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Nucléaire iranien: quand Hans Blix fait un rapprochement avec l'Irak

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 19/03/2013 à 17H44, mis à jour le 19/03/2013 à 17H44

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Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad visite un centre de recherche nucléaire à Téhéran, le 16 février 2012. © AFP - HO

Il y a dix ans, les Etats-Unis envahissaient l’Irak, accusé à tort de cacher des armes de destruction massive. L’ex-chef des inspecteurs de l’ONU missionnés dans le pays, le Suédois Hans Blix, demande que l’on ne répète pas cette erreur en lançant une guerre contre l’Iran. Pourtant, selon la Maison blanche, Téhéran disposera de l’arme nucléaire dans «un peu plus d’un an».

«Le monde a la mémoire courte (…). Les erreurs tragiques commises en Irak ne sont pas prises suffisamment au sérieux», a estimé le 6 mars 2013 l'ancien diplomate suédois, âgé de 82 ans, devant un groupe restreint de journalistes lors d'un passage à Dubaï. «Dans le cas de l'Irak, il y a eu une tentative de la part de certains pays d'éradiquer des armes de destruction massive qui n'existaient pas. Aujourd'hui, on parle de s'en prendre à l'Iran, pour éradiquer des intentions qui n'existent peut-être pas. J'espère que cela n'arrivera pas», ajoute-t-il.
 
Ancien ministre suédois des Affaires étrangères, Hans Blix avait dirigé de 1981 à 1987 l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). En 2000, il avait été nommé directeur exécutif de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection (COCOVINU). Les inspecteurs des Nations-Unies chargés de rechercher la présence d'armes de destruction massive avaient ainsi travaillé sous sa direction entre fin 2002 et début 2003 en Irak. Ils n’avaient rien découvert.

Hans Blix s'était opposé à l'invasion de ce pays, déclenchée le 20 mars 2003 par l'ancien président américain George W.Bush et l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair au nom des armes de destruction massive qu'était censé détenir Saddam Hussein. Il avait plaidé jusqu'au bout pour la poursuite des inspections. Après l'arrivée des troupes occidentales en Irak, la Maison Blanche avait dépêché une équipe de quelque 1.000 inspecteurs chargés de fouiller le pays. Eux non plus n'avaient pas trouvé d'équipements prohibés.
 

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Hans Blix, ancien responsable des inspecteurs de l'ONU chargés de rechercher des armes de destruction massive en Irak, en train de discuter avec une journaliste à Washington, le 21 février 2012. © AFP - Karen Bleier

Aujourd'hui, l’ancien diplomate suédois estime que l’on a encore moins de preuves sur l'existence d'un programme d'armement nucléaire en Iran. «Il est vrai que les négociations diplomatiques ont traîné au cours des dernières années, et ont abouti à peu de résultats. Certains pensent qu'une guerre pourrait résoudre le problème (...). Mais à mon avis, un conflit serait un désastre, et il pourrait provoquer une déflagration terrible dans la région», affirme-t-il. De plus, ajoute-t-il, «si l'Iran n'a pas décidé de fabriquer des armes de destruction massive, il le ferait après une guerre».

L'ancien diplomate pense qu’il ne faut pas trop mettre la pression sur l'Iran. «Les menaces peuvent soutenir la diplomatie, mais elles peuvent aussi avoir un effet contraire», avertit-il. Et il estime que Téhéran, accusé par les pays occidentaux et Israël de chercher à fabriquer l'arme atomique, a donné «des signaux positifs» lors des négociations menées les 26 et 27 février 2013 à Almaty (Kazakhstan) avec le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France et Allemagne).
 
Ce groupe a proposé d'atténuer certaines sanctions, qui étranglent l'économie iranienne, en échange de concessions de la République islamique. Il a aussi renouvelé la demande faite à l'Iran d'arrêter l'enrichissement à 20% de l'uranium.
              
Où en est le programme nucléaire iranien ?
Tout le monde ne partage pas le point de vue de Hans Blix. Loin s’en faut. «Nous pensons que cela prendra un peu plus d'un an ou à peu près avant que l'Iran ne développe une arme nucléaire», a ainsi déclaré le 15 mars le président américain, Barack Obama, à une semaine de sa visite en Israël. «Si nous pouvons régler (ce dossier, NDLR) diplomatiquement, ce sera une solution plus durable. Sinon, je continuerai à conserver toutes les options sur la table. Quand je dis que toutes les options sont sur la table, toutes les options sont sur la table et les Etats-Unis ont, bien sûr, des capacités significatives», a ajouté le locataire de la Maison Blanche dans une menace à peine voilée. Pour « des capacités significatives», il faut évidemment comprendre : «Des capacités militaires significatives»

Pour l’Etat hébreu, le programme nucléaire iranien est une «menace existentielle». Résultat : Israël est suspecté de tenter de retarder l’éventualité de la mise au point d’une bombe par des actes de sabotage et des assassinats de scientifiques iraniens.

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Timbres iraniens présentant (à gauche) une installation nucléaire et (à droite) les ruines de la cité perse ancienne de Persépolis, deux symboles de fierté nationale (23 janvier 2006). © AFP - RANIAN DART ASSOCIATION

Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique, publié en novembre, l'Iran a terminé l'équipement en centrifugeuses de son site souterrain d'enrichissement de Fordo (centre). Même si le nombre de ces engins en fonctionnement est resté le même, le pays s'est ainsi doté de la capacité d'augmenter rapidement sa production s'il le souhaite, dixit l’AIEA. Laquelle parle ainsi de «possible dimension militaire» du programme nucléaire de la République islamique. Celle-ci affirme le caractère pacifique de ce programme mais insiste sur sa volonté de poursuivre son enrichissement.

Comment, alors, parvenir dans ce dossier à un résultat sans action militaire ? «La meilleure manière pour les puissances occidentales d’obtenir des résultats», dans ce domaine comme dans d’autres (sur la Syrie notamment), «est d’arrêter la politique d’isolement et de sanctions  contre l’Iran», pense l’expert Thierry Coville, de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Selon lui, «l'Iran est un pays avec lequel il faut parler parce qu'il est incontournable dans la région et parce que pour des raisons culturelles et historiques, c'est un pays qui se "radicalise" quand il est menacé. Il faut revenir à une vision politique et stratégique de l'Iran, et arrêter de tout voir à travers la question du nucléaire», ajoute l’observateur.

Aux sources du programme nucléaire iranien

France 24, 20 octobre 2009