Massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry: enfin le procès?

Par Laurent Filippi | Publié le 02/10/2017 à 12H44, mis à jour le 02/10/2017 à 14H15

Jusqu’au 5 novembre, se tient à Paris l'exposition de Tommy Trenchard «En attente de justice». Ce travail rend hommage aux victimes des violences et répressions en Guinée depuis 1958, comme celles du massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry. Victimes qui réclament depuis 8 ans un procès pour leurs bourreaux. Lequel devrait enfin s’ouvrir en 2018 en Guinée. Un événement historique.

Le but de cette exposition : que la parole des victimes soit entendue au-delà des frontières de la Guinée. Aujourd’hui, ces dernières veulent obtenir vérité, justice et réparation. Elles se battent le plus souvent dans l’ombre, alors qu’aucune cérémonie de commémoration officielle n’a encore jamais été organisée. Des centaines d’entre elles n’ont touché ni compensation financière, ni réel suivi psychologique, malgré l’action des ONG, précise France24.

GéopolisAfrique vous présente 12 témoins de ce 28 septembre 2009.

  • Le 28 septembre 2009
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    Le 28 septembre 2009,

    des citoyens et militants de tous les partis politiques guinéens et de toutes les communautés manifestent pacifiquement au stade de Conakry pour protester contre l’annonce du chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, de se présenter à l’élection présidentielle. Cet événement est réprimé dans le sang. 157 personnes sont assassinées, des dizaines d’autres grièvement blessées, et plus d’une centaine de femmes violées. Les rescapés se ruent dans les bureaux de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH) pour raconter l’horreur. Depuis cette date, où nombre de personnes ont vu leur vie basculer, les victimes demandent que justice soit rendu. © Tommy Trenchard

  • Abdoul Gadiry Diallo président l’OGDH précise
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    Abdoul Gadiry Diallo, président de l’OGDH précise:

    «Nul doute que la chute précipitée de la junte militaire et l’engagement d’une transition démocratique quelques semaines après les faits ont contribué à l’émergence de cette revendication de justice. L’horreur des crimes commis, et notamment le viol de plus de cent femmes dans l’enceinte même du stade, a fédéré une large mobilisation, y compris internationale. Et l’engagement d’une procédure judiciaire a été facilité par l’évidence du massacre et son déroulement.»  © Tommy Trenchard

  • Le président l’OGDH Abdoul Gadiry Diallo ajoute
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    Le président de l’OGDH Abdoul Gadiry Diallo ajoute:

    «En acceptant de témoigner dans des conditions de sécurité souvent précaires, de se confronter parfois aux responsables présumés, et en maintenant une mobilisation permanente pour que les auteurs de ces crimes finissent par en répondre, ces victimes ont joué un rôle déterminant dans l’avancée de la justice.»  © Tommy Trenchard

  • Florent Geel
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    Florent Geel,

    responsable du bureau Afrique de la Fédération internationale de droits de l’Homme (FIDH) qui s’est portée partie civile, explique: «En Guinée, l’heure est venue pour que justice soit faite et que, pour la première fois dans l’histoire de ce pays, l’ex-chef de l’Etat et ceux qui ont ordonné ces crimes rendent des comptes à leurs victimes et à des juges. La Guinée doit à tout prix organiser le procès du massacre du 28 septembre en 2018.» «C’est important et très symbolique dans un pays qui n'a connu que l'impunité, à travers 40 ans de violences politiques et de violences d'Etat», a-t-il déclaré à l’AFP. © Tommy Trenchard

  • Florent Geel ajoute
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    Florent Geel ajoute:

    «On a la conviction que l'Afrique est pleinement à même de juger sur le territoire africain ses propres bourreaux alors que la Guinée va rentrer en campagne électorale avant des élections délicates en 2020.» Il précise sur France24: «Depuis l’arrivée du ministre de la Justice Cheick Sako (début 2014), les choses ont considérablement avancé et les autorités judiciaires ont réaffirmé l’engagement ferme du gouvernement à faire en sorte que ce procès ait lieu.» © Tommy Trenchard

  • La clôture l’enquête judiciaire
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    La clôture de l’enquête judiciaire

    est imminente selon les autorités guinéennes. La plupart des responsables présumés du massacre ont été formellement mis en cause par la justice guinéenne. 14 personnes sont déjà inculpées: l’ancien chef de la junte militaire Moussa Dadis Camara, son ex-aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité, son vice-président et haut gradé de l’armée Mamadouba Toto Camara, l’un des responsables de la sécurité présidentielle Claude Pivi, l'actuel chef de la lutte contre le grand banditisme, Moussa Tiégboro Camara, et le gouverneur de Conakry depuis 2016, Mathurin Bangoura. © Tommy Trenchard

  • Maître Martin Pradel avocat victimes
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    Maître Martin Pradel, avocat des victimes,

    déclare que ce procès sur les crimes commis au stade de Conakry viendra rompre une tradition d'impunité en Guinée. Dans un entretien à Africaguinee.com, il affirme: «Dans un pays comme la Guinée où on voit autant de personnes qui sont en attente d'une justice qui soit impartiale et qui n'est pas instrumentalisée, je vois finalement une avancée importante dans un dossier emblématique de l'histoire de la Guinée.» L’Union européenne ont promis d’appuyer et de financer une partie du procès.  © Tommy Trenchard

  • Amsaou Diallo
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    Amsaou Diallo,

    présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (Avipa), raconte: «Oui, nous voulons croire en la justice nationale, car nous pensons qu’il vaut mieux un grand procès à Conakry, avec l’ensemble des auteurs présumés, qu’un procès à La Haye qui ne pourrait juger, au mieux, que quelques-uns des plus hauts responsables, loin des victimes et de leurs familles. Le bureau de la Procureure de la CPI joue un rôle très important en Guinée, à travers l’examen préliminaire ouvert et ses missions régulières à Conakry. Mais après tous les crimes commis en Guinée depuis 60 ans, nous estimons que c’est d’abord à la justice guinéenne de juger leurs auteurs, et que c’est à cette condition que l’impunité pourra enfin cesser. Cependant, si la justice guinéenne n’allait pas au bout de son engagement, alors nous nous tournerons vers La Haye, sans hésiter. C’est le principe même de la complémentarité entre justice nationale et justice internationale.» © Tommy Trenchard

  • Ousmane Diallo auxiliaire vie 57 ans
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    Ousmane Diallo, une auxiliaire de vie de 57 ans,

    qui a été violemment frappée au visage par des militaires ce 28 septembre 2009 déclare sur VOAAfrique: «Nous voulons la justice parce que l'impunité engendre la récidive. Nous voulons la justice maintenant. (…) Je n'ai reçu qu'un coup de crosse. J'ai eu plus de chance que mes centaines d'amis qui ont été violés ou tués. (…) Certaines victimes de viols collectifs se meurent du VIH, d'autres ont été répudiées par leurs proches.» © Tommy Trenchard

  • Amsaou Diallo présidente l’Avipa
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    Amsaou Diallo, la présidente de l’Avipa,

    explique sur le site de la FIDH comment est né ce projet photographique: «Lors de nos échanges réguliers avec les différentes organisations de victimes, l’une des questions récurrentes est celle de la visibilité des victimes. Figurez-vous qu’il n’existe, en Guinée, aucun monument, aucune plaque commémorative pour les crimes commis depuis 1958! (…) En attendant donc d’obtenir la reconnaissance publique des crimes du passé, nous avons décidé de rendre visibles plusieurs femmes et hommes qui, comme des milliers d’autres, ont subi la violence d’Etat.  © Tommy Trenchard

  • Amsaou Diallo précise
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    Amsaou Diallo précise:

    «Avec la FIDH et l’OGDH, nous avons demandé à un photographe renommé de venir poser son regard sur ces victimes et leur situation actuelle, en évitant tout sensationnalisme ou tout voyeurisme. (…) Parce que ces événements ne sont pas si différents! Bien sûr, le bilan des victimes du camp Boiro, de 1960 à 1984, n’a rien de comparable avec celui de la répression de 1985 ou du massacre du stade du 28 septembre 2009, mais ce qu’il y a de commun entre toutes les graves violations des droits humains commises en Guinée depuis son indépendance, c’est le recours à la violence d’Etat contre les citoyens. C’est l’utilisation politique des forces de défense et de sécurité contre des populations, qu’elles sont censées protéger. Toutes les personnes photographiées ici ont ceci en commun, avec beaucoup d’autres, d’avoir été victimes d’une violence arbitraire et aveugle.» © Tommy Trenchard

  • Le photographe Tommy Trenchard
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    Le photographe Tommy Trenchard

    a pu réaliser entre septembre 2015 et janvier 2016, grâce au soutien de la FIDH et de l’OGDH, ce travail remarquable pour attirer l’attention sur les victimes oubliées des régimes militaires. Ces deux organisations luttent depuis 2011 contre l’impunité en Guinée: répression sanglante des manifestations de janvier et février 2007, massacre du 28 septembre 2009, violences post-électorales de 2010. Les deux organisations se sont constituées parties civiles dans trois procédures judiciaires d’envergure nationale et accompagnent aujourd’hui devant les juridictions guinéennes près de 500 victimes dans leur quête de justice. © Tommy Trenchard