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Pologne: le gouvernement populiste s'attaque à l'école

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 03/04/2017 à 09H40, mis à jour le 03/04/2017 à 09H40

Dans école à Varsovie 31 mars 2017
Dans une école à Varsovie, le 31 mars 2017. © AP - SIPA - Czarek Sokolowski

40 à 45% des enseignants polonais étaient en grève le 31 mars 2017, à l’appel de leur syndicat. Motif: la réforme de l’éducation qui risque, selon eux, de détruire de nombreux emplois. Le gouvernement entend supprimer les collèges, estimant qu’ils ne fonctionnent pas bien. Alors que ce système, instauré au début des années 2000, est devenu une référence internationale.


«Le premier pas, aujourd'hui, est de changer les structures, le second sera de s'attaquer aux programmes, qui seront concentrés sur le passé de la Pologne, et non l'avenir. C'est une erreur de s'enfermer dans des mythes nationaux et ne pas avancer dans l'avenir, vers une société ouverte à l'Europe», s'indignait Jan Skrzypek, enseignant en arts plastiques dans un collège de Varsovie, lors d’une manifestation regroupant plusieurs dizaines de milliers d’enseignants le 19 novembre 2016 à Varsovie.

Les profs craignent en effet que l’on modifie en profondeur les programmes pour les orienter davantage vers des «valeurs patriotiques», cheval de bataille du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir.

En l’état, le projet du gouvernement vise à remplacer l'actuel système d'éducation à trois niveaux (école primaire, collège et lycée), par un système à deux niveaux. Il s'agit ainsi de revenir au dispositif scolaire de l'époque stalinienne, ce qui entraînera la liquidation des collèges. «Il s’agit juste de supprimer les collèges. Nous tous, on est absolument contre cela, (ces écoles) sont une réussite», expliquait Bozena Ludna, directrice du collège de Glucholazy (ouest de la Pologne) lors de la manifestation du 19 novembre. D’autres critiques estiment que le gouvernement populiste veut aussi en profiter pour ouvrir grande la porte de l’école à ses partisans.

Mais pour le pouvoir, il s’agit d’abord de réformer un système qui fonctionne mal. Avec la suppression des collèges, la scolarité primaire passerait de six à huit ans. Celle du lycée et de l’enseignement professionnel passerait à, respectivement, quatre et cinq ans.

Enseignants en grève 31 mars 2017 à Gdynia nord Pologne
Enseignants en grève le 31 mars 2017 à Gdynia (nord de la Pologne) © AFP - NURPHOTO - MICHAL FLUDRA

Pourquoi tant de hâte?
Les arguments du gouvernement et l’urgence de la réforme, qui devrait commencer à l’automne 2017 pour s’achever en 2022, ne manquent pas de surprendre. Car les jeunes Polonais sont très bien placés dans les classements internationaux. A commencer par le fameux classement PISA de l’OCDE, selon une enquête réalisée auprès de 510.000 élèves dans 65 pays. La Pologne se place ainsi 5e en Europe et 11e dans le monde. Devant des pays comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A tel point que début 2015, les autorités d’Albion souhaitaient s’inspirer du modèle polonais pour réformer leur système éducatif! «Il y a 25 ans, les Américains, comme l’économiste Jeffrey Sachs, accouraient en Pologne pour transformer son économie socialiste moribonde en une économie de marché dynamique. Maintenant, alors que les Etats-Unis s’efforcent de réparer leur système éducatif à la traîne, le pays pourrait juste apprendre une chose ou deux de l’école polonaise. Laquelle, au cours de la dernière décennie, a quitté le fond des classements internationaux et bat (désormais) les Etats-Unis dans presque tous les indices de performance. Et ce sans dépenser beaucoup d’argent pour y arriver», constatait le journal USA Today en 2014.

Il faut dire que le système polonais revient de loin. En 1998, ses responsables faisaient le constat que rien n’y avait changé depuis les années 50 et les années staliniennes. «Les élèves y recevaient un enseignement à base d’idéologie et une formation professionnelle les entraînant vers des carrières dans une industrie lourde largement disparue», raconte le quotidien américain.

Pour l’adapter à la nouvelle donne économique et politique, les autorités décident alors, au tournant du troisième millénaire, de réformer l’école en profondeur.

De l’anglais avant toute chose
Il est alors décidé de porter la scolarité primaire à six ans. Tout en créant un système de collège où les élèves devront passer trois ans. C’est seulement à la fin de cette période qu’est prise une décision d’orientation. Règle de base: un jeune ne peut pas rejoindre l’enseignement professionnel avant l’âge de 16 ans.

La ministre polonaise l'Education Anna Zalewska 3 février 2017
La ministre polonaise de l'Education, Anna Zalewska, à Gdynia (nord de la Pologne) le 3 février 2017 © AFP - NURPHOTO - MICHAL FLUDRA

Dans ce dispositif, les connaissances de bases (la lecture, l’écriture, l’arithmétique) l’emportent sur les enseignements techniques. Les langues, surtout l’anglais, deviennent aussi une composante essentielle du système. «En 2000, 1% des élèves recevaient quatre heures d’enseignement d'une langue étrangère. En 2006, ils étaient 76%», rapporte USA Today.   

Faiblesse du système éducatif polonais: les enseignants sont mal payés. En 2014, ils gagnaient en moyenne moins de 608 euros par mois contre un salaire moyen national (pour toutes les professions) de 885 euros.

Autre problème: le meilleur enseignement des langues étrangères a facilité l’installation à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne, de centaines de milliers de jeunes Polonais! Des parents installés outre-Manche «expliquent combien les programmes dans les écoles britanniques sont faciles en comparaison de ce à quoi ils sont habitués» dans leur pays, rapporte The Telegraph. A l’heure où le système éducatif britannique s’inspire du modèle polonais, qu’en pensent les partisans du Brexit?