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Ouganda: des journalistes arrêtés pour fausse information sur Museveni et Kagame

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 24/11/2017 à 11H49

Au Sommet l'UA à Addis Abeba en janvier 2017
De gauche à droite, les présidents ougandais Yoweri Museveni, congolais Denis Sassou Nguesso, et rwandais Paul Kagame, posant pour la photo de famille lors du 28e sommet de l'Union Africaine, le 30 janvier 2017, à Addis Abeba. © Minasse Wondimu Hailu/Anadolu Agency

Coup de filet contre la presse en Ouganda. Huit directeurs et rédacteurs en chef de plusieurs journaux ont été arrêtés à Kampala et incarcérés à la prison de Nalufenya. Leur tort, avoir publié un article sur l’implication du président Museveni dans un complot contre le président Kagame.Le chef de la diplomatie ougandaise a démenti l’information et réaffirmé la solidité des relations avec le Rwanda


Mercredi 22 novembre 2017 à Kampala, la police ougandaise procède à des descentes en règle dans les locaux du journal en langue anglaise Red Peppers (Piment rouge), ainsi que d’autres publications en langues locales appartenant au même groupe.

Le journal «Red Peppers» bouclé par les forces de l'ordre 
Au cours de l’opération, huit directeurs et rédacteurs en chef ont arrêtés et incarcérés à la prison Nalufenya près de la capitale.
 
«Leurs téléphones, ordinateurs ainsi que d’autres équipements professionnels et privés leur ont été confisqués», a indiqué l’avocat du Red Pepper. Le journal dont les locaux étaient bouclés par les forces de l’ordre n’est pas paru ce jour-là, a encore précisé Dickens Byamukama.


Selon la police, les personnes appréhendées sont accusées d’avoir publié deux jours auparavant, sous le titre M7 plotting to overthrow Kagame-Rwanda, un article sur l’implication du président ougandais, Yoweri Museveni, dans un complot destiné à renverser son homologue rwandais, Paul Kagame.

Non seulement cet article est faux, a déclaré le porte-parole de la police, mais il constitue une menace pour la région. «La police a ouvert une enquête concernant les affirmations et insinuations graves contenues dans cet article qui a de sérieuses implications sur la stabilité et la sécurité régionales», a indiqué Emilian Kayima.
 
De son côté, le ministère ougandais des Affaires étrangères a démenti les allégations colportées par des publications et des plateformes insinuant que les relations bilatérales entre les deux pays avaient atteint un point de rupture.
 
Sous les démentis, la tension croissante entre Kigali et Kampala
Accusant Red Pepper d’avoir reproduit un article malveillant de la publication rwandaise en ligne Rushyashya, le chef de la diplomatie ougandaise a réaffirmé la solidité des liens bilatéraux avec Kigali. «Le Rwanda demeure un partenaire stratégique de l’Ouganda dans nos visions respectives de l’intégration et de la paix et la sécurité de la région», a déclaré Patrick Mugoya.
 
Un démenti qui cache pourtant mal la tension croissante entre les anciens «frères» Museveni et Kagame, qui s’accusent désormais mutuellement de préparer des attaques contre leurs pays respectifs.
 
En février 2017 déjà, le journal rwandais Rushyashya, accusait Yoweri Museveni d’avoir aidé à recruter et former des réfugiés rwandais dans le but d’évincer Paul Kagame. Un recrutement effectué sous la direction d’un ancien chef des services de renseignements rwandais, le lieutenant-général Faustin Kayumba Nyamwasa.
 
Par ailleurs, l’ancien conseiller économique du président Kagame, le milliardaire Tribert Rujugiro, aujourd’hui exilé en Afrique du Sud, a choisi à la même époque d’investir 20 millions de dollars en Ouganda pour développer un programme agro-forestier dans la région d’Aoura, dans le nord du pays.
 
Déchu de sa nationalité et privé de ses biens, Rujugiro est considéré par Kigali comme un proche de Museveni et le principal financier des formations rebelles de Kayumba.