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Nigeria : Le retour très attendu du président Buhari après cinq mois d'absence

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 20/08/2017 à 15H54, mis à jour le 20/08/2017 à 16H09

Le président nigérian retour à Abuja après trois mois d'absence 19 août 2017
Le président Nigérian de retour à Abuja après plus de trois mois d'absence, le 19 août 2017 

Après cinq mois passés à Londres pour un traitement médical dont la nature est restée secrète, le président nigérian est rentré samedi 19 août 2017 dans son pays. Face à cette absence prolongée, de nombreux Nigérians se demandent s'il est encore en état de gouverner le pays le plus peuplé d'Afrique et de poursuivre son combat contre la corruption qui mine l'économie.

Soulagement au Nigéria, après le retour de Muhammadu Buhari, soigné depuis trois mois à Londres. Agé de 74 ans, le président Buhari a passé cette année plus de temps à Londres qu'à Abuja. La population réclame des éclaircissements sur la gouvernance du pays, même si l'intérim du pouvoir a été confié au vice-président, Yemi Osinbajo. 
 
Pour tenter de rassurer ses concitoyens, le président Buhari s’adressera lundi 21 août 2017 à ses compatriotes par l’intermédiaire d'une allocution radio- télévisée.
Les questions sur sa santé se heurtent à un silence officiel assourdissant alors que la population s'inquiète de la situation économique du Nigeria, de l’insécurité et de la corruption généralisée. Ce silence a entretenu les rumeurs dans un pays encore marqué par la mort du président Umaru Yar'Adua en 2010, après des mois de traitement médical à l'étranger.
 
Le président Buhari a fondé son image sur son intégrité. Il a été élu en mars 2015 après une campagne électorale axée sur la lutte contre la corruption, endémique dans ce pays riche en pétrole. Il en a fait une priorité, mais la tâche est immense et non sans danger.
 
Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2015,  le gouvernement nigérian a débarrassé la fonction publique de 50.000 travailleurs fictifs qui touchaient leur salaire depuis de nombreuses années. Onze des principaux bénéficiaires de cette escroquerie ont été traduits devant la commission pour les crimes économiques et financiers (EFCC).

Un audit des retraites à également permis de récupérer 13 milliards de nairas en 2016 (30 millions d'euros).
 
Malgré les 150 millards d'euros que rapporte chaque année le riche sous-sol du pays, la moitié de la population vit toujours avec moins d'un euro par jour.

Corruption et gaz à tous les étages
Le principal dossier traité à ce jour par l’EFCC est le scandale de l'ancien directeur des services de sécurité, accusé d'avoir détourné plus de 2 milliards de dollars destinés à la lutte contre Boko Haram. Sambo Dasuki aurait été la cheville ouvrière d’un vaste détournement de fonds publics.

Au cours de la campagne électorale de 2015, Muhamadu Buhari a accusé l'administration de son prédécesseur, Goodluck Jonathan, d'avoir pillé les caisses de l'Etat.
Le programme phare du général Buhari vise à débarrasser le pays de la fraude et promouvoir la bonne gouvernance dans la vie publique. Une politique risquée au Nigeria, qui heurte de puissants intérêts.

D'anciens barons proches du pouvoir, dont des ministres et des juges très haut placés, ont été accusés de corruption ou de blanchiment d'argent et sont aujourd'hui traînés devant les tribunaux.
Quinze magistrats de haut rang ont été arrêtés en octobre 2016. Parmi eux, plusieurs juges accusés d'avoir perçu des pots-de-vin. Des enquêtes ont permis de découvrir 800.000 dollars en liquide et des documents compromettants.

La population soutient combat président Nigérian contre corruption
Manifestation en soutien au président nigérian et à son combat contre la corruption (Abuja , le 11août 2017) © NurPhoto/ afp

Minorité prédatrice
Après des décennies de dictature militaire, le Nigeria souffre d’une gouvernance centralisée autocratique et d’une minorité prédatrice, qui détourne les ressources publiques à son profit.
L’hypothèse que le président Buhari ait pu se soigner, mais également se mettre quelque temps à l’abri à Londres, n’est pas totalement à écarter. Une assistante du président, Lauretta Onochie, affirmait en juin 2017 : «Certaines personnes ne veulent pas le succès du président Buhari, et cherchent à le renverser». D’autant que malgré sa maladie, les dirigeants de l'Union Africaine (UA) lui ont confié, le 5 juillet dernier, la mission de lutter contre la corruption pour le compte de l'UA.

Une lutte contre la corruption devenue une absolue nécessité depuis l’effondrement du prix du pétrole, qui représenterait 70% des recettes publiques du pays.

Fraudes et corruption nourrissent des frustrations régionales dont Boko Haram, au nord, et la rébellion du delta du Niger, au sud, sont en partie la résultante. Un danger majeur dans un pays déjà entravé par une dette colossale et une insécurité chronique.

Le président Buhari compte sur la lutte contre la corruption pour augmenter les recettes publiques et lutter contre le chômage qui touche 45% des jeunes diplomés. Le gouvernement à promis de récompenser financièrement et de protéger ceux qui dénonceraient des détournements de fonds publics