Eclairage

Politique,  Togo,  Afrique

Pourquoi la colère gronde au Togo?

Par Eléonore Abou Ez@GeopolisAfrique | Publié le 08/09/2017 à 14H17, mis à jour le 08/09/2017 à 14H18

Manifestation à Lomé 6 décembre 2017
Grand rassemblement anti-gouvernemental à Lomé le 6 septembre 2017. Des centaines de milliers de partisans de l'opposition ont protesté à travers leTogo pour réclamer des réformes.  © PIUS UTOMI EKPEI / AFP

A l’appel de l’opposition, des dizaines de milliers de personnes ont défilé les 6 et 7 septembre 2017 à Lomé et dans les grandes villes togolaises. Les manifestants ont réclamé une alternance politique et des réformes dans le pays dirigé depuis 50 ans par la famille Gnassingbé.


«Les réformes, c’est des mensonges, on ne les croit plus. Si le peuple est décidé rien ne peut l’arrêter, pas même l’armée» affirme à l’AFP Armand Jarre, un jeune Togolais de 26 ans qui a pris part aux manifestations qui ont eu lieu à travers le pays. Une marée humaine d’«au moins 100.000» personnes rien que dans la capitale, selon Amnesty. «Un million», selon l’opposition qui regroupe plusieurs partis politiques

Qui gouverne le pays ?
Le Togo, petit pays francophone d’Afrique de l’ouest, est dirigé par Faure Gnassingbé (51 ans) depuis 2005. A la mort de son père Eyadéma (lui-même arrivé au pouvoir par un coup de force en 1967), il est désigné par l’armée pour lui succéder. Face à des pressions internationales, le fils est finalement élu lors d’un scrutin contesté. Faure Gnassingbé est réélu en 2010 puis en 2015 au terme de scrutins tout aussi contestés.
 
Que veut l’opposition ?
L’opposition réclame depuis des années des réformes constitutionnelles avec, notamment, une limitation du nombre de mandats présidentiels et un scrutin à deux tours. Elle est incarnée par le chef de file historique, Jean-Pierre Fabre (65 ans), dirigeant de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), le deuxième parti du pays, et Tikpi Atchadam (50 ans), leader du Parti national panafricain (PNP) créé en 2014.
L’alliance de ces deux pôles renforce l’opposition qui parle aujourd’hui d’une seule voix.
 
La réponse du pouvoir
Ce n’est pas la première fois que les opposants se mobilisent pour se faire entendre. Le Togo a connu plusieurs manifestations dont certaines ont été violemment réprimées. Mais aujourd’hui, le pouvoir tente de jouer l’apaisement en annonçant une réforme constitutionnelle. Celle-ci prévoit la limitation à deux mandats présidentiels sans effet rétroactif. Autrement dit le maintien du président Faure. Pas de quoi dissuader l'opposition et les Togolais, très remontés contre un régime qui n'a pas su répondre à leurs attentes..  

«La censure à l'égard des journalistes, le verrouillage de l'Internet, rien n'arrêtera la détermination d'un peuple qui semble à bout. Pendant toutes ces années, j'ai couvert le Togo dans tous les sens, parcouru des milliers de kilomètres, tourné des centaines de reportages. J'ai vu de belles réussites, de belles initiatives malgré les difficultés quotidiennes pour une majeure partie de la population, souvent livrée à elle-même, en raison du déficit des services publiques. J'ai vu beaucoup de souffrances, du désespoir et de la résilience. Mais depuis quelques jours, des milliers de personnes sortent de la torpeur dans laquelle elles étaient plongées parce qu'elles n'ont plus peur. Au plus haut niveau, un ouragan de panique est en train de souffler car un nouveau Togo semble se mettre en marche...», souligne sur son compte Facebook Emmanuelle Sodji, correspondante de France 24 à Lomé.