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Marine Le Pen au Tchad : «Les étudiants africains ont vocation à ne pas rester en France»

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 23/03/2017 à 16H51, mis à jour le 24/03/2017 à 12H19

La présidente FN Marine Le Pen président tchadien Idriss Deby
La présidente du Front National Marine Le Pen aux côtés du président tchadien Hissen Habré, le 22 mars 2017 à Ndjamena. © Photo AFP/Brahim Adji

Sa visite au Tchad n’a laissé personne indifférent sur le continent. La presse africaine s’étonne de voir «l’égérie de l’extrême droite» en quête «d’une dimension internationale chez les immigrés». Marine Le Pen est restée droite dans ses bottes. Elle veut arrêter l’immigration si elle arrive à s’installer au palais de l’Elysée. Mais elle affirme que l'Afrique est une priorité.


Parmi les questions auxquelles elle a répondu avant de quitter la capitale tchadienne, les journalistes ont voulu savoir quel sera le sort réservé aux étudiants africains désireux de poursuivre leurs études en France. Marine Le Pen a rassuré les futurs candidats qu’elle a toutefois invités à ne pas s’éterniser en France.
 
«La France entend toujours accueillir des étudiants francophones dans ses universités, mais dans la vision que je développe, ces étudiants africains n’ont pas vocation à rester en France», a-t-elle précisé.
 
La candidate du Front National a réaffirmé son intention de réduire l’immigration, mesure phare de son programme, notamment en luttant contre l’immigration clandestine. «Les étrangers qui vivent illégalement en France seront reconduits chez eux», a-t-elle martelé.
 
«On peut dire que Madame Le Pen a du culot»
Et c’est précisément sur sa politique d’immigration que Marine Le Pen fait grincer les dents en Afrique. L’opposition tchadienne a été la première à monter au créneau pour dénoncer sa venue à Ndjamena.
 
«Nous pensons que l’extrême droite que représente madame Le Pen laisse des souvenirs très tristes dans nos mémoires. Elle est raciste et xénophobe», a déclaré à RFI le chef de file de l’opposition tchadienne Saleh Kebzabo.
 
«On peut dire que Marine Le Pen a du culot», s’exclame La Nouvelle Tribune. Le site d’information béninois estime que la candidate à la présidentielle française «incarne le mieux, le rejet des Noirs d’Afrique et des Arabes. Celle-là même qui a bâti sa carrière, sa popularité et son ascension politique sur un discours xénophobe essentiellement contre l’Afrique.» 
 


La fin de la Françafrique et du Franc CFA
A Ndjamena, Marine Le Pen a tenu à rassurer ses interlocuteurs. «Il n’y a qu’en venant et en expliquant que je peux passer au-dessus des mensonges de mes adversaires politiques qui ne veulent pas que l’Afrique m’entende. Je suis venue dire que je n’entendais pas continuer la politique de la Françafrique, faite d’ingérences et d’exigences de contreparties, parfois opaques», a-t-elle martelé devant la presse.
 
La candidate du Front National  qui veut faire sortir la France de la zone Euro a aussi appelé à la fin du franc CFA. Cette devise utilisée par une dizaine de pays d’Afrique centrale et de l’Ouest est liée à l’euro à un taux fixe garanti par le trésor français.
 
«J’entends les plaintes des Etats africains qui considèrent par principe qu’ils doivent avoir leur propre monnaie et que le franc CFA est un inconvénient à leur développement économique.»
 
De quoi faire relativiser son rejet qui est loin d’être généralisé, estime La Nouvelle Tribune. «Les postures électoralistes de Marine Le Pen contre le franc CFA et ses diatribes contre la Françafrique, reçoivent un certain écho auprès de certains Africains», écrit le journal béninois qui rappelle que le discours de la présidente du FN sur «la France aux Français» a donné naissance à son pendant «l’Afrique aux Africains».
 
Malgré les critiques qui persistent, Marine Le Pen a marqué un point en brisant l’embargo dont elle semblait faire l’objet sur le continent.
 
«Je veux que l’Afrique soit la première des priorités internationales de la France, a-t-elle déclaré à la fin de sa visite, estimant que son choix ne relève «ni de la cupidité, ni de la charité».