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Maroc et Espagne: deux pays liés par l'histoire, l'économie et les attentats

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 22/08/2017 à 11H48, mis à jour le 22/08/2017 à 11H48

Drapeaux marocains espagnols
Drapeaux marocains et espagnols déployés à l'occasion de la visite du Roi Juan Carlos d'Espagne au Maroc en 2005. © PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Les terres espagnole et marocaine, séparées par le détroit de Gibraltar ont des liens historiques, économiques et humains très importants. Les Marocains forment la première communauté, vivant en Espagne, d'un pays non membre de l'UE. Mise en lumière par le sanglant attentat de Barcelone, la menace du terrorisme djihadiste est combattu dans les deux pays grâce à une bonne entente policière.

Placée sous les projecteurs de façon dramatique par l'attentat de Barcelone, la population marocaine ou d'origine marocaine est largement présente en Espagne. S'il est toujours difficile d’estimer la taille d’une communauté d’origine étrangère dans un pays, il n'en reste pas moins que le nombre de personnes ayant émigré du Maroc vers l’Espagne est un phénomène important, même s'il est relativement récent. Cette communauté s’est agrandi au fil des générations et on l’estime à environ quelque 700.000 personnes. Les Marocains représentent la première communauté extracommunautaire (non membre de l'UE) dans le pays. 

Les Marocains, première communauté (non européenne) en Espagne

Les statistiques indiquent que 24.285 ressortissants marocains se sont installés en Espagne en 2016. De ce fait, les Marocains constituent la plus importante communauté étrangère à avoir accès à la nationalité espagnole. 
 
Cette immigration remonte aux années 1990. Les étrangers ont commencé à travailler sur la côte méditerranéenne à cause de l’agriculture intensive (en Andalousie notamment). Une décennie plus tard, ils ont commencé à transiter vers l’intérieur du pays. Et notamment vers la Catalogne, région très dynamique de l'Espagne. Par la suite, la crise qui a touché l'Espagne provoquant un chômage record, notamment chez les jeunes, a été très sensible chez les personnes d'origine marocaine. 

La présence marocaine en Espagne s'explique, bien sûr, par la proximité géographique. Elle a aussi ses sources dans l'Histoire. Sans remonter à la mythique période de la présence maure en terre ibérique (du VIIIe au XVe siècle), la guerre d'Espagne a mis en lumière l'importance des territoires sous contrôle espagnol en territoire africain. En 1936, le coup d'Etat de Franco est en effet partie de ces régions d'Afrique. Pour assurer sa victoire militaire, Franco s'est ensuite appuyé ensuite sur des dizaines de milliers de Moros recrutés en terre marocaine, qu'il avait «pacifiée» lors de la guerre du Rif (1921-1926). 

Aujourd'hui encore, l'Espagne possède toujours deux territoires enclavés dans le Maroc, restes de l'histoire entre les deux pays. Aujourd'hui, Ceuta et Melilla sont devenues des portes d'entrées recherchées par les migrants pour passer en terre européenne.

Port d'Algesiras en Espagne
Eté 216, des milliers de passagers, des Marocains vivant en Europe notamment, font la queue pour franchir le détroit de Gibraltar en ferry vers le Maroc.  © JORGE GUERRERO / AFP

Espagne premier partenaire du Maroc
La proximité géographique facilite aussi les échanges économiques entre les deux pays. Les exportations marocaines vers l'Espagne progressent environ de plus de 10% par an depuis une bonne dizaine d'années. «Les relations économiques entre le Maroc et l’Espagne se développent de manière remarquable, témoignant de la profondeur des liens qui unissent les deux parties. Elles sont favorisées par la proximité géographique des deux pays, l’implantation de près de 800 entreprises espagnoles au Maroc, la présence d’une importante communauté marocaine en Espagne et, récemment, des flux croissants de migrants espagnols au Maroc», écrit le ministère marocain des Finances

L’Espagne est devenue le premier partenaire commercial du Maroc (premier fournisseur et premier client), la seconde source de recettes touristiques au Maroc et le second pays d’origine des transferts des Marocains résidents à l’étranger. De façon plus anecdotique, les Marocains se classent en deuxième position des investisseurs étrangers (hors Europe) dans l'immobilier en Espagne, juste après les Chinois et devant les Algériens. Durant le premier trimestre 2017, le nombre d’acquéreurs marocains de biens immobiliers dans la péninsule ibérique a augmenté de 3,40 % par rapport à la même période de l’année précédente. Au point que le fisc marocain se penche sur le phénomène...

Penon Velez Gomera

 Penon de Velez de la Gomera: confetti espagnol en terre marocaine. Les conflits de souveraineté entre l'Espagne et le Maroc n'empêchent pas une excellente coopération en matière de répression du terrorisme islamiste.  © Mustafa EL HASSOUNI / AFP


Collaboration entre services de sécurité
Les deux pays entretiennent de bonnes relations (hormis la question de la souveraineté sur Ceuta, Melila, symbolisée par la crise autour de l'îlot Persil-Leila en 2002, ou le Penon de Velez de la Gomera). Maroc et Espagne collaborent étroitement contre les menaces djihadistes. Les opérations communes sont nombreuses. En octobre dernier (2016), le ministère de l'Intérieur espagnol a annoncé l'arrestation de quatre Marocains, en Espagne et au Maroc. En avril 2017, la police de Catalogne a arrêté dans la région de Barcelone quatre personnes ayant des liens avec des suspects interpellés dans l'enquête sur les attentats de mars 2016 à Bruxelles. Selon l’agence de presse AP et le site d’informations espagnol ElPais.com, les suspects sont des citoyens marocains residant en Catalogne.

Plus recemment, le 22 mai, les services anti-terroristes espagnols et marocains travaillant en coopération auraient appréhendé un groupe de suspects à Essaouira sur la côte Atlantique du Maroc. Ils étaient en possession de vastes quantités d’armements. On se souvient que les sanglants attentats de Madrid en 2004 avaient été principalement commis par des Marocains vivant en Espagne.

Après les attentats de 2003 à Casablanca, Rabat avait sensiblement renforcé ses services de sécurité. C'est ainsi que le BCIJ (Bureau central d'investigation judiciaire), le «FBI marocain», a acquis une envergure internationale. De plus en plus pays, ciblés par le terrorisme, recourent à ses services.