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Migrant ou passeur ? Un Erythréen attend son jugement en Italie

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 26/09/2016 à 13H16, mis à jour le 26/09/2016 à 14H51

Des migrants partis côtes égyptiennes recueillis par marine italienne
Des réfugies syriens et irakiens partis des côtes égyptiennes recueillis par la marine italienne. © AFP/ Marina Militare

Un jeune Erythréen serait à tort accusé d’être le chef d’une organisation de passeurs de migrants entre l’Afrique et l’Europe. Il a été extradé en Italie où il attend, en prison, d’être jugé. Mais pour sa famille, Medhanie Tesfamariam Kidane n’a rien à se reprocher.


Son arrestation à Khartoum puis son extradition vers l’Italie avaient été annoncées par une presse quasi unanime, peu sourcilleuse de mettre en doute la parole officielle. Le «big boss» des passeurs de migrants, Medhanie Yehdego Mered, venait d’être arrêté. Un Erythréen, soupçonné d’être le chef d’un énorme réseau, «l'une des quatre plus grandes organisations criminelles de trafic de migrants», selon le communiqué commun du ministère soudanais de l’Intérieur et des ambassades d’Italie et du Royaume-Uni à Khartoum.
 
Ce 8 juin 2016, il n’y a guère que la presse anglo-saxonne pour relayer les protestations de la famille de la personne arrêtée. Cet homme n’est pas Medhanie Yehdego Mered. Plusieurs personnes ont contacté les médias pour dire que le suspect exhibé par la police est, en fait, un jeune réfugié de 27 ans nommé Medhanie Tesfamariam Kidane qui n’a rien à se reprocher.
 
Mais selon le parquet de Palerme, chargé de l’enquête, plusieurs indices justifient sa détention. Le téléphone retrouvé sur lui avait été placé sur écoute à l’occasion d’une vaste chasse à l’homme, l’opération Glauco (lien en anglais). Cette enquête a démarré suite au naufrage d’un bateau de migrants à proximité de l’île de Lampeduza à l’automne 2013. 366 passagers y trouvaient la mort, principalement des Somaliens et des Erythréens.

Les deux Medhanie

Sur ce document du «Guardian», à gauche le jeune Erythréen arrêté, à droite Medhanie Yehdego Mered, l'homme recherché. © The Guardian

 
De fil en aiguille, d’écoutes téléphoniques en arrestations, de Glauco 1 à Glauco 2, les enquêteurs ont remonté une filière de passeurs s’étendant en Amérique du Nord, en Europe et bien sûr en Afrique. Au bout de tout cela, dans une chambre vétuste d’une petite maison d’un quartier de Khartoum au Soudan, les enquêteurs mettent la main sur un homme. Selon eux, il s’agit bien de Medhanie Yehdego Mered, le chef du réseau.
 
La ressemblance est vague, l’âge ne correspond pas. Le téléphone est utilisé par plusieurs personnes. Les témoins parlent d’un jeune Erythréens qui a fui, comme beaucoup, le pays. Il est en attente à Khartoum d’un départ pour émigrer vers l’Europe ou l’Amérique. La filière classique. Medhanie reconnaît juste des appels téléphoniques vers la Libye, ce qui selon l’accusation est la preuve de sa culpabilité.

Les proches du jeune homme apportent même des dizaines de preuves de son identité. Inscription scolaire, papiers militaires, etc. Il est bien Medhanie Tesfamariam Kidane. Rien n’y fait.
 
Le journal Le Monde énumère les preuves bancales que l’accusation met en avant. Le 21 septembre 2016, la justice italienne a pourtant décidé de le garder en prison. Mais le procès a été repoussé au 16 novembre 2016. D’ici là, le juge de Palerme devra étoffer une accusation qui semble bien faible, ou trouver le vrai Medhanie Yehdego Mered.