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Mozambique: l’énorme «dette cachée» fait fuir investisseurs et créanciers

Par Géopolis (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 28/03/2018 à 15H57

Frégates Maputo
Les autorités ont emprunté en secret deux milliards de dollars pour acheter des navires de guerre © AFP

Le Mozambique ne parvient pas à se dépêtrer du scandale de sa «dette cachée», évaluée à plus de deux milliards de dollars, qui pèse sur la confiance des investisseurs, les performances de son économie et sa vie politique.

Les créanciers du pays ont sèchement rejeté la dernière offre du gouvernement pour restructurer 2,2 milliards de dollars de sa dette publique, dont il a suspendu depuis plus d'un an tous les remboursements. «Ce plan ne permet pas d'engager une discussion sérieuse en vue d'une solution réaliste», a tranché le groupe qui représente 80% des créanciers du Mozambique à l'issue d'une réunion à Londres avec son ministre des Finances, Adriano Maleiane.
 
Les ennuis financiers du Mozambique ont débuté en avril 2016, lorsque ses dirigeants ont avoué avoir emprunté en secret 2 milliards de dollars pour acheter des navires militaires pour participer aux combats contre l'ex-rébellion de la Renamo. Dans leur liste de courses figuraient notamment six patrouilleurs construits par les Constructions mécaniques du Normandie (CMN), une filiale du groupe Privinvest dirigé par l'homme d'affaires français d'origine libanaise Iskandar Safa. Sitôt informés de l'opération, les financeurs, Fonds monétaire international (FMI) en tête, ont gelé leur aide budgétaire, plongeant le pays dans une crise sans précédent. Résultat : le montant de sa dette est passé à 130% de son produit intérieur brut (PIB) en 2016 et l'a rapidement contraint à suspendre ses remboursements.

Des passants dans centre Maputo capitale Mozambique.
Des passants dans le centre de Maputo, capitale du Mozambique.  © Jeronimo Muianga / dpa

500 millions de dollars envolés
Un audit du cabinet Kroll a révélé en juin 2017 qu'au moins 500 millions de dollars de dépenses financées par cet emprunt étaient «inexpliquées». L'opposition accuse l'ancien président Armando Guebuza et son actuel successeur, Filipe Nyusi, de corruption et exige, depuis, l'annulation pure et simple des emprunts controversés. L'offre de restructuration présentée par Maputo détaillait plusieurs options, dont l'extension jusqu'à 16 ans de la maturité de la dette et l'effacement de 50% de ses intérêts et pénalités.
 
Les créanciers sont refroidis par le cadre macroéconomique retenu par le gouvernement. A peine 2,8% de croissance en 2018 (6,6% en 2015), un retour à l'équilibre budgétaire retardé à 2022 et, surtout, aucun revenu significatif des gisements gaziers du nord avant 2023...

Le Mozambique sait depuis 2010 qu'il est assis sur un trésor : 5.000 milliards de m3 de gaz qui doivent le faire monter sur le podium des principaux exportateurs mondiaux. Cependant, le faible niveau des cours des hydrocarbures a retardé le coup d'envoi de l'exploitation. Et la perspective de voir ces dollars engloutis dans le service d'une dette abyssale - encore 112% du PNB l'an dernier - indigne la société civile.

Scandale d’Etat
«Nous refusons toute renégociation car cela va continuer à créer des problèmes pour le pays. Nous exigeons que ceux qui ont contracté cette dette et ceux qui ont détourné de l'argent soient poursuivis», renchérit Jose Manteigas, le porte-parole du principal parti d'opposition, la Renamo. Même si la décision a été prise par son prédécesseur, Armando Guebuza, le président Filipe Nyusi, ministre de la Défense au moment des faits, s'est vite retrouvé lui aussi au cœur du scandale.

Filipe Nyusi
Le président Filipe Nyusi candidat à un nouveau mandat © MAURO VOMBE / AFP

Candidat quasi certain à un nouveau mandat en 2019, le voilà désormais en position très délicate. Pris entre les tirs croisés du FMI, qui exige la levée du secret sur les fonds «disparus» de la dette en échange de la reprise de son aide, et ceux de son parti qui espèrent son silence en échange de son soutien... «L'impératif de gagner les élections locales de 2018 et nationales de 2019 limite la possibilité pour Filipe Nyusi de parvenir à un accord avec le FMI, indispensable pour relancer l'investissement et la croissance», juge Darias Jonker, analyste chez Eurasia Group. «Et l'absence de croissance limite sa marge de manœuvre dans les négociations de restructurations».

Maputo et ses créanciers ont promis de se revoir en avril 2018 à Washington pour tenter d'aboutir à un «accord équitable».