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Migrations: retour de la route «espagnole»?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 23/06/2017 à 15H25

Rescapés en Espagne
Des migrants secourus par la Marine espagnole le 21 juin 2017. © Guillaume Pinon / NurPhoto

Dans les migrations via la Méditerranée, on parle essentiellement des passages en provenance de la Libye. Mais ces derniers jours, la route vers l’Espagne en provenances des côtes marocaines et algériennes a repris. Plus de 400 migrants cherchant à atteindre le sud de l'Espagne par la mer ont été secourus entre le 21 et le 23 juin.


Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 3.300 personnes ont atteint l'Espagne par la mer entre le 1er janvier et le 30 avril et au moins 59 ont péri pendant la traversée. C'est trois fois plus qu'un an plus tôt sur la même période, ce qui semble indiquer que la route «espagnole» d'accès à l'Union européenne est davantage empruntée.

Trente-quatre migrants ont été sauvés d'un bateau pneumatique en feu entre le Maroc et l'Espagne par la Marine portugaise en mai 2017.

Outre l'incident montré par la vidéo ci-dessus, le 16 juin 2017, des corps de migrants africains ont été découverts dans une petite embarcation à 70 miles nautiques des côtes espagnoles de la Méditerranée. Les secours maritimes avaient alors trouvés «les corps de cinq personnes, apparemment originaires d'Afrique subsaharienne».

Le trafic des côtes africaines vers l'Espagne reste cependant très en retrait par rapport à la route «libyenne». Même la route à travers la mer Egée reste plus importante malgré l'accord entre la Turquie et l'Union européenne qui a mis quasi fin au flux entre les côtes turques et les îles grecques. 

Les migrations en Méditerranée
Chiffres des différentes routes de migrants en Méditerranée en 2017 (chiffres au 18 juin 2017). © International Organization for Migration

Le nombre d'arrivées reste en principe bien supérieur pour l'Italie, avec l'enregistrement entre le 1er janvier et le 18 juin de près de 69.000 personnes et de 1.889 morts. En Grèce, l'OIM a recensé plus de 8.000 arrivées et 37 morts dans les eaux de la mer Egée.

Le nombre total estimé des arrivées par mer en Europe entre le début de l'année et le 18 juin – 81.292 – est cependant bien inférieur à celui enregistré en 2016 pour la même période (plus de 215.000), selon l'OIM.

L'Espagne a géré la route des Canaries
L’Espagne avait dû faire face en 2006 à un afflux massif de migrants via l’Atlantique, entre les côtes de Mauritanie et du Sénégal, et celles, espagnoles, des Canaries. Pour mettre fin à cette vague de migration, l’Espagne a décidé de débloquer des sommes importantes en faveur de ces deux pays. Plusieurs dizaines de millions ont été dépensées chaque année pour aider ces deux pays à mieux gérer leurs frontières maritimes, avec semble-t-il un succès certain. 

Immigration aux Canaries
Entrées de migrants aux Canaries (2005-2017)  © El Pais

Elle a aussi réussi, mais avec des murs cette fois-ci, à quasi juguler les entrées dans ses deux enclaves en terre marocaine, Ceuta et Melilla. Le dernier «passage» remonte au 17 juin lorsqu'une voiture a forcé le poste-frontière entre le Maroc et Melilla avec cinq personnes à bord.

Le Maroc, qui a réintégré l'Union africaine, a décidé de régulariser des milliers de ressortissants venus d'Afrique sub-saharienne. Mais parmi eux, certains rêvent toujours de franchir, à l'endroit le plus étroit, les 14 km qui séparent les côtes marocaines de celles de l'Espagne.