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Pakistan

Pakistan: le blasphème, une arme pour faire taire les libéraux

Par Eléonore Abou Ez avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 24/01/2017 à 12H10

Des manifestants brandissent portraits blogueurs disparus
Des Pakistanais brandissent les portraits des blogueurs disparus, lors d'une manifestation le 10 janvier 2017 à Islamabad.  © AFP/ AAMIR QURESHI

Alors que les journalistes sont déjà sous pression, une vaste campagne de répression est menée contre les libéraux sur les réseaux sociaux. Les accusations de blasphème se multiplient sur Twitter et Facebook et mettent en danger les personnes ciblées.


«Le groupe d’athées commettant le blasphème sur Facebook a été vaincu.» Ce message posté par Pakistan Defence, un compte influent favorable à l’armée, illustre la campagne virulente qui a lieu sur le web pour dissuader les voix dissonantes. Les accusations de blasphème sont une incitation au meurtre au Pakistan, république islamique très conservatrice.
 
Disparition de cinq militants des droits de l’Homme
Cinq défenseurs des droits humains sont portés disparus depuis le début de l’année 2017. Samar Abbas, Salman Haidar, Waqas Goraya, Asim Saeed et Ahmad Raza Naseer ont un point commun: ils militent tous pour la laïcité et critiquent notamment l’armée et l’intolérance religieuse. Sur les réseaux sociaux, ils sont qualifiés de «blasphémateurs» et d'«ennemis de l’islam» dont il faut se débarrasser.
 
Servir d’exemple
En multipliant les accusations de blasphème à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme, les conservateurs pakistanais font d’une pierre deux coups. Ils musèlent leurs plus virulents détracteurs et dissuadent les autres.
De nombreux commentateurs libéraux ont d’ailleurs fermé les comptes et les pages où ils s’exprimaient pour ne pas se faire traiter de blasphémateurs.
 
Le triste sort des «blasphémateurs»
Pour de nombreux observateurs, la campagne menée dans le pays est savamment orchestrée. Des ONG pointent du doigt les services de renseignement dans la disparition des défenseurs des droits de l’Homme et s’inquiètent des accusations de blasphème.

En 2011, un élu libéral qui avait appelé à la réforme de la loi sur le blasphème avait été abattu à Islamabad. Au moins 17 personnes condamnées pour blasphème sont aujourd’hui dans le couloir de la mort.