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Mozambique: les attaques des shebabs suscitent la colère contre les autorités

Par Géopolis avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 28/09/2018 à 15H05

La ville Macomia au nord Mozambique
Dans les rues de Macomia, le 11 juin 2018, au nord du Mozambique dans la province du Cabo Delgado, cible des attaques du groupe islamiste radical des shebabs. © EMIDIO JOSINE/AFP

Des dizaines de personnes ont attaqué le 27 septembre 2018 un commissariat du nord du Mozambique pour exiger de la police qu'elle leur livre un des djihadistes présumés qui sèment la terreur dans la région. Elles accusent les autorités de ne pas assurer leur protection. Depuis sa première attaque lancée il y a un an, ce groupe, surnommé aussi shebab, a tué plus d’une cinquantaine de civils.


«Vers 10h ce matin, un groupe de jeunes a marché (...) sur le poste de police (à Macomia) pour exiger qu'on leur remette un homme soupçonné d'avoir tué et décapité un villageois», a raconté sous couvert d'anonymat à l'AFP un témoin.

Plus de 50 civils tués depuis un an 
Les forces de l'ordre ont dû tirer en l'air pour disperser la population en colère, a-t-il ajouté.
 
Depuis plusieurs mois, les villages de la province du Cabo Delgado sont la cible d’attaques meurtrières d'un groupe de jeunes musulmans radicaux hostiles au gouvernement qui a déjà tué plus d'une cinquantaine de civils.
 
Né il y a environ quatre ans dans cette province du Nord, frontalière de la Tanzanie, ce mouvement surnommé les shebabs (les jeunes en arabe), comme en Somalie, se serait radicalisé au contact d’un imam étranger installé dans la région, selon RFI.
 
Estimé à plusieurs centaines de sympathisants, entre 500 et 100 jeunes Mozambicains mais aussi Tanzaniens et Somaliens, le groupe revendique une application stricte du Coran.
 
Il s’est petit à petit militarisé jusqu’à lancer sa première attaque le 5 octobre 2017 contre un commissariat de police et une caserne de l’armée dans la ville de Mocimboa da Praia.

Ses combattants auraient, selon la police mozambicaine, reçu une formation en Tanzanie ainsi qu’en République démocratique du Congo.
 
La population ne fait plus confiance à la police et à l'armée
Pour le groupe de réflexion International Crisis Group, il pourrait y avoir des liens entre ce groupe et celui homonyme de Somalie qui cherche à étendre son réseau avec le sud de la Tanzanie et le nord du Mozambique, seule région à majorité musulmane de ce pays.
 
Depuis, il a lancé une vingtaine d’attaques de plus en plus violentes dont la dernière remonte au 20 septembre 2018.

L'armée et la police ont procédé à de nombreuses arrestations et déployé d'importants renforts dans la région, proche de la frontière tanzanienne, sans parvenir toutefois à enrayer ces raids.
 
«La population n'a plus confiance en la police. La police et l'armée échouent à assurer sa protection, alors les gens veulent rendre la justice eux-mêmes», a expliqué un autre habitant joint au téléphone depuis la capitale, Maputo.
 
«La police et l'armée sont là mais les assaillants continuent à envahir nos villages et à commettre des atrocités, mais personne n'est arrêté», a-t-il regretté.
 
Inquiétudes des grands groupes pétroliers
«Nous sommes déterminés à neutraliser les groupes malfaisants qui essaient de troubler l'ordre et la tranquillité de certains districts de la province du Cabo Delgado», a répété le 26 septembre le président mozambicain, Filipe Nyusi, devant l'Assemblée générale des Nations Unies à New York.
 
«Nous comptons sur la coopération de tous», a-t-il poursuivi en mettant en garde contre les risques de «propagation (de ces attaques) aux pays voisins».
 
Cette rébellion inquiète les autorités de Maputo et de grands groupes pétroliers tels qu’Exxon, Anadarko et ENI, qui ont commencé à installer leurs infrastructures dans cette région stratégique pour y exploiter des gisements de gaz off-shore très prometteurs.