Le point sur...

Portugal,  Europe,  Europes

Portugal: le «bon élève de l'austérité» en difficulté

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 04/11/2016 à 09H12

Le Premier ministre portugais Costa à droite ministre Finances Centeno
Le Premier ministre portugais, Antonio Costa, et le ministre des Finances, Mario Centeno, au Parlement à Lisbonne le 23 février 2016. © REUTERS - Rafael Marchante

Les députés portugais se prononcent le 4 novembre 2016 sur le budget 2017, destiné à rassurer l’UE sur la maîtrise des dépenses. Sans renier la promesse de la majorité de gauche d’alléger l’austérité. Au bord du gouffre après 2008, le Portugal a ensuite été présenté comme un «bon élève» de la «troïka» (UE, FMI, BCE). Malgré ses efforts, le pays est à nouveau aujourd’hui sous surveillance…


«Le Portugal a connu beaucoup de réussite et est sorti avec succès de son programme d’aide internationale jusqu’au moment où un nouveau gouvernement a annoncé publiquement, après les élections: ‘‘Nous n’allons pas respecter les engagements du précédent gouvernement’’», a déclaré le 26 octobre le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, chantre de l’orthodoxie budgétaire en Europe.

Des propos qui n’ont pas plu au Portugal. Wolfgang Schäuble «est un pyromane qui tente de se faire passer pour un pompier», a réagi le président du Parti socialiste portugais, Carlos César.

Il faut dire que «ces dernières années, le pays s’est démené pour être le bon élève de l’austérité», constate Le Monde. En 2011, il avait dû accepter un plan d’aide de la fameuse «troïka», qui lui a prêté 78 milliards d’euros. En échange, il avait imposé à sa population une très sévère austérité : baisse des dépenses, cure d’amaigrissement de la fonction publique (avec baisse des salaires et du nombre d’agents)… Résultat : il avait pu sortir du dispositif d’aide en 2014, réussissant à ramener son déficit à 4% du Produit intérieur brut (contre 7,2 % en 2014). La même année, le PIB a augmenté de 0,9%. Et de 1,6% en 2015. Après un record historique de 17,5% au premier trimestre 2013, le taux de chômage s'est, de son côté, réduit, à 12,4% en 2015 (11,4% prévu en 2016).

Changement de majorité
Malgré ces bons résultats, la coalition de droite avait fortement reculé lors des élections générales d’octobre 2015 et avait perdu sa majorité absolue. Une alliance inédite du Parti socialiste, du Bloc de gauche (proche du mouvement Podemos en Espagne), du Parti communiste et des Verts avait alors fait chuter le nouveau gouvernement de Pedro Passos Coelho. Avant d’apporter son soutien à un exécutif socialiste dirigé par Antonio Costa. Avec deux objectifs contradictoires: d’un côté, tenter de concilier les engagements internationaux du Portugal, notamment vis-à-vis de Bruxelles ; de l’autre, tenir les promesses anti-austérité faites à ses électeurs et aux partis de la gauche radicale.

Le Premier ministre portugais Antonio Costa avec Jean-Claude Juncker
Le Premier ministre portugais, Antonio Costa, avec le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, le 20 octobre 2016 à Bruxelles. © AFP - BELGA MAG / BELGA / POOL THIERRY ROGE

Dans son premier budget, le nouveau gouvernement est revenu sur des mesures instaurées par la droite. Il a ainsi supprimé les coupes dans les revenus des fonctionnaires, allégé une surtaxe sur les salaires, revalorisé les prestations sociales. Et instauré le retour aux 35h dans le secteur public. Mais sous la pression de Bruxelles, il a revu à la baisse son objectif de déficit public, à 2,2% du PIB en 2016 (contre 4,3% en 2015), décidé une série de hausses d'impôts indirects sur les banques, les carburants, les véhicules et les alcools. Ainsi qu’un coup de frein sur l’investissement public (-26,2%).

Pour autant, les débiteurs du Portugal n’apprécient pas le déséquilibre des comptes publics (4,4% en 2015). Dans ce contexte, Lisbonne a dû, pour son projet de loi de finances pour 2017, revoir à la baisse ses prévisions de croissance économique, à 1,2% en 2016 et à 1,5% l’année suivante.

Pour ce budget, le message de Bruxelles a été sans équivoque: si le Portugal veut éviter de se voir couper les vivres, après avoir esquivé de justesse une amende pour dérapage de ses comptes, il devra faire preuve de discipline budgétaire. La décision sur le maintien ou non des fonds structurels dépendra, «dans une large mesure», de l'engagement de Lisbonne à mettre en œuvre un budget «conforme» aux recommandations de la Commission, a encore prévenu, le 11 octobre, l'un de ses vice-présidents, Valdis Dombrovskis. Celle-ci demande au Portugal de ramener son déficit à 2,5% du PIB.

«Le Portugal ne mérite pas une telle sanction!», a lancé le 14 octobre Antonio Costa, réitérant que son gouvernement allait «respecter» ses objectifs de déficit, tout en rendant du pouvoir d'achat aux familles.

Ra-ssu-rer face à une dette élevée
L'exécutif socialiste cherche à tranquilliser les investisseurs, inquiets de voir le Portugal entrer, à terme, dans une «spirale négative» et perdre l'accès aux marchés de la dette, comme a prévenu le Fonds monétaire international (FMI). Le poids de la dette portugaise reste élevé: celle-ci représentait 128,8 milliards d’euros en 2015 (127,9 milliards prévus en 2016). Elle atteint 131,6% du PIB, la troisième plus élevée de la zone euro, derrière l’Italie et la Grèce.

Le Parlement portugais à Lisbonne 14 octobre 2016
Le Parlement portugais à Lisbonne lors de la session du 14 octobre 2016. © REUTERS - Pedro Nunes

Dans son projet de budget 2017, le gouvernement poursuit l’allègement de la charge fiscale pesant sur les salaires. Pour juguler les déficits, il continue à avoir recours à de nouvelles hausses d'impôts indirects. Avec notamment une taxe sur les sodas et un prélèvement sur le patrimoine immobilier des contribuables fortunés. Laquelle fait bondir les professionnels du secteur, selon qui cet impôt «entamera la confiance des investisseurs étrangers». Alors que pour Antonio Costa, c'est une question de «justice fiscale».

Pour faire passer son budget, le gouvernement, minoritaire, dépendra des voix de ses alliés anti-austérité, le Bloc de gauche, proche du Podemos espagnol, et le Parti communiste, tous deux eurosceptiques. le PC a d’ores et déjà prévenu qu’il «ne signera pas de chèque en blanc». Pour autant, aux dires des observateurs, l'alliance de la gauche devrait être en mesure d'accorder ses violons. Et maintenir un équilibre précaire qui tient depuis un an.