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Nigeria: le français, principale langue étrangère apprise à l'école

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 20/03/2018 à 17H02, mis à jour le 20/03/2018 à 18H15

Etudiants diplômés l'université d'Ibadan dans sud-ouest Nigeria.
Etudiants diplômés de l'université d'Ibadan dans le sud-ouest du Nigeria.  © REUTERS/George Esiri

Le Nigeria anglophone, et ses 180 millions d'habitants, est entouré de pays francophones. En 1998, le dirigeant de l’époque, Sanni Abacha, avait institué le français comme deuxième langue officielle du pays. Une décision plus symbolique que réelle, mais ces dernières années, le français est devenue la principale langue étrangère apprise à l'école.

 
Première économie d'Afrique de l'Ouest, le géant anglophone n'en est pas moins isolé au plan régional, entouré de voisins francophones (Cameroun, Tchad, Niger, Bénin). Conscient de cette fragilité, le président Sani Abacha a voulu faire du français la deuxième langue officielle du pays. La décision était éclairée par la nécessité de renforcer les relations socio-politiques et économiques du Nigeria avec ses pays voisins, tous francophones.

Le général Abacha avait lancé l’idée d’une «université française» à Badagry, à quelques kilomètres du Bénin, avec un campus où la devise était: «Ici, on parle français!» Mais après son départ, les actions pour favoriser l’apprentissage du français ont vite périclité.

En 2015, le président Goodluck Jonathan a encore donné un nouvel élan à l’apprentissage du français au niveau dit «basic education» qui va de la première année du primaire à la troisième année du secondaire. Le français connaît depuis un boom permis par la formation de 4000 enseignants.

Avantage sur le marché du travail
A Lagos, les cabinets de recrutement privilégient les candidats francophones. La maîtrise du français permet de travailler dans les multinationales mais aussi dans les entreprises nigérianes qui font des affaires dans les pays limitrophes. Selon le ministère de l’Education, «la maîtrise de la langue française donne aux diplômés nigérians une plus grande mobilité sur le marché du travail international.»

En raison de l’appartenance à un même espace économique (celui de la Cedeao), des épreuves de français ont été introduites dans les examens pour accéder à de hauts postes de la diplomatie, de l’armée et du ministère des Finances.

Dans la capitale économique, les francophones représenteraient aujourd’hui un million d’habitants (sur 22), dont de nombreux migrants venus de la sous-région. Comme, entre autres, des professeurs de français originaires du Bénin ou du Togo ou des ouvriers du bâtiment originaires d’Afrique de l’Ouest.

L'anglais: langue étrangère?
Bien qu'étant la langue officielle du pays, l'anglais peut également être considéré comme une langue étrangère, car maîtrisée par une partie seulement de la population (surtout par les élites et dans les grandes villes). Encore aujourd’hui, le pidgin (créole anglais), le yorouba et des dizaines d’autres dialectes s’imposent dans la plupart des régions.

Le français, reste quant à lui un marqueur social fort. Si vous le maîtrisez, cela laisse entendre que vous avez été formé dans une bonne école. Cela vous positionne socialement.
Pour le business, l’anglais est indispensable, mais Il y a un véritable appétit pour apprendre le français. La dizaine d’Alliances françaises ou d’instituts français présents sur le territoire compte plus de 12.000 étudiants.

Le français est une langue que beaucoup de Nigérians veulent acquérir pour communiquer avec leurs voisins francophones, sauf dans les Etats du Nord où l’apprentissage de l’arabe est privilégié (lié à la religion musulmane).

L’apprentissage du français se heurte toujours au manque de professeurs qualifiés. Le gouvernement français mène une politique volontariste, en rendant plus facile l’accès aux bourses d’étude pour voyager en France, en formant des enseignants et en rénovant les méthodes d’apprentissage.