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Mort du poissonnier d’Al-Hoceima : les Amazighs du Rif en première ligne des manifestations

Par Mohamed Berkani@GeopolisAfrique | Publié le 31/10/2016 à 16H52, mis à jour le 31/10/2016 à 16H52

Funérailles Mouhcine Fikri
Des milliers de personnes ont assisté aux funérailles de Mouhcine Fikri  © FADEL SENNA / AFP

Les autorités marocaines cherchent à apaiser très vite la population en diligentant une enquête sur la mort effroyable du poissonnier d’Al-Hoceima. Et promettent des sanctions exemplaires. Lors des impressionnantes manifestations, il y avait plus de drapeaux amazighs (berbères) que marocains. Signe que la région frondeuse se méfie toujours du pouvoir central.

Des milliers de personnes ont participé dimanche 30 octobre 2016 dans le calme à l’enterrement de Mouhcine Fikri, mort dans des circonstances effroyables, puis se sont rassemblées à nouveau dans la soirée dans le centre d'Al-Hoceima, ville côtière d'environ 55.000 habitants. Sur les images vidéos et photos, les manifestants brandissaient le drapeau amazigh, comme pour défier le pouvoir central. Sur les réseaux sociaux et sur place, la mobilisation avait pris les couleurs bleu, vert, jaune, ornées du signe berbère (lettre Z en alphabet tifinagh). Avec un fort accent identitaire berbère et revendiquant l'héritage rebelle de la région, les marcheurs ont rendu hommage au «martyr Mouhcine» et crié leur rejet de la «hogra» (l'arbitraire en arabe) et leur indignation contre les «assassins».





Manifestation Marrakech
Capture d'écran © DR


Qui a appelé à manifester ? Militants de la cause amazigh (berbère), de partis de gauche ou encore islamistes du mouvement Justice et bienfaisance, tous exigeaient la vérité sur la mort du marchand de poisson d'une trentaine d'années, happé par une benne à ordures alors qu'il  tentait de s'opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise. Une enquête a été ouverte par le ministère de l'Intérieur. Dépêché par le roi Mohammed VI pour tenter de désamorcer la crise, le ministre de l'Intérieur Mohammed Hassad s'est rendu dimanche à Al-Hoceima  pour exprimer «la compassion du souverain à la famille du défunt».

Le Rif, berbérophone, entretient des rapports de méfiance avec le Makhzen (Palais royal). Ostracisée par Hassan II, la région a longtemps souffert du manque de développement économique. Al-Hoceima a aussi été l'un des principaux foyers de la contestation lors du mouvement du 20-Février, la version marocaine des Printemps arabes en 2011. L'un des éléments déclencheurs de ce mouvement de révolte avait été le suicide en Tunisie d'un vendeur ambulant qui s'était immolé en réaction à la saisie de sa marchandise. 

Des appels à l’unité du Maroc se multiplient sur les réseaux.