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Nigeria: les enlèvements de masse, un mode de recrutement pour Boko Haram

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 27/02/2018 à 14H29, mis à jour le 27/02/2018 à 14H43

Capture écran tirée d'une vidéo diffusée 2 janvier 2018 par Boko Haram
Capture d'écran tirée d'une vidéo diffusée le 2 janvier 2018 par Boko Haram, où apparaît le chef du group islamiste Abubakar Shekau. © HANDOUT/AFP

Boko Haram mène depuis 2009 une insurrection sanglante dans le nord du Nigeria, son pays d'origine. Le groupe djihadiste armé, qui sévit aussi au Niger, au Tchad et au Cameroun, utilise le kidnapping de masse comme mode de recrutement. Dernier en date, celui 110 élèves dans une école de Dapchi, dans l'Etat de Yobe, quatre ans après l'enlèvement de 276 lycéennes à Chibok dans l'Etat de Borno.


L'enlèvement de Dapchi, le 19 février 2018, a ravivé la crainte d'un «nouveau Chibok». Ce kidnapping, en 2014, avait donné une tragique notoriété à Boko Haram, suscitant une vague d'émotion internationale sur les réseaux sociaux avec le mouvement Bring back our Girls (Rendez-nous nos filles).

Le 15 janvier 2018, le groupe djihadiste nigérian Boko Haram a publié une vidéo dans laquelle apparaissent 14 jeunes filles, présentées comme des lycéennes de Chibok, affirmant qu'elles ne veulent pas retourner au Nigeria. En mai 2017, une autre brandissant une arme proclamait sur une vidéo qu'elle refusait aussi de rentrer chez elle. Rien n'indique toutefois où et quand ces messages ont été enregistrés, ni si ces personnes parlent librement ou pas.


L'attaque de Dapchi soulève une nouvelle fois des interrogations sur la capacité du gouvernement nigérian à vaincre Boko Haram, après neuf ans de conflit, et à protéger les écoles, une des cibles privilégiées des insurgés.

Les autorités sont sorites du silence après six jours de confusion sur le décompte des élèves enlevées, confirmant, le 25 février 2018, la disparition de 110 jeunes filles sur les 906 élèves que comptait alors l'école. Il y a quatre ans, la même confusion avait régné sur les chiffres et les circonstances de l'enlèvement de Chibok: le chef d'Etat actuel, Muhammadu Buhari, alors dans l'opposition, avait dénoncé l'inaction de l'administration du président Goodluck Jonathan. 

Boko Haram affaibli?
Affilié au groupe Etat islamique depuis mars 2015, Boko Haram mène une lutte armée dans toute la région du Lac Tchad. Ses campagnes sanglantes n'épargnent pas les professeurs et les étudiants dans le nord-est du Nigeria, où le groupe djihadiste veut installer son califat. L'armée nigériane quadrille la région, dévastée par neuf années d'insurrection, et reprend au fur et à mesure les territoires occupés auparavant par les terroristes islamistes qu'elle a annoncé maintes fois avoir «écrasés».

Affaibli, Boko Haram possède encore une évidente force de frappe. A propos de l'enlèvement de Dapchi, le groupe dispose d'une «logisitique importante en amont et d'un endroit sûr où les emmener ensuite. Il ne peut pas s'agir d'un acte spontané», estime Yan St Pierre, consultant en contre-terrorisme au Mosecon (Modern Security Consulting Group), cité par l'AFP.

Boko Haram signifie «l'éducation occidentale est un péché» en haoussa, la langue la plus parlée dans le nord du Nigeria. C'est à l'origine le surnom «populaire» qui a été donné à la secte radicale Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'Awati Wal-Jihad, qui signifie «ceux engagés auprès du Prophète pour la prédication et le djihad».

Mohammed Yusuf capturé puis exécuté
Dans les années 1990, les prêches de son fondateur, Mohammed Yusuf, drainent de plus en plus de fidèles à Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno (nord-est). Mais on considère que Boko Haram est né en 2002, quand Yusuf commence à attirer l'attention des autorités. Prônant un islam radical, il accuse les valeurs occidentales, instaurées par les colons britanniques, d'être responsables des problèmes du pays (indépendant depuis 1960).

Ysuf séduit la jeunesse désoeuvrée de Maiduguri et plus largement du nord-est du Nigeria, critiquant le régime central d'Abuja, gangréné par la corruption, qui néglige le développement socio-économique de la région, majoritairement musulmane. En 2009, des affrontements entre Boko Haram et la police éclatent à Maiduguri. L'armée tue alors 700 personnes et capture Yusuf, exécuté sans jugement.


Le mouvement devient clandestin, ses cadres s'enfuient à l'étranger. Abubakar Shekau, bras droit de Yusuf, lui succède. Sortis de la clandestinité, les mouvements djihadistes internationaux sont en pleine expansion et rassemblés derrière al-Qaïda. Le nouveau chef de Boko Haram ne veut plus seulement faire appliquer la loi islamique au Nigeria, mais s'engage à déstabiliser l'Etat avec une campagne de violences, de conversion en masse et de terreur. L'escalade de la violence passe alors par des dizaines d'attaques faisant plusieurs milliers de morts. Ecoles, églises, mosquées, symboles de l'Etat et forces de l'ordre, sont pris pour cible principalement dans le nord et le nord-est du pays.

Depuis 2009, les attaques de Boko Haram et la répression par l'armée ont fait au moins 20.000 morts et 2,6 millions de déplacés au Nigeria.