvre est érigée à Howick, lieu où Mandela a été arrêté le 5 août 1962. A l’époque, on lui reproche d’avoir quitté le territoire sans autorisation et d’avoir incité à la grève. Mandela est alors condamné à cinq ans d’emprisonnement.

    Mais en 1963, la police découvre l’existence d’Umkhonto we Sizwe. Mandela et plusieurs dirigeants de l’ANC et du MK sont accusés de conspiration, sabotage et haute trahison contre le gouvernement.

    Certains chefs d’accusations sont passibles de la peine de mort.

    © AFP PHOTO / RAJESH JANTILAL

  • Les huit inculpés

    Les huit inculpés

    du procès de Rivonia sont Nelson Mandela, Walter Sisulu, Gowan Mbeki, Raymond Mhlaba (en haut, de gauche à droite), Elias Motsoaledi, Andrew Mlangeni, Ahmed Kathrada et Dennis Goldberg (en bas).
     
    Ce procès permet à Pretoria de poursuivre judiciairement les dirigeants de l'ANC, un parti toujours interdit.
     

    © REUTERS / Radu Sigheti

  • Le 16 Juin 1964

    Le 16 Juin 1964,

    les huit accusés, dont Nelson Mandela, quittent, poings levés, le palais de justice de Pretoria, à  la fin du procès de Rivonia (octobre 1963/juin 1964).
     
    Mandela, qui purgeait déjà sa peine de prison, ainsi que Sisulu, Mbeki, Motsoaledi, Mlangeni, et Goldberg, sont condamnés devant la haute cour du Transvaal à la réclusion à perpétuité sur l'île-bagne de Robben Island, au large du Cap.

    © AFP

  • Robben Island

    Robben Island,

    d’une superficie d’environ 5 km², est située à environ 14 km au large du Cap.
     
    Robben, qui veut dire phoques en afrikaan, la langue des colons néerlandais, a été baptisée ainsi car ces animaux sont nombreux dans les eaux entourant l’île.
     
    C’est sur cette terre qu’est construite la colonie pénitentiaire où trois des présidents sud-africains - Nelson Mandela, Kgalema Motlanthe et Jacob Zuma - ont été incarcérés.
     
    Depuis  1999, l'île est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco.
     

    © AFP/Photo: Karlheinz Schindler

  • Des touristes

    Des touristes

    visitent la prison de Robben Island transformée en musée en 1996.
     
    Avant de devenir l’une des prisons les plus célèbres du monde, elle a d’abord été une léproserie, un asile psychiatrique puis un lieu militaire.
     
    Mais en 1961, elle est une prison de haute sécurité pour des personnes condamnées à de longue peine. Elle accueillera au fil des ans bon nombre de militants anti-apartheid.

    © REUTERS/Mike Hutchings

  • ​Suite à sa condamnation

    ​Suite à sa condamnation

    au procès de Rivonia, Nelson Mandela est enfermé pendant dix-neuf ans à Robben Island.

    Son épouse de l’époque, Winnie, n’aura pas le droit de lui rendre visite pendant deux ans.

    Ses enfants, issus d'un premier mariage, attendront quatre ans pour le voir. Quant à ses autres filles, Zenani et Zindziswa, ne pourront pas l’approcher pendant plus de dix ans.

    © REUTERS/Siphiwe Sibeko

  • Le 10 Février 1995

    Le 10 Février 1995,

    Mandela visite son ancienne cellule, où il a passé près de vingt ans sur ses vingt-sept années de captivité.

    En 1968, à la mort de sa mère, puis quelques mois plus tard, de son fils aîné, il vit l’un des moments les plus durs de sa captivité. Il n’est pas autorisé à se rendre à leurs obsèques.

    © AFP/ GUY TILLIM

  • Une page d’agenda

    Une page d’agenda

    que Mandela a tenu lors de son emprisonnement.

    Il y note tout : ses rendez-vous médicaux, son poids, les petits détails de la vie carcérale et  les grands moments de l'histoire sud-africaine ou internationale.
      
    Ce journal écrit quotidiennement lui a permis de rédiger ses mémoires, La longue marche vers la liberté, vendue à 7 millions d'exemplaires. 
     
    A sa libération, Mandela conservera cette habitude.

    © REUTERS/Radu Sigheti

  • En plus son journal

    En plus de son journal,

    il tient une correspondance avec à sa famille.
     
    Alors qu’il n’a le droit d’écrire que deux lettres par an, d’un maximum de 500 mots, certaines missives ne franchissent pas les murs de la prison. Censurées par l’administration pénitentiaire qui craint que des signes secrets y soient cachés. 

    Un ancien détenu raconte : «Ils lisaient tout et censuraient. Un jour, ils ont conservé une lettre que j'avais écrite à ma famille. Des années plus tard, j'ai su que le paragraphe incriminé évoquait simplement un changement de majorité en Grande-Bretagne».

    «A notre arrivée, le chef de la sécurité nous a prévenus : " Ici, c'est l'isolement total. Dans cinq ans, plus personne au monde ne se souviendra qui était Nelson Mandela."», ajoute-t-il.

    © REUTERS / Radu Sigheti

  • Mandela

    Mandela,

    qui fête ses 80 ans le 18 juillet 1998, est accompagné de son épouse, Graça Machel, veuve de l'ancien président mozambicain Samora Machel. Il invite l’un de ses anciens geôliers, Christo Brand, à son anniversaire.
     
    Mandela a gardé une relation avec celui-ci bien après sa libération, l’invitant de nouveau à un dîner en 2010 pour fêter les vingt ans de sa libération.
     
    Christo Brand est aujourd’hui responsable de la boutique de souvenirs de Robben Island.

    © AFP

  • L’acteur Joseph Fiennes

    L’acteur Joseph Fiennes

    tient le rôle du lieutenant James Gregory, ancien gardien de prison de Mandela, dans le film «Goodbye Bafana» tiré du livre du même nom, écrit par Gregory en 1995.

    James Gregory, mort d’un cancer en 2003, a été geôlier dans différentes prisons où a été incarcéré Mandela. Mais c’est surtout à la prison de Pollsmoor, où le leader sud-africain est transféré en mars 1982, qu’ils ont noué des relations d’amitié.

    Il a toujours prétendu avoir été le confident du plus célèbre des prisonniers.

    © Paramount Pictures France

  • James Gregory

    James Gregory

    dans la dernière prison de Mandela, Victor Verster.

    Pourtant, le biographe attitré de Mandela, Anthony Sampson, contredit ces faits. Il affirme qu’à partir de 1968, l’une des fonctions de James Gregory était principalement de censurer le courrier, car il maîtrisait le Xhosa, la langue de Mandela.

    Par la suite, Nelson Mandela a reconnu respecter James Gregory.

    A sa libération, le gardien déclare : «La vie est devenue vide de sens pour moi, c'était la fin d'une ère. Ma vie entière était centrée autour de lui et des autres prisonniers politiques.»

    Mandela lui écrit alors : «Les heures merveilleuses que nous avons passées ensemble s'achèvent aujourd'hui. Mais vous serez toujours dans mes pensées.»

    © Guy Hobbs/Nelson Mandela Centre of Memory.

  • Accompagné Jack Swart

    Accompagné de Jack Swart,

    geôlier mais aussi cuisinier personnel, Mandela retourne le 29 Octobre 1996 dans son dernier lieu de détention, la prison Victor Verster.
     
    Mandela séjourne dans cette cage dorée avec la télévision, une chambre confortable et une piscine, de décembre 1988 à février 1990.
     
    Il peut y poursuivre des tractations avec le gouvernement de l’apartheid avec qui, il négocie la fin du régime et la légalisation de l'ANC.

    © AFP/ANNA ZIEMINSKI

  • Une affiche campagne «Release Mandela»

    Une affiche de la campagne «Release Mandela»

    En exil en Angleterre, Oliver Tambo, président de l’ANC, lance en 1980, une campagne internationale Release Mandela, pour demander la libération de tous les prisonniers politiques sud-africains et la fin de l'apartheid.
     
    Année après année, beaucoup de pays et d’organisations internationales rejoignent cette démarche. Des milliers de manifestations sont organisées dans le monde et des millions de pétitions signées.
     

     
     

    © REUTERS/Radu Sigheti

  • ​En 1984

    ​En 1984,

    cette campagne est immortalisée par le groupe de musique Special AKA et leur célèbre chanson «Free Nelson Mandela».
     
    Même si le thème est grave, le rythme qui mélange reggae et influences musicales sud-africaines, est enjoué et festif. Il entre rapidement dans les charts et fait connaître aux plus jeunes le combat Nelson Mandela, détenu numéro 46664.

    © 2 Tone

  • ​En 2008

    ​En 2008,

    une statue de bronze de l’artiste Jean Doyle est érigée à Paarl devant Victor Verster, rebaptisée en 2000 Groot Drakenstein.  
     
    Elle représente Mandela, le 11 février 1990, faisant se premiers pas d’homme libre après 27 ans d'incarcération, poing levé, symbole de la lutte des Noirs pour l'égalité.

    © AFP/GIANLUIGI GUERCIA

  • Sous œil caméras

    Sous l'œil des caméras

    du monde entier et une foule immense, Nelson Mandela chaussant les lunettes de sa femme Winnie (de laquelle il divorce en 1992) délivre son premier discours d’homme libre au Cap, le 11 février 1990.
     
    «Friends, comrades and fellow South Africans.
    I greet you all in the name of peace, democracy and freedom for all
    »

    © AFP/WALTER DHALDHLA

  • La maison Nelson Mandela

    La maison de Nelson Mandela

    dans son village natal de Qunu, dans la province du Cap oriental, à 800 kilomètres au sud de Johannesburg.
     
    Après sa libération, il se fait construire là où il a passé son enfance une bâtisse ressemblant énormément à la prison Victor Verster car, dit-il avec humour, il en garde un bon souvenir.
     
    En 1990, l'ANC redevient un parti politique légal.
    Il est aujourd’hui le parti au pouvoir en Afrique du Sud.
    La même année, Mandela proclame la fin de la lutte armée.
    Le 30 juin 1991, les dernières lois discriminatoires de l'apartheid tombent.
    En août, Mandela prend la présidence de l’ANC.
    En 1993, le Prix Nobel de la Paix lui est attribué.
    Le 27 avril 1994, il est élu président d’Afrique du Sud.
    L’Afrique du Sud est enfin une «Nation arc-en-ciel».

    © Radu Sigheti / Reuters