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Pour son tourisme, l’Egypte ne veut pas entendre parler d’attentat

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 05/11/2015 à 15H08, mis à jour le 31/05/2017 à 19H08

Vue Charm el-Cheikh
La baie de Naama, haut-lieu de plongée sous-marine. © Hernis/AFP

Le crash de l’Airbus russe dans le Sinaï est probablement dû à l’explosion d’une bombe à bord. Du moins, c’est la conviction de Washington et de Londres. Au Caire, d’évidence, on préfèrerait une autre piste, car ce ne serait pas bon pour le tourisme déjà en chute en Egypte.


Le Royaume-Uni et l’Irlande ont d’ores et déjà décidé de ne plus survoler le Sinaï égyptien. Le gouvernement britannique a suspendu les vols depuis Charm el-Cheikh à destination de la Grande-Bretagne. Londres travaille sur des mesures d’urgence afin de rapatrier les touristes présents dans la station touristique.
 
De son côté, Washington a annoncé qu’un de ses satellites a repéré une source de chaleur autour de l’avion lors du crash.

Jusqu’à présent, Le Caire n’est pas pressé d’embrasser la thèse de l’attentat. Le maréchal al-Sissi demande même de prendre son temps. «Nous ne pouvons pas simplement tirer des conclusions hâtives», a-t-il déclaré à la BBC tandis que l’analyse des boîtes noires a commencé en Egypte. Allié de circonstance, le Kremlin a qualifié de «spéculations» les différentes hypothèses émises sur le crash, s’associant ainsi à l’Egypte.
 
Un attentat qui menace le tourisme
Au-delà des victimes du crash, si attentat il y a, c’est aussi tout le tourisme égyptien qui est menacé. Jusqu’à présent, le Sinaï, du moins la côte de la Mer rouge, restait le dernier lieu fréquenté par les étrangers. En effet, depuis la chute de Moubarak en janvier 2011, puis des évènements qui ont suivi, les touristes ont fui l’Egypte. Leur nombre est passé de 14,7 millions en 2010 à 10 millions en 2014. Mais si le bilan est en recul, il représente tout de même encore 11,3% du PIB.

Crash l'avion russe en Egypte
Le Kremlin n'exclut plus aucune hyptothèse. © Maxim Grigoryev / RIA Novosti

Certes, les Français ont déserté les pyramides et autres sites archéologiques, passant de 500.000 visites à dix fois moins entre 2011 et aujourd’hui. Mais les Russes, friands de baignades, étaient trois millions en 2014 sur les rivages du sud du Sinaï. Selon Richard Soubielle, vice-président du Syndicat national des agents de voyage, cité par 20Minutes, «si l’attentat se confirmait, le tourisme de détente au bord de la mer Rouge, jusque-là épargné par le terrorisme, en pâtirait».
 
Tout est dit. Et les voyagistes ont finalement les mêmes inquiétudes que les autorités égyptiennes qui escomptaient 20 millions de visiteurs et 20 milliards de dollars de revenus en 2020, selon Khaled Rami, le ministre égyptien du Tourisme.
 
Un ministre qui n’hésitait pas à confier à l’agence Reuters en mars 2015 à propos des mesures de sécurité: «Comme vous avez pu le voir ici à Charm el-Cheikh, je ne pense pas que même un rat venant du désert puisse faire quoique ce soit.»
 
L’aveu d’une faiblesse contre le terrorisme
Et c’est sans doute là aussi que le bât blesse. Si attentat il y a, le maréchal al-Sissi ne pourra que constater l’échec de sa lutte contre le terrorisme. Au point que les groupes jihadistes du nord du Sinaï peuvent agir en toute impunité au sud. Lui qui justifie sa politique répressive par la lutte contre le terrorisme risque de perdre le soutien des Occidentaux. Du reste, le credo est toujours le même en ce qui concerne l’explosion de l’avion. L’aéroport de Charm el-cheikh est sûr.
 
Pourtant, annonce l’agence de presse AP, le chef de l’aéroport a été remplacé le 4 novembre 2015. Mais ce serait officiellement une promotion. Ali Abdel-Wahad a en effet été nommé assistant du directeur de la compagnie publique qui gère les aéroports.
 
Surréaliste double revendication
Il reste enfin cette revendication du groupe «Province du Sinaï» comme se fait appeler la branche égyptienne de l’Etat islamique. Une revendication exprimée deux fois, ce qui constitue peut-être une première dans la longue histoire du terrorisme.
 
Très rapidement, Daech a revendiqué l’attentat. De la «propagande», a jugé le président Abdel Fattah al-Sissi, pour qui cette revendication «est une manière de nuire à la sécurité et la stabilité de l’Egypte ainsi qu’à son image.» Daech a donc de nouveau, mercredi 4 novembre, revendiqué l’attentat dans une vidéo. Un homme d’origine slave s’adresse à Poutine en Russe. «Comme tu nous bombardes avec ton aviation, nous avons frappé l’un de tes avions et tué 240 des tiens.»