Clap

Israël,  Mexique,  Etats-Unis,  Amérique

Mexique: Netanyahu soutient le mur de Trump et s'attire le désaveu des Juifs

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 04/02/2017 à 16H15, mis à jour le 04/02/2017 à 16H15

Le mur séparation entre Etats-Unis Mexique
A Ciudad Juarez,  deux jeunes Mexicains s'amusent à escalader le mur de séparation entre leur pays et les Etats-Unis, le 26 janvier 2017. © HERIKA MARTINEZ/AFP

Le soutien sans réserve du Premier ministre israélien au mur de séparation que Donald Trump fait construire à la frontière avec le Mexique a provoqué la colère de la communauté juive de ce pays. Plusieurs personnalités influentes de cette communauté ont fait part de leur rejet de la position de Benjamin Netanyahu allant jusqu’à le comparer à un laquais du président américain.

«Le président Trump a raison. J’ai construit un mur le long de la frontière sud d’Israël. Cela a stoppé toute l’immigration illégale. Grand succès. Idée formidable.»

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu tweets on President Trump's plan to build a wall along U.S.-Mexico border https://t.co/61fKIkWHuX pic.twitter.com/ohSyH4nEaX

 
Netanyahu déclenche la colère du gournement et de la communauté juive du Mexique
Par ce simple tweet, flanqué des deux drapeaux américain et israélien, et posté le samedi 28 janvier sur son compte, le Premier ministre israélien a déclenché la colère du gouvernement mexicain et celle de la communauté juive de ce pays qui n’a pas manqué de le faire savoir.
 
Dès le lundi suivant, en effet, le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Videgaray, avait exigé des excuses d’Israël et le Comité central de la communauté juive rejetait «catégoriquement» l’attitude de Benjamin Netanyahu.
 
Prenant conscience des dégâts que son tweet avait entraînés, ce dernier n’a pas présenté d’excuses, affirmant qu’il ne commentait pas dans le tweet les relations entre Washington et Mexico. Il s’est efforcé, en revanche, de dissiper ce qu’il a qualifié de conflit «passager» et d’insister sur les bonnes relations qu’entretiennent Israël et le Mexique.
 
«Je pense que nos liens sont plus forts qu’un désaccord ou un malentendu ponctuel», a-t-il tweeté le lendemain pour minimiser la querelle avec Mexico.

We've had & will continue to have good relations w/Mexico. I believe our ties are stronger than any passing disagreement or misunderstanding

Pas suffisant pour la petite mais influente communauté de près de 68.000 âmes pour une population de 92 millions de catholiques. Quatre hauts responsables ont fait paraître un communiqué de désapprobation.

L'historien Enrique Krauze condamne compare Netanyahu à un «laquais» de Trump 
«En tant que Mexicains et en tant que juifs, nous soutenons les actions mises en place par notre gouvernement dirigé par Enrique Pena Nieto dans ses négociations avec les Etats-Unis. Nous soutenons nos concitoyens qui vivent, travaillent et apportent leur contribution aux Etats-Unis, dont les droits doivent être respectés à chaque instant et qui doivent être traités avec dignité», rapporte en substance le texte.
 
Plus percutante encore était la réaction de l’historien de renom Enrique Krauze qui a dit «condamner, déplorer et rejeter» le tweet du Premier ministre israélien . Dépeignant Netanyahu sous les traits d’un «laquais de Trump», il lui a demandé de «présenter ses excuses au peuple mexicain pour son infâme déclaration.»
 

Autre condamnation sans appel, celle du secrétaire au développement économique de Mexico descendant d’immigrants juifs ukrainiens et polonais. Rappelant l’accueil apporté par le Mexique à ses ancêtres, Salomon Chertorivsky a diffusé sur les réseaux sociaux un message enregistré dans lequel il condamne le tweet de Netanyahu au nom des «milliers d’histoires comme celle de ma famille», a-t-il dit.

Une communauté choquée par des propos dénués d'humanité 
«Je ne conçois pas que quelqu’un gouvernant aujourd’hui un peuple qui a souffert de la pire persécution célèbre la persécution d’un autre peuple, le notre, les Mexicains», a-t-il ajouté.
 
Dans les rues du quartier chic de Polanco, où vit une bonne partie de la communauté de Mexico, les habitants ne cachent pas non plus leur rejet des propos du responsable israélien. Le gérant d’un magasin kasher estime que les juifs mexicains «n’ont rien à voir avec l’opinion de ce monsieur.»
 
«Ce qu’a dit Netanyahu, ce n’était pas très humain, c’était très maladroit quand on voit ce qui se passe de par le monde», estime cet autre juif mexicain d’une cinquantaine d’années se rendant à la synagogue, «il a perdu une bonne occasion de se taire.»