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Nigeria : le pétrole au cœur d’une nouvelle poussée sécessionniste dans le Sud

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 03/12/2015 à 11H55

Manifestant pro-Biafra
Un manifestant pro-Biafra brandit le portrait du militant indépendantiste biafrais Nnamdi Kabu, lors d'une manifestation le 18 novembre 2015 à Aba, dans le sud-est du Nigeria. Ses partisans réclament sa libération. © Photo AFP/Pius Utomi Ekpei

Il s’appelle Nnamdi Kabu et milite au sein du groupe interdit «Organisation du peuple indigène du Biafra». C’est la nouvelle figure de proue des indépendantistes biafrais depuis qu’il a été arrêté et inculpé de conspiration. Les manifestations se multiplient. Des renforts policiers ont été déployés dans le sud-est du Nigeria.


La radio pirate Biafra dont il est directeur a été interdite par les autorités qui lui reprochent de diffuser des messages de haine. Dans ses émissions, l’activiste biafrais abordait des sujets délicats sur les tensions qui persistent entre le Sud, majoritairement chrétien, et le Nord musulman, accusé d’accaparer les richesses du pays.
 
Son maintien en détention a provoqué une vague de manifestations dans les villes du Sud-Est. Les sympathisants de son mouvement revendiquent sa libération et la création d’un Etat indépendant au Biafra, région déshéritée pourtant très riche en pétrole.
 
Les fantômes de la guerre du Biafra
Cette nouvelle poussée séparatiste rappelle les années sombres de la guerre sanglante du Biafra, déclenchée il y a cinquante ans (entre 1967 et 1970) par une déclaration d’indépendance.
 

Le Colonel Ojukwu

Le Colonel Ojukwu, leader des indépendatistes biafrais proclamant l'indépendance de la république du Biafra, le 30 mai 1967. La guerre civile éclate aussitôt. © Photo AFP


La République du Biafra fut proclamée le 30 mai 1967 par le gouverneur général de la région de l’Est, le Colonel Ojukwu, qui affirme défendre la cause du peuple Ibo ignoré par le pouvoir central. Pendant trois ans, la guerre fait rage entre les forces sécessionnistes et l’armée loyaliste du général Gowon qui parvient à récupérer le Biafra en 1970. Le bilan est très lourd: un million de morts.
 
Aujourd’hui, cette région s’estime toujours lésée au sein de la confédération du Nigeria et veut prendre en main son destin. Et elle n’est pas la seule à se dresser contre le pouvoir central. C’est le cas aussi pour le delta du Niger.
 
Le contrôle des revenus pétroliers en question
Pour rattraper son retard, le delta du Niger qui regroupe cinq Etats du Sud-Est, n’a pas l’intention de sortir de la confédération. Mais il revendique le contrôle exclusif des revenus pétroliers qui proviennent de son sol.

Le lobby «Mouvement d’auto-détermination du delta du Niger» conteste désormais le pourcentage de recettes du brut attribué à chacun des 36 Etats de la confédération. Les 13% allouées à la région du delta «nous privent des ressources que nous a données Dieu», a déclaré Annkio Briggs, responsable du mouvement. Elle réclame la totalité des revenus du pétrole tiré de son sol.
 
Pour elle, l’architecture politique du Nigeria avec 19 Etats classés comme appartenant au Nord et 17 au Sud serait le fruit de «manipulations pour dominer socio-économiquement et politiquement» le Sud dont fait partie le Delta.
 
C’est la même revendication qui a été à l’origine des violences qui ont secoué le delta du Niger dans les années 2000.
 
Otages compagnie shell dans delta Niger

Des travailleurs étrangers de la compagnie pétrolière Shell pris en otages par les militants séparatistes nigérians, le 18 février 2006 dans le delta du Niger. © Photo AFP


Une région pauvre malgré les milliards de son pétrole
Entre 2003 et 2009, la guerre du pétrole a fait d’énormes dégâts causés par les attaques, les enlèvements et les sabotages des installations pétrolières par le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger. Le pays avait perdu le quart de sa production pétrolière quotidienne en raison de ce conflit qui s'est achevé par la signature d'une amnistie en 2010.
 
Aujourd’hui, l’épineuse question du pourcentage de recettes du brut touchées par chaque Etat revient sur le tapis. Avec le risque de réveiller les oppositions ethniques et régionales qui divisent le Nigeria.
 

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