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Israël: Marwan Barghouti, pivot de la grève de la faim des détenus palestiniens

Par Eléonore Abou Ez avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 06/12/2016 à 15H20, mis à jour le 18/04/2017 à 11H42

Marwan Barghouti conduit au tribunal Tel Aviv en mai 2004.
Marwan Barghouti, poignets menottés, fait le  «V» de la victoire en allant au tribunal de Tel Aviv où se tenait son procès, le 20 mai 2004.   © David Siverman / AFP

Israël ne «négociera pas» avec les prisonniers palestiniens en grève de la faim, a affirmé le 18 avril 2017 le ministre de la Sécurité intérieure. 1500 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes ont entamé une grève de la faim collective, inédite depuis des années, lancée par Marwan Barghouti. Portrait d’un leader condamné à perpétuité en qui certains voient un futur président palestinien.

Par cette grève d'une durée indéterminée, les détenus entendent, protester contre les mauvaises conditions de détention et contre la pratique israélienne de détention administrative. Celle-ci a été appliquée à des milliers de personnes depuis les années 1980. Aux yeux des autorités israéliennes, en revanche, le jeûne entamé par les prisonniers, dont bon nombre ont été condamnés pour des attaques ou des projets d'attaques contre Israël, est motivé par des considérations politiques.

Cette grève de la faim vise à «mettre fin aux abus» de l'administration pénitentiaire israélienne, avait indiqué Marwan Barghouti, responsable du Fatah condamné à perpétuité, dans une tribune envoyée au New York Times depuis sa prison de Hadarim, dans le nord d'Israël. En mesure de rétorsion, il a été placé à l'isolement dans une autre prison.
 
La popularité de Barghouti
Dès son arrestation en 2002, Marwan Barghouti a vu sa popularité monter en flèche et apparaissait déjà comme un successeur potentiel à Yasser Arafat. Après 14 ans en prison, «il a plus d’influence que jamais», souligne son épouse Fedwa, elle aussi cadre dirigeante du parti. Marwan Barghouti a obtenu plus de 70% des voix exprimées au Comité Central du parti historique palestinien.
 
L’inspirateur de l’Intifada 2
Marwan Barghouti, 57 ans, est l’un des inspirateurs du deuxième soulèvement palestinien contre l’occupation israélienne en 2000. Alors qu’il était député et secrétaire général du Fatah en Cisjordanie, le responsable palestinien est arrêté en 2002 par les forces israéliennes après un attentat à Tel Aviv qui a coûté la vie à trois civils israéliens.
 
«Terroriste» ou «Mandela palestinien»?
Reconnu par un tribunal israélien coupable d’implication dans des attentats, Marwan Barghouti a été condamné à cinq peines de prison à vie. Depuis, il est considéré par beaucoup d’Israéliens comme «un terroriste». A l'inverse, les Palestiniens voient en lui une figure de proue de la lutte contre l’oppression. Ils le considèrent comme un prisonnier politique qu’ils surnomment le «Mandela palestinien».
 
La prison et l’exil
Diplômé en sciences politiques et père de quatre enfants, Marwan Barghouti est un militant de la première heure. C’est lui qui fonde la branche des chabiba, les jeunes, au sein du mouvement Fatah, alors qu’il n'est encore qu'adolescent. C’est lui aussi qui est en première ligne lors de l’Intifada de 1987 avant d’être arrêté puis expulsé pendant sept ans en Jordanie.
 
Lutte armée et messages politiques
Marwan Barghouti se prononce pour la lutte armée qui vise selon lui à mettre fin à l’occupation israélienne des Territoires palestiniens. Il se déclare en même temps opposé à des attentats aveugles. Le prisonnier palestinien le plus populaire dans les Territoires se veut avant tout un homme politique. 

Depuis sa cellule, il adresse de nombreux messages à son peuple via la publication régulière de lettres ouvertes. Marwan Barghouti insiste notamment sur la réconciliation des Palestiniens divisés depuis la victoire du Hamas aux légilatives de 2006. «C’est un homme qui, de sa prison, joue et jouera une fois libéré, c'est certain, un rôle majeur pour bouger les lignes et ouvrir de nouvelles relations avec Israël», disait de lui en 2013 la vice-présidente du Parlement européen, Isabelle Durant, citée par Le Point.


UN graffiti sur mur séparation en Israël

Des femmes palestiniennes, assises près du mur de séparation entre Ramallah et Jérusalem, sur lequel figure un dessin appelant à la libération du prisonnier Marwan Barghouti.  © Abbas Momani-AFP


Aujourd’hui, il apparaît comme un successeur possible au président Mahmoud Abbas, âgé, lui, de 82 ans et très contesté.

En cas d'élection présidentielle, le détenu palestinien le plus prestigieux l’emporterait dans tous les cas de figures. Avec 41% des voix, il devancerait le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, qui totaliserait 33%, et le président sortant Mahmoud Abbas qui à tomberait à 21%, selon un sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research.

Encore faut-il qu'il retrouve le chemin de la liberté pour y participer.