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Mozambique: des rubis à tout prix

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 17/09/2018 à 17H36

Mineur clandestin rubis au Mozambique
Un mineur clandestin de rubis à Montepuez, au Mozambique. © AFP/John Wessels

Tout a commencé en 2009, lorsqu’un filon de rubis est découvert à Montepuez, au nord du Mozambique. Aujourd’hui, la moitié des rubis vendus dans le monde viennent du Mozambique: 10 millions de carats ont été extraits ici. Une richesse pour l’Etat, mais un fléau pour la population, chassée par l’exploitation des rubis.


Au départ, nous rappelle le site Colorstone, l’exploitation des rubis du Mozambique était très artisanale. Les pierres de piètre qualité, cassées et donc inexploitables, étaient nombreuses. Cela a généré un trafic de fausses gemmes, obtenues en rajoutant de la silice colorée aux pierres cassées.

En 2011, l’Etat du Mozambique s’associe avec la compagnie britannique Gemfields pour donner naissance à la Montepuez Ruby mining (MRM) et remet de l’ordre dans le secteur. En juin 2014, la première vente aux enchères de rubis du Mozambique a lieu à Singapour. Le rubis, jusque-là apanage de la Birmanie, vient de se trouver un nouvel eldorado. Depuis, la MRM a engrangé 240 millions d’euros.

Une concession de la taille de Malte
Gemfields estime, nous dit Le Monde, que le sous-sol de Montepuez pourrait renfermer les plus grandes réserves jamais découvertes. Sa concession atteint 330 km², la taille de Malte.

Mais la fièvre du rubis vaut bien celle de l’or. Et cette richesse nouvelle provoque ici des trafics en tous genres. Si bien que Montepuez devient aussi célèbre pour la violence qui y règne, que pour ses gemmes.

Elle passe notamment par la lutte sans merci que livrent la compagnie minière et la police aux mineurs clandestins. En 2017, 4000 personnes ont été arrêtées en quelques semaines, les étrangers, quant à eux, ont été expulsés. Sur sa concession, MRM multiplie les panneaux d’avertissements, explique l’AFP. «Vous êtes dans une concession minière MRM. Il est interdit de cultiver, de bâtir des logements et de creuser.» La police et les agents de la mine traquent les contrevenants, sans état d’âme.

Intimidations
Les habitants accusent également la MRM de ne pas indemniser les expulsions. La compagnie mettrait la pression en brûlant les maisons. «Ils le font pour forcer les habitants à partir sans indemnisation», accuse le chef du village de Nthoro, Joao Carimo. Faux, assure Gemfields. Dans un communiqué adressé à l’AFP, elle explique. «Nous avons identifié 105 familles qui vivent actuellement dans le village de Nthoro et qui seront relogées dans le district de Montepuez, pour un investissement total de 10 millions de dollars.» Le plan de relogement est sur le point d’être lancé.

En tous cas, les autorités locales soutiennent leur police et la compagnie minière. Les incidents sont dus à des «agitateurs» parmi les habitants, disent-elles. La police enquête sur ces affaires. «Tout policier impliqué dans des brutalités contre des citoyens sans défense sera puni», explique le porte-parole national.