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Nigeria: du pétrole bientôt exploité sur les terres de Boko Haram?

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 24/07/2017 à 09H26, mis à jour le 24/07/2017 à 09H27

Installation Shell à Port Harcourt Nigeria
Installation de la Shell à Port Harcourt (Nigeria). Photo prise le 29 septembre 2015. © AFP - FLORIAN PLAUCHEUR

Encouragées par leurs victoires militaires contre le groupe djihadiste Boko Haram, les autorités nigérianes relancent la recherche pétrolière dans le nord-est du pays. Ce qui éveille les appétits de groupes chinois et occidentaux malgré une situation sécuritaire encore précaire. Le pays tire 70% de ses revenus de la production d’or noir.


Le Nigeria, premier producteur de pétrole d'Afrique, a été l'un des pays les plus touchés par la chute des cours mondiaux du brut depuis 2014. En 2016, le pays est entré en récession pour la première fois depuis 25 ans. Avec une inflation à deux chiffres et une devise nationale, le naira, en chute libre face au dollar.

Les attaques de groupes armés sur les infrastructures pétrolières et gazières exploitées dans le delta du Niger (sud-est) par les grandes majors internationales (Chevron, Exxon, Shell…) n'ont fait qu'aggraver la situation. Groupes qui exigent une meilleure redistribution des revenus pétroliers.

Courant 2016, la production nationale d’or noir s'est effondrée sous le choc de ces attaques. Elle est ainsi tombée à 1,4 million de barils par jour (mb/j) alors qu’elle atteignait en moyenne 2 à 2,2 mb/j au premier trimestre de la même année, selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie cités par leblogfinance.com.

Depuis, la production s’est redressée. Et «le Nigeria affiche de nouvelles ambitions».

L'administration du président Muhammadu Buhari a ainsi lancé de nouvelles explorations dans une zone allant de l'Etat central de Benue au cœur des bastions de Boko Haram, dans le nord-est de l’Etat du Borno. Une nouvelle découverte dans le Nord-Est permettrait de diversifier l'approvisionnement du pays et de métamorphoser cette région pauvre, qui vit essentiellement de l'agriculture et de l'élevage.

«Le président serait très heureux si nous faisions une découverte», explique le porte-parole de Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), la compagnie nationale. «C'est une priorité pour la NNPC et c'est une priorité pour le pays», ajoute-t-il.

Ouvriers nigérians marchant près d'un gazoduc à Port Harcourt Nigeria
Ouvriers nigérians marchant près d'un gazoduc à Port Harcourt (Nigeria) le 29 septembre 2015. © AFP - FLORIAN PLAUCHEUR

Quid de Boko Haram?
Mais pour les spécialistes du secteur, le pompage de pétrole dans le Nord-Est, où les djihadistes continuent de mener une féroce guérilla, pourrait engendrer les mêmes travers que dans le Sud, ancienne région séparatiste dans les années 60. «Ce n'est pas vraiment une conjoncture gagnant-gagnant pour nous, si nous trouvons du pétrole là-bas, cela motivera d'autant plus Boko Haram à attaquer», estime Dolapo Oni, analyste des questions énergétiques chez Ecobank.

«On risque de commencer à voir les communautés de la région chercher à exercer davantage de contrôle sur les terres, c'est ce que l’on observe dans le delta du Niger», relève-t-il. Une région qui n’a que très peu bénéficié des retombées financières de l’or noir.

De fait, il y a déjà des conflits. En mars, des propriétaires fonciers à Alkaleri (Etat de Bauchi), ont réclamé des compensations financières pour les dommages causés par les travaux d'exploration sur les terres agricoles.

Pour autant, le pouvoir nigérian reste optimiste et maintient que le pétrole du Nord-Est pourrait amortir les chocs liés aux troubles dans le delta du Niger. Il voit dans l’exploitation des hydrocarbures un moyen d’apporter à cette région défavorisée le développement dont elle a un besoin vital. Dans le même temps, il doit offrir des perspectives aux jeunes pour éviter qu’ils se tournent vers l’islamisme radical et rejoignent les rangs de la rébellion.

Les travaux d'exploration dans le Borno, qui ont débuté avant la crise économique, se concentrent sur un triangle s'étendant de Gubio à l'Ouest à Marte à l'Est, jusqu'à Kukawa, dans l'extrême Nord-Est, près du lac Tchad. «Nous avons dû suspendre les opérations le 24 novembre 2014», explique Mazadu Bako, directeur général des services d'exploration frontalière à la NNPC. A cette époque, Boko Haram, à l'apogée de sa puissance, contrôlait de vastes territoires dans l’Etat du Borno,

Concurrence entre les Occidentaux et la Chine
Pour mener les recherches, le NNPC travaille avec le Bureau for Geophysical Corporation, une filiale du géant pétrolier China National Petroleum Corporation (CNPC) spécialisée dans l'exploration de données sismiques. Le Nigeria mise sur l'expérience de la CNPC au Tchad et au Niger voisins pour faire des découvertes significatives.

Tanker déchargeant produits pétroliers à Lagos Nigeria
Tanker déchargeant des produits pétroliers à Lagos (Nigeria) le 5 juin 2006. © REUTERS - George Esiri

Dans le bassin de Doba au Tchad, près de la frontière camerounaise, CNPC, la compagnie américaine Exxon et le géant britanno-suisse de négoce Glencore produisent environ 110.000 barils/jour, selon le cabinet de conseil Wood Mackenzie.

D'autres investisseurs étrangers ont manifesté leur intérêt. En novembre 2016, la NNPC a signé un protocole d'accord avec le britannique Savannah Petroleum, acteur majeur au Niger, pour évaluer le potentiel commercial de la région.

En janvier 2017, la NNPC a déclaré avoir «intensifié sa collaboration» avec le groupe franco-américain de services pétroliers Schlumberger pour explorer la zone du lac Tchad. «Il y a un tas de bassins dans cette région du Nord, qui (...) sont clairement sous-explorés», affirme Gail Anderson, analyste Nigeria chez Wood Mackenzie. Et d’ajouter: «Il y a un potentiel certain (…). Mais encore une fois, si Boko Haram est présent, vous n'aurez peut-être pas envie d'aller forer dans le Nord-Est».