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Nigeria : «le président est malade, très malade même», s’inquiète la société civile

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 04/05/2017 à 16H42, mis à jour le 04/05/2017 à 16H48

Le président Nigeria Muhammadu Buhari
Le président du Nigeria Muhammadu Buhari lors d’une visite en Gambie le 13 décembre 2016.
© Photo AFP/Sellou

Pour la troisième fois consécutive, le président du Nigeria, Muhammadu Buhari n’a pas pu se rendre au conseil hebdomadaire du gouvernement qui se réunit chaque Mercredi. Malgré les déclarations rassurantes de son entourage, les rumeurs vont bon train sur son état de santé. Des membres de la société civile lui demandent de «se mettre en congé du pouvoir».

Son absence prolongée pour un congé médical à Londres début 2017 avait déjà suscité de nombreuses interrogations sur la nature de sa maladie. Il était finalement rentré dans son pays début mars après plus de huit semaines de traitement. Et sans que personne ne sache de quoi il souffre. Depuis, tout semble indiquer que le président ne parvient plus à assumer les lourdes fonctions qui sont les siennes à la tête de l’Etat.
 
Des craintes d’une situation de blocage
Dans une lettre ouverte dont l’AFP s’est procuré une copie, des membres de la société civile tirent la sonnette d’alarme. Ils craignent une situation de blocage que pourrait causer l’absence du président des affaires du pays. Ils lui demandent par conséquent de se mettre en congé du pouvoir, sans plus attendre.
 
«Contrairement à ce que prétendent certains responsables aujourd’hui, le président est malade, très malade même. Ce qui nous inquiète, c’est qu’on ne l’a pas vu en public depuis deux semaines. On ne nous dit pas non plus s’il est soigné dans un hôpital au Nigeria», confie à RFI Maître Falila Falama, signataire de la lettre ouverte reprise par plusieurs journaux nigerians.
 
Des journées de deux heures de travail en moyenne
Dans leur lettre du 1er Mai, les signataires, parmi lesquels des juristes, des politologues et des défenseurs des droits de l’homme, révèlent que le président, affaibli par la maladie, ne travaillerait plus que deux heures par jour en moyenne. Aussi  lui demandent-ils de déléguer le pouvoir à son vice-président, Yemi Osinbajo, conformément à la Constitution.
 
Malgré les absences répétées du président qui ont nourri les spéculations et les rumeurs, son porte-parole assure que Monsieur Buhari, 74 ans, travaille «depuis la maison» et qu’il a juste besoin de se reposer après son traitement en Angleterre. Quant à sa femme, Aisha Buhari, elle assure que l’état de santé de son mari «n’est pas aussi grave que ça en a l’air».

L'écrivan nigerian Wolé Soyinka

 
L’écrivain nigérian Wolé Soyinka à Berlin le 4 Mai 2016. Le prix Nobel de littérature rappelle que le président du Nigeria appartient au domaine public.
 
 
© Photo AFP/Roland Popp/DPA


«Pourquoi nous cache-t-il son état de santé »?
Des propos qui sont loin de rassurer les Nigerians. «Pourquoi nous cache-t-il son état de santé ? s’interroge Wolé Soyinka, prix Nobel de littérature, très actif dans la société civile nigeriane. Il estime que le président devrait comprendre «qu’il appartient au domaine public».
 
«Soit il va bien et il s’acquitte de ses tâches au sommet de l’Etat en se rendant au bureau. Soit il va mal et il reste à la maison sur les conseils de son médecin. Si quelqu’un est malade, il ne peut pas travailler de la maison», plaide l’avocat Femi Falana, au micro de RFI.
 
La presse nigeriane annonce que le président Buhari ne s’est pas rendu non plus à la mosquée pour la prière hebdomadaire du Vendredi 28 avril, ni au mariage de l’un de ses petits-fils le lendemain.
 
De quoi relancer le débat très sensible au Nigéria sur la question de la santé du chef de l’Etat. En 2010, l’ancien président Umaru Yar’Adua était décédé d’une maladie longtemps cachée à ses compatriotes. Ils avaient fini par apprendre qu’il avait succombé à des problèmes cardiaques.
 
Son hospitalisation à l’étranger avait déclenché des mois d’incertitude. Une situation que les Nigérians n’ont pas envie de revivre en cette période de récession économique et d’insécurité, entretenue par la secte islamiste Boko Haram.
 
L’actuel mandat du président Muhammadou Buhari s’achève en février 2019.