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Microcrédit : le miracle contre la pauvreté n'a pas eu lieu

Par Michel Lachkar@GeopolisFTV | Publié le 17/01/2016 à 13H27

Microcrédit solidaire au Mozambique
Microcrédit solidaire au Mozambique © AFP/ DPA britta Pedersen

Très en vogue dans les années 90, le microcrédit a longtemps été présenté comme la solution au problème de la pauvreté. Est-ce en raison de son succès ou de ses résultats mitigés qu'il s'est banalisé? Les plus pauvres qui n’avaient pas accès au crédit ont-ils vu leur quotidien s’améliorer? Le microcrédit est-il un outil efficace dans la lutte contre la pauvreté? Un premier bilan s’impose.


Expérimenté au Bangladesh par le professeur Muhammad Yunus dans les années 70, le principe de la banque des pauvres consiste à prêter aux plus démunis pour qu’ils créent leur petite entreprise. Depuis, le concept a gagné une grande partie des pays en développement et même certains pays riches. 

Cent millions de personnes dans le monde ont eu accès en 2014 au microcrédit. Des prêts de quelques dizaines ou de quelques centaines d’euros permettent de développer une petite activité économique et de créer son propre emploi.

Le microcrédit a montré son utilité
Les banques ne prêtent pas sans garanties, et donc pas aux plus pauvres. D’autant que le microcrédit en zone rurale est peu rentable. Il faut se déplacer dans les villages reculés, pour de petites sommes, récupérer les intérêts chaque mois, ce qui entraîne des frais de transports et de suivi. Cela explique en partie des taux d’intérêts à deux chiffres, qui ont largement entachés la belle idée de substituer la création d’activité à la «charité».

«Des taux élevés mais moins lourds que ceux pratiqués traditionnellement par les usuriers de villages, les mêmes qui rachetaient les récoltes à vil prix et obligeaient les paysans à hypothéquer leurs terres», affirmait Muhamad Yunus.
Avec le microcrédit, qui ne concerne que de petites sommes, la seule sanction si on ne peut pas rembourser, c’est d’être rayé des listes et de ne plus avoir accès à un nouveau prêt.

Remise prix Nobel paix à Muhamad Yunus

Remise du prix Nobel de la paix à Muhamad Yunus (A Oslo le 10 décembre 2006) © AFP/ Daniel Sannum


Avec des prêts de quelques centaines d’euros, on peut investir dans une petite machine à coudre et ouvrir une petite échoppe de tailleur, acquérir un vélo pour aller vendre ses produits sur le marché. Si cette activité permet de doubler ses revenus, le remboursement du prêt n’est plus alors perçu comme un fardeau insoutenable. Contrairement aux prédictions pessimistes, on ne constate aucune frénésie de consommation irresponsable provoqué par «l’argent facile». Même s'il sert à acheter des biens durables – réfrigérateur, télévision, moto –, il permet surtout de développer de petites activités économiques par des investissements qui n’auraient pas pu être engagés autrement.

Le miracle n’a pas eu lieu
Des études de terrain mettent en évidence un impact limité sur le bien-être des populations. Le microcrédit finance en général des micro-activités familiales qui peinent à se transformer en véritables entreprises capables de trouver leur place sur le marché et de créer de l’emploi. Le credo, qui voit un entrepreneur dans chaque pauvre, ne correspond pas à la réalité. Beaucoup de clients de la microfinance sont des entrepreneurs forcés, ils s’achètent un emploi car ils n’en ont pas le choix. C’est pourquoi ils en restent en quelque sorte à une économie de subsistance.

«On pensait avoir trouvé une solution miracle contre la pauvreté, le microcrédit était un candidat crédible, mais le miracle annoncé n’a pas eu lieu», affirme l’économiste française Esther Duflo. «Une des limites du microcrédit est qu’il finance essentiellement des activités à toute petite échelle, de très faible croissance, peu créatrices d’emplois», d'autant plus si les activités financées se font concurrences. Dans les rues des villes d’Afrique ou d’Asie, on voit d’innombrables petites épiceries, vendant les mêmes produits, dont les bénéfices suffisent à peine à payer un salaire minimal, malgré de longues journées de travail.

«On ne constate aucun signe d’une transformation profonde de la vie des familles : le microcrédit n’a pas eu d’impact durable sur la santé, la scolarisation des enfants. C'est-à-dire à une vraie sortie de la pauvreté», explique la professeure au MIT. Si le microcrédit a le mérite d’inclure dans le système financier une population particulièrement fragile et isolée, il ne peut pour autant remplacer des investissements massifs dans l’éducation, la santé, l’eau, ou les transports qui sont à la base d’un réel développement.

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