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Philippines: une Saoudienne fuyant un mariage forcé rapatriée de force à Ryad

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 14/04/2017 à 17H46

Carte d'embarquement Dina Ali Lasloum
Photographie de la carte d'embarquement de Dina Ali Lasloum pour le trajet Koweit-Manille, le 9 avril 2017, postée sur Twitter.  © Twitter

Un appel au secours d’une Saoudienne circulait sur les réseaux sociaux depuis le 10 avril 2017. Dina Lasloum, 24 ans, avait fui le royaume pour éviter un mariage forcé. Rattrapée par sa famille à l’aéroport de Manille, elle a été rapatriée de force à Ryad. Son sort inquiète désormais l’ONG Human Rights Watch qui a alerté les autorités car elle risque d’être tuée sous prétexte de «crime d’honneur».


Cherchant à échapper à un mariage forcé en Arabie Saoudite, Dina Ali Lasloum, une femme de 24 ans, a fui son pays le 9 avril 2017, via le Koweit, comme en atteste sa carte d’embarquement photographiée et postée sur Twitter.

«Si je rentre en Arabie Saoudite, je suis morte» 
En transit à l’aéroport phillippin de Manille, elle se voit confisquer son passeport et sa carte d’embarquement pour un vol à destination de l’Australie. Elle lance alors, le 10 avril, un appel au secours dans une vidéo tournée à l’aéroport et jetée comme une bouteille à la mer sur les réseaux sociaux.
 
«Ils ont pris mon passeport et m’ont enfermée pendant 13 heures… si ma famille vient, ils vont me tuer. Si je rentre en Arabie Saoudite, je suis morte. S’il vous plaît, aidez-moi!», lance-t-elle dans son message.

 
Alertée, l’ONG de Défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch s’est aussitôt penchée sur son cas. Elle a interrogé quatre personnes sur l’affaire, dont deux qui ont parlé à la jeune Dina à l’aéroport International Ninoy Aquino de Manille.
 
Une Canadienne, Meagan Khan, en transit elle aussi le 10 avril à Manille, a corroboré le récit de la jeune fugueuse et l’a aidée à enregistrer son message vidéo. Selon elle, quelques heures plus tard, Dina Lasloum a identifié deux hommes arrivés à l’aéroport comme étant ses oncles et avec lesquels elle passera huit heures.
 
De son côté, l’office philippin d’immigration a démenti détenir la Saoudienne, mais un officier de sécurité a confirmé avoir vu la jeune femme dans une petit centre d’hébergement temporaire. Elle lui a confié sa peur de rentrer avec ses oncles en Arabie Saoudite et il a pu constater des traces de violence sur ses bras.
 
Ligotée avec du sparadrap, la jeune Saoudienne continuait de se débattre
Il a également témoigné avoir vu deux agents de sécurité et trois personnes «de type oriental» venir la récupérer dans sa chambre et l’emmener bouche, pieds et mains entourés de sparadrap alors qu’elle continuait de se débattre.
 
Par ailleurs, une source saoudienne a envoyé à HRW des photos obtenues par un employé de l’aéroport de Ryad précisant tous les détails du vol retour de Dina et de ses oncles: départ de Manille par le vol SV871 de la Saudi Airlines, arrivée à Ryad le 11 avril à minuit.
 
Des passagers du vol ont affirmé à l’agence Reuters qu’ils avaient vu la femme se faire embarquer sur l’avion en hurlant. «J’ai entendu une femme crier. Puis j’ai vu deux ou trois hommes la traîner. Ils n’étaient pas Philippins, ils avaient l’air plutôt Arabes», a raconté une témoin à l’agence.
 
Deux autres personnes ont également remarqué que la jeune Saoudienne n’était pas réapparue en même temps que les autres passagers au moment du débarquement.
 
Human Rights Watch interpelle les autorités saoudiennes
Selon HRW, le rôle des autorités philippines n’est pas clair dans cette affaire. En tant que signataires de le la convention des réfugies de 1951 et de la convention contre la torture, les Philippines ont une obligation de ne pas renvoyer dans son pays une personne susceptible d’y encourir de mauvais traitements.
 
L’affaire s’est produite au moment où le président philippin, Rodrigo Duterte, était en visite dans le royaume. L’ambassade d’Arabie Saoudite à Manille a affirmé sur Twitter que l’histoire était fausse. Pour elle, il s’agit d’un incident de famille et «la citoyenne est rentrée avec sa famille au pays».
 
Sans nouvelles de Dina depuis cet enlèvement, la directrice de HRW pour le Moyen-Orient, Sarah Leah Whiston, a tiré la sonnette d’alarme. «Les autorités saoudiennes doivent immédiatement protéger cette femme de sa famille pour s’assurer qu’elle n’est pas soumise à des violences et elle ne doit pas être punie pour s’être enfuie», a-t-elle déclaré.