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Nigeria: la maison du fondateur de Boko Haram sera transformée en musée

Par Géopolis (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 29/11/2017 à 15H40

Les attentats n'ont jamais cessé à Maiduguri au nord-est Nigeria
Les attentats n'ont jamais cessé à Maiduguri, au nord-est du Nigeria © STRINGER / AFP

La maison du fondateur de la secte islamiste Boko Haram, devenue un groupe djihadiste sanglant, sera transformée en musée, a annoncé un membre du gouvernement, qui espère perpétuer le devoir de mémoire d'un conflit qui ravage le Nigeria depuis près de dix ans. Depuis 2009, Boko Haram a fait au moins 20.000 morts et forcé plus de 2,6 millions de personnes à fuir leurs maisons.


Boko Haram (l'éducation occidentale est un péché, en langue haoussa) était un mouvement rigoriste avant de sombrer dans la terreur. Mohammed Yusuf, un prêcheur musulman charismatique, a fondé en 2001 son mouvement islamiste radical dans un quartier de Maiduguri, capitale de l'Etat du Borno, dans le nord-est du Nigeria. 
 
Il drainait à l'époque de nombreux membres, souvent de jeunes étudiants déçus par la corruption de leurs leaders et par le pouvoir en place, qui se rassemblaient dans le Markaz (centre, en arabe), où se trouvaient des dortoirs et une mosquée. 
 
Transformer ce lieu en un musée, serait, pour le ministre local de l'Information Muhammad Bulama, un moyen de «documenter, préserver et archiver l'Histoire» du Nigeria. «L'insurrection de Boko Haram marque un tournant fondamental dans l'histoire du Borno (ancien empire du Bornu, riche carrefour commercial dès le XIVème siècle, NDLR)», poursuit Muhammad Bulama.

Raid meurtrier
Le centre coranique est en ruines depuis que l'armée nigériane l'a envahi en juillet 2009, dans un raid qui a duré six jours et fait près de 800 morts, dont Mohamed Yusuf quelques jours plus tard alors qu'il était en détention. C'est cet évènement sanglant qui poussera notamment le nouveau leader du mouvement, Abubakar Shekau, à prendre les armes et déclencher un conflit meurtrier et, quelques années plus tard, à vouloir mettre en place un califat autour du Lac Tchad.
 
Le Markaz rassemblera «tous les objets en lien avec l'insurrection», explique le ministre à l'AFP, rejetant l'idée que cela pourrait glorifier l'image de Mohamed Yusuf. «Notre histoire ne peut pas être écrite sans référence à Boko Haram. Nous devons avoir une image claire et juste de ce qu'il s'est passé», a-t-il insisté.  

Promesses prématurées
Le monument, situé à 90 kilomètres de Maiduguri, a toutefois été englouti dans les destructions de la guerre, comme une immense partie de cette région dévastée.

L'immense ville du nord-est du pays, qui est encore la cible d'attaques kamikazes et le refuge de près d'un million de déplacés du conflit, devra retrouver une paix durable et reconstruire son image, avant que des touristes ou les écoliers ne viennent déambuler dans ses musées.
 
En décembre 2016, lorsque l'armée nigériane a annoncé fièrement avoir repris le contrôle de la forêt de Sambisa, bastion du groupe djihadiste, le gouverneur de l'Etat Kashim Shettima avait vu les choses en grand: il voulait transformer leur camp de base, le Camp Zéro, également en un musée. Il a déclaré que le 22 décembre, jour de l'attaque qui se voulait ultime, serait proclamé comme un jour férié.
 
Depuis, après des mois de combats, les soldats ne contrôlent à nouveau plus Sambisa, ce que réfute toujours l'armée. Depuis 2009, le conflit de Boko Haram a fait au moins 20.000 morts et forcé plus de 2,6 millions de personnes à fuir leurs maisons.