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Société,  Maroc,  Afrique

Maroc: bientôt des femmes notaires de droit musulman

Par Eléonore Abou Ez (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 09/05/2018 à 11H38, mis à jour le 09/05/2018 à 12H04

Des milliers femmes concourent pour devenir notaire droit musulman
Des milliers de femmes ont participé le 5 mai 2018 au concours national pour devenir notaire de droit musulman. © Fdel Senna / AFP

Des milliers de femmes ont participé le 5 mai 2018 au concours national pour devenir notaire de droit musulman. Ce métier était jusque-là réservé aux hommes.


Mariage, divorce, succession, héritage… Au Maroc, comme dans les autres pays musulmans, ces questions sont régies par le droit religieux qui est fondé sur le Coran.

Et pour la première fois dans le royaume, des femmes seront habilitées à rédiger des actes légaux en devenant «adoules», c’est-à-dire notaires. 800 nouveaux postes sont à pourvoir.
 
Une décision royale
La décision d'ouvrir cette fonction aux femmes, quasi-inédite dans le monde musulman, a été prise fin janvier 2018 par le roi. Mohammed VI est «commandeur des croyants» et peut ainsi gérer la politique religieuse du pays. «Tous comme les anciens califes, le roi est considéré comme le descendant direct du prophète Mohammed, d’où ses pouvoirs sur la sphère religieuse», explique à La Croix Abdellah Cherif Ouazzani, enseignement chercheur à l’université de Rabat.
 
Un islam progressiste
Le roi du Maroc, qui se veut le chantre d'un islam modéré, a remanié en profondeur son champ religieux en l’ouvrant aux femmes. Depuis une dizaine d’années, des femmes sont formées pour être «mourchidates» (guides), mais elles ne peuvent pas encore diriger la prière. Dans le même esprit, le souverain a lancé la réforme des manuels scolaires pour en finir avec les clichés sexistes et les textes violents, notamment dans les manuels d’éducation religieuse.

Contraire à la charia ?
L’arrivée de femmes notaires en droit musulman a provoqué des remous dans la sphère salafiste, un courant fondamentaliste.
«C'est contraire à la charia», la loi islamique, avait affirmé à l'AFP Hassan El Kettani, figure de proue du courant au Maroc, à l'annonce de la décision en janvier 2018.

L’initiative du roi a été validée par le Conseil supérieur des oulémas, une institution officielle chargée d'appuyer la politique religieuse musulmane du royaume.
 
De l’espoir pour la suite
Cette nouveauté a par ailleurs suscité de l’espoir sur la question de l’héritage qui divise le pays. Au Maroc, la femme n'a droit qu'à la moitié de ce qu'hérite l'homme, conformément au texte du Coran. 

«Si le Conseil est allé contre le fiqh (doctrine islamique) au sujet des femmes adoules, il peut aussi le faire (...) sur d'autres affaires», estime l'ex-prêcheur Abdelwahab Rafiki, aujourd'hui chercheur en islam et fervent défenseur de l'égalité dans l'héritage.