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Migrants: une stratégie euro-africaine pour bloquer le flux au sud de la Libye

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 10/07/2017 à 08H58, mis à jour le 10/07/2017 à 09H02

Arrivée migrants subsaharien à Salerne en Italie
Arrivée du bateau de secours Aquarius-SOS Méditerranée au port de Salerne en Italie, le 26 mai 2017, avec à son bord 1004 migrants subsahariens et de Libye, Mali, Pakistan, Nigeria et Maroc. Parmi eux 214 mineurs et 118 femmes dont 21 avec des enfants. © Paolo Manzo/NurPhoto/AFP

Parallèlement à la réunion des ministres de l’Intérieur européens en Estonie sur l’afflux de migrants africains, une autre réunion des chefs de la diplomatie des pays concernés s’est tenue à Rome pour établir une stratégie commune d’endiguement : renforcement des contrôles aux frontières et investissements dans les pays d’origine pour bloquer les candidats au départ au sud de la Libye.

Avec plus de deux mille morts au cours des six premiers mois, l’année 2017 apparaît d’ores et déjà comme l’année la plus meurtrière pour les migrants qui tentent de rejoindre les côtes italiennes à partir de la Libye, selon Amnesty International.

La multiplication par trois du nombre de décès, par rapport à celui de 2015, a poussé les ministres de l’Intérieur des pays européens à se réunir à Tallinn en Estonie pour venir en aide à l’Italie débordée par les arrivées incessantes de migrants.
 
En effet, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 100 000 migrants sont arrivés en Europe depuis janvier 2017 par la Méditerranée, dont plus de 85 000 ont débarqués en Italie.

Une stratégie euro-africaine pour juguler l'hémorrage du continent 
Parallèlement à cette réunion qui se tenait en urgence, une autre rencontre, prévue elle de longue date, s’est déroulée le même jour, le 6 juillet 2017, à Rome sur le même dossier.
 
Les chefs de la diplomatie de pays européens (Allemagne, Autriche, Espagne, France, Pays-Bas, Malte et Estonie) et ceux de pays africains (Libye, Niger, Tunisie, Egypte, Tchad, Ethiopie et Soudan), ont examiné ensemble les moyens de juguler l’hémorragie du continent.
 
En présence de hauts responsables de l’ONU et de l’OIM, ils sont parvenus à ébaucher une stratégie commune basée sur l’idée qu’il faut bloquer les migrants au sud de la Libye, bien avant leur arrivée sur le rivage méditerranéen.
 
«Pour faire baisser le nombre de ceux qui arrivent chez nous, il faut faire baisser le nombre de ceux qui arrivent en Libye. Ne pas agir seulement au nord ou en mer, mais aussi à la frontière sud», a expliqué le ministre italien des affaires étrangères.

Pilier de cette stratégie, la maîtrise du flux dans les pays d’origine et de passage. «Si les contrôles des frontières dans les pays de transit sont efficaces, alors les billets vendus par la plus grande agence de voyage criminelle de l’histoire perdront de leur valeur. Si les trafiquants n’arrivent plus à garantir l’arrivée effective en Europe, leur agence de voyage sera en faillite. Là est notre mission», a ajouté Angelino Alfano.

Piliers de cette stratégie, renforcer l'aide au contrôle des frontières et les investissements 
La déclaration commune préconise également des investissements en faveur des jeunes et des femmes dans les pays d’origine, un soutien aux contrôles dans les pays de transit ou encore une amélioration de la politique des retours, volontaires ou non.
 
Les signataires se sont aussi engagés à aider le HCR et l’OIM à augmenter leur présence tout au long du parcours des candidats au départ et à développer des campagnes de communication mettant en garde sur les dangers du voyage.
 
Avec les pays au sud de la Libye, «notre approche doit être incitative (via des aides et des investissements). Nous ferons aussi preuve d’une grande fermeté en rappelant le lien entre les politiques de visa et les politiques de retour», a prévenu de son côté Jean-Yves le Drian, le chef de la diplomatie française.
 
Selon son homologue italien, l’Italie a déjà débloqué 10 millions d’euros pour aider la Libye à contrôler ses frontières avec le Niger, le Tchad et le Soudan, 18 millions pour aider l’OIM à organiser en Libye les retours volontaires des migrants vers leur pays d’origine et 3 millions pour les opérations de lutte contre le trafic d’êtres humains.
 
L’Estonie, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche ont aussi annoncé des efforts financiers, mais sans plus de précisions, selon Alfano. Les participants doivent se revoir en janvier 2018 à Rome pour faire le point sur les actions ainsi programmées.