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Maroc: centrale thermo-solaire de Ouarzazate, un test pour toute l’Afrique

Par Michel Lachkar@GeopolisFTV | Publié le 09/02/2016 à 17H12, mis à jour le 09/02/2016 à 17H34

Noor11re phase centrale solaire Ouarzazate inaugurée 4 février 2016
Noor 1, inauguration de la première phase de la centrale solaire de Ouarzazate (Maroc le 4 février 2016). © AFP/ Fadel Senna

Noor 1, la première phase de la centrale solaire de Ouarzazate, inaugurée le 4 février 2016 dans le sud-marocain pourra produire de l’énergie plusieurs heures après le coucher du soleil. Le Maroc a fait ici le pari d'une technologie thermo-solaire à concentration plus onéreuse. Ses performances seront scrutées de près par les pays africains qui y voient peut-être leur avenir énergétique.


A 20 kilomètres de Ouarzazate, 500.000 miroirs de 12 mètres de hauteur suivent le mouvement du soleil dans le ciel sans nuage du désert marocain. Après 30 mois de travaux, la première tranche de la centrale photovoltaïque a été raccordée début février au réseau électrique du pays. D’une puissance de 160 mégawatts, elle aura coûté 900 millions d’euros. C’est la première d’un parc géant qui doit permettre de produire 500 mégawatts d’énergie photovoltaïque à l’horizon 2018.
 
Un pari technologique
18 mois pour aplanir 500 hectares de roches et de terre, 12 mois pour installer 800 rangées de miroirs incurvés, exposés de manière à minimiser les dommages causés par le sable amené par les vents du désert. Un barrage situé à 5 km, permet de fournir l’eau nécessaire au nettoyage régulier des miroirs. «Sans ce barrage, l’eau nous aurait coûté cher, limitant fortement l’intérêt du projet», affirme Vincent Dewulf, directeur commercial du groupe saoudien Acwa Power en charge de l'exploitation du site.
 
Le problème de l’énergie solaire a longtemps été de produire de l’électricité durant la journée alors que la consommation se faisait essentiellement le soir. Cette contrainte majeur a présidé au choix d'une technologie solaire thermique à concentration, retenue pour sa capacité à stocker la chaleur durant deux ou trois heures après le coucher du soleil. La centrale peut alors alimenter un million d’habitants durant la soirée, au moment où la demande est maximale.
 
Avec cette technologie, les miroirs concentrent la lumière du soleil, chauffent une résine liquide à 393°C. Cette chaleur stockée est convertie en vapeur d’eau destinée à l’alimentation de turbines électriques.
 
Selon les ingénieurs marocains, les centrales Noor 2 et 3, raccordées en 2018, pourront stocker l’énergie jusqu’à huit heures, ouvrant la perspective d’une énergie 24 heures sur 24.
 

Centrale solaire à concentration inaugurée dans sud-marocain en février 2016

Noor, qui veut dire lumière, centrale solaire à concentration inaugurée dans le sud-marocain, le 4 février 2016. © AFP/ Fadel Senna


Cette technologie (CSP), qui permet de stocker de l’énergie sous forme de chaleur durant plusieurs heures, est onéreuse à produire : 1,60 dirham le Kwh contre 0,80 pour le photovoltaïque conventionnel.
 
Mais selon Obaid Amrane, de la direction du Masen (Maroc Solar Agency), «la technologie CSP n’est au final  pas plus chère que le photovoltaïque, si on prend en considération la connexion au réseau électrique, et la disponibilité de l’électricité la nuit».
Cette énergie solaire, en abondance durant la journée, peut également être utilisée pour le dessalement de l’eau, dans un pays de plus en plus impacté par le réchauffement climatique.
 
Priorité aux besoins du pays
Avec l’une des plus grandes centrales solaires à concentration du monde, le Maroc a un temps d’avance sur les pays de la région. «Nous sommes impliqués dans les lignes haute tension pour couvrir tout le sud-marocain et la Mauritanie, mais rien ne nous empêche un jour de viser l’Espagne, l’Afrique du Nord ou sub-saharienne», déclare Ahmed Baroudi, directeur général de la Société d’Investissement Energétique.

Dépourvu de pétrole et de gaz, le Maroc veut avant tout profiter de son ensoleillement exceptionnel pour construire en priorité son indépendance énergétique et faire face à une consommation appelée à quadrupler d’ici 2030.
 
Une expérimentation suivie de près par les pays africains qui lorgnent sur les milliards de dollars de financement annoncés lors de la conférence sur le climat à Paris. 10 milliards de dollars devraient financer 300 gigawatts d’énergies renouvelables sur le continent d’ici 2030.

Les besoins sont énormes: 600 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à l'électricité.
 
Le Maroc accueillera la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat. La Cop 22 devrait entrer dans le vif du sujet et lancer plusieurs projets solaires sur le continent africain. Il s'agit encore de valider les meilleures technologies afin de les dupliquer sur l'ensemble du continent.

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