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Mozambique: faut-il craindre un retour de la guerre civile?

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 04/02/2016 à 10H43

Ex-rebelles Renamo au Mozambique
Des combattants de l'ancien mouvement rebelle Renamo dans les montagnes de Gorongosa (centre du pays), le 8 novembre 2012. Les hommes d'Afonso Dhlakama ont gardé leurs armes depuis l'accord signé avec le gouvernement en septembre 2014. © Photo AFP/Jinty Jackson

C’est un pays en plein boom économique. Les multinationales affluent au Mozambique depuis que de gigantesques réserves de gaz y ont été découvertes. Mais le pays semble renouer avec les démons de la violence. Les affrontements ont repris entre forces gouvernementales et ex-rebelles de la Renamo. De nombreux habitants se sont réfugiés au Malawi voisin. L’église catholique propose sa médiation.


La tension n’avait pas été aussi forte depuis la signature d’un accord de paix entre les frères ennemis mozambicains en août 2014. L’attaque à main armée qui a visé Manuel Bissopo, le N°2 de la Renamo, le principal parti de l’opposition, le 20 janvier 2016 dans la ville de Beira, risque d’envenimer la situation.
 
Le député de la Résistance nationale du Mozambique a été hospitalisé dans un état grave à Beira. Son garde du corps a été tué sur le coup. Le parti au pouvoir a nié toute implication dans cette attaque que les ex-rebelles ont aussitôt attribuée à l’armée. Le chef de la Renamo, Afonso Dhlakama, avait affirmé avoir été lui-même la cible d’un commando armé les 17 et 25 septembre 2015 et accusé le gouvernement de chercher à l’éliminer.
 
Des bruits de bottes dans le centre et le nord du pays
Le chef de la Renamo, Afonso Dhlakama, en est convaincu: «Le gouvernement privilégie désormais la voie militaire pour résoudre leurs différents.» Aussi, ses anciens combattants ont repris du service dans le centre du pays où il a trouvé refuge.

L’ancien chef rebelle n’a jamais reconnu le résultat des élections présidentielles et législatives d’octobre 2014. Il a annoncé vouloir prendre le pouvoir en mars 2016 dans six provinces sur les onze que compte le pays. Par la force si nécessaire, a-t-il précisé.
 
Une déclaration qui a suscité la colère à Maputo. Des troupes ont été aussitôt dépêchées dans le centre et le nord du pays pour mâter «cette nouvelle rébellion».

Efonso Dhlakama leader renamo

Le leader de la Renamo, Afonso Dhlakama, au cours d'une conférence de presse dans les montagnes de Gorongosa (centre du pays), le 10 avril 2013. L'ancien chef rebelle mozambicain a refusé de reconnaître sa défaite à la présidentielle de 2014. Il menace de reprendre la guerre civile. © Photo AFP/Jinty Jackson


Les affrontements entre les frères ennemis mozambicains ont déjà jeté sur les routes quelque 2000 personnes. Ils ont trouvé refuge au Malawi voisin où ils s’entassent dans des camps de fortune.
 
Les réfugiés traumatisés affirment avoir été brutalisés par des soldats gouvernementaux qui brûlent des maisons et détruisent tout sur leur passage, à la recherche des hommes de la Renamo.
 
«Nous sommes de simples fermiers, nous n’avons jamais vu de soldat de la Renamo», raconte à l’AFP un père de famille qui est arrivé au Malawi avec sa femme et ses deux enfants. «On nous accuse d’abriter la Renamo, mais on ne connaît pas ses soldats. On n’a aucun lien avec eux», affirme une mère de famille qui s’est enfuie avec ses trois enfants.
 
L’église mozambicaine prête à mener une médiation
Faut-il craindre un retour de la guerre civile après deux décennies de paix? C’est ce que tente d’éviter l’église catholique du Mozambique qui est prête, selon Radio Vatican, à servir de médiateur pour des pourparlers entre le gouvernement et la Renamo.
 
La guerre civile mozambicaine qui a duré 16 ans avait pris fin en 1992, grâce à la médiation de la communauté Sant’Egidio. Le conflit avait fait un million de mort.
 
Le retour de l’instabilité politique pourrait compromettre durablement l’essor économique du Mozambique, alors que le pays vit un tournant économique sans précédent.

Selon le Fonds monétaire international, le Mozambique pourrait devenir l’une des plus grandes économies africaines d’ici à 2028. C’est au cours de cette année que la production du gaz naturel découvert dans le nord (180 milliards de mètres cubes) devrait atteindre son point culminant. A condition que le pays, encore fragile, arrive à maintenir sa stabilité politique et à garder la confiance des investisseurs.