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Italie : Matteo Renzi, un jeune homme pressé à la tête du gouvernement ?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 02/12/2013 à 11H43, mis à jour le 14/02/2014 à 10H03

Renzi italie
Matteo Renzi (à gauche) sous l'oeil des caméras, lors d'une réunion du Parti démocrate en 2013. © VINCENZO PINTO VINCENZO PINTO / AFP

Matteo Renzi, le leader du Parti démocrate (le centre gauche italien), âgé de moins de 40 ans (39 ans pour être précis), est un jeune homme pressé. Elu responsable du PD début décembre dernier, il devrait devenir chef du gouvernement italien le 14 février, après avoir poussé dehors Enrico Letta, pourtant membre du même parti.

(Portrait publié le 2 décembre 2013)

Matteo Renzi a recueilli 68% des suffrages lors de la primaire et il devrait donc mener le PD, qui représente la gauche en Italie, lors des prochaines législatives . Ce qui risque de gêner l'actuel Premier ministre, Enrico Letta, et ne plaît pas à tout le monde dans le parti, notamment en raison de la personnalité du nouveau leader.

Ce dernier n’entend pas respecter les codes de son parti. «C'est la fin d'un groupe de dirigeants, pas de la gauche», a-t-il lancé à ses partisans réunis à Florence, après avoir promis d'unifier le parti. «Maintenant, c'est le tour d'une nouvelle génération, mes amis. C'est à notre tour de tenir le volant», a-t-il affirmé, visant la vieille garde du Parti, souvent issu de l'ancien PC italien. Ainsi, sur son site internet, ce n’est pas Gramsci ou un autre penseur de gauche qu’il cite, mais Baden Powell, le pape du scoutisme, activité qu’il a pratiqué. 
 
La primaire du Parti Démocrate, celui du Premier ministre Letta,  a porté sans surprise à sa tête Matteo Renzi. La victoire aisée du maire de Florence, qui s'est promis de «dépoussiérer» son parti, va lui permettre de peser de l'extérieur sur les choix du gouvernement de coalition dirigé par Enrico Letta, lui-même issu du PD, ainsi que sur le calendrier électoral.

Même chose sur son programme qui reste flou. Résultat, Matteo Renzi joue plus sur sa facilité à briller à la télé que sur les détails des actions qu’il entend mener. De quoi renouveler les accusations de populisme. Dans le Nouvel Observateur, Marcelle Padovani, qui connaît l’Italie depuis longtemps, le traite même de «Berlusconi de gauche», alors que d'autres le comparent à une sorte de Tony Blair. «Comme tout populiste qui se respecte, il a l’ambition d’établir un lien direct avec les électeurs en passant par-dessus les appareils», écrit-elle.
 
Au cœur de sa campagne pour s’imposer à gauche, le maire de Florence avait déjà failli emporter le morceau lors des primaires de 2012. Son aisance et sa jeunesse avait impressionné. Et il avait mis au cœur de sa campagne l’idée de rottamazione, qui signifie «à la casse». Bref, il faut changer et envoyer à la casse toute la vieille classe politique, et notamment celle de son parti. Avec, à la clé, le fait qu’il apparaîtrait comme l’homme politique moderne dont l’Italie aurait besoin. 

Lors de ces primaires de 2012, en débat contre Bersani, il avait arboré une cravate violette, couleur de Florence, mais aussi celle de la cravate d’Obama pour les grandes occasions. Dans cette campagne, il n’avait pas hésité à se dire favorable au dépassement des clivages gauche droite ou affirmer qu’il «faut discuter avec les milieux financiers». Il s'était attiré cette réplique de Massimo d'Alema, aujourd'hui retiré, affirmant que si Renzi l’emportait «le centre gauche est mort».
 
L’opération n’avait pas marché puisqu’il n’avait pas emporté les primaires. Mais le jeune Matteo Renzi, né à Florence en 1975, était lancé.

Scout, puis étudiant en droit, il a tâté du marketing dans l’entreprise familiale avant de se lancer en politique en 1996 en soutenant Romano Prodi, alors figure du centre gauche italien. Il deviendra le responsable régional de ce centre gauche, qui prendra différentes appellations au fil des années : Parti populaire italien, Margherita, Olivier, puis Parti démocrate. 

En 2009, Matteo Renzi est élu maire de Florence. Son échec aux primaires de 2012 ne l'a pas arrêté et il a, aujourd'hui, les moyens de ses futures ambitions.  «Le premier test des rapports Renzi-Letta sera sur la réforme électorale, la priorité numéro un de la classe politique italienne après l’invalidation du système électoral italien en vigueur depuis 2005 («Porcellum») par la décision de la Cour Constitutionnelle du 4 décembre», note les Echos.

Pour celui qui affirme qu'«en Italie, nous avons le pire classe dirigeante de l'histoire», cela va être le moment de prouver le contraire.