Eclairage

Syrie,  Moyen-Orient

Pourquoi les Kurdes sont-ils mollement soutenus à Kobané ?

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 21/10/2014 à 13H47, mis à jour le 21/10/2014 à 13H47

Bataille Kobané
Des réfugiés kurdes regardent la ville de Kobané depuis la frontière turque. © AFP

Depuis un mois, la ville de Kobané, au nord de la Syrie, à quelques centaines de mètres de la frontière turque, résiste à l’avancée des djihadistes de Daech. Des combattants kurdes opposent une résistance acharnée, sans obtenir beaucoup de soutien des membres de la coalition. En fait, les Kurdes de Syrie, alliés objectifs d'Assad, ont accumulé les inimitiés.


Francesco Desoli, chercheur italien vivant au Proche-Orient, a publié dans la revue italienne de géopolitique Limes un article consacré aux rivalités entre les différents mouvements kurdes. Où l’on comprend que la perspective d’un Kurdistan syrien puissant ne réjouit personne, ni en Syrie, ni en Irak, ni en Turquie.
Car la minorité kurde joue un bien curieux méli mélo géopolitique entre Irak, Turquie et Syrie. Et le peuple kurde se trouve représenté par des groupuscules variés aux intérêts contradictoires.
 
Les Kurdes alliés d'Assad
Ainsi en Syrie, les Kurdes ont clairement joué la carte de Bachar al-Assad. Ce dernier a autorisé le Parti de l’Union Démocratique (PYD) à rentrer en Syrie. Assad a donné une certaine autonomie aux Kurdes. Le PYD devait contrôler et neutraliser les mouvements de révolte dans sa région. En parallèle, dès juillet 2012, le régime syrien a retiré ses forces de sécurité de ces régions pour les redéployer à Damas ou Alep.

«Avec l’accord implicite du régime, le PYD a occupé le vide de pouvoir, a pris le contrôle des structures militaires et des bâtiments administratifs abandonnés, et a enlevé les symboles du pouvoir central», écrit Francesco Desoli.
Et, c’est la branche armée du PYD qui combat les djihadistes de EI en Syrie, en particulier à Kobané.
 
Sauf que cette position pro-Assad n’est pas partagée par tous les Kurdes. Seize petits partis, exilés en Irak, ont voulu faire contrepoids au puissant PYD. Avec la bénédiction des Kurdes d’Irak, ils se sont fédérés. Ils devaient même partager le pouvoir avec le PYD, selon un accord signé à Erbil en juillet 2012. Le puissant PDK irakien pensait ainsi jouer de son influence dans le Kurdistan syrien.

Zones peuplement kurde
Zones de peuplement kurde au nord de la Syrie © Human Rights Watch

Bras de fer entre Kurdes 
Patatras ! L’accord est resté lettre morte. Il s’est alors déroulé une bien curieuse lutte entre Kurdes d’Irak et de Syrie. Le Kurdistan irakien allant même jusqu’à fermer sa frontière pour isoler économiquement le PYD et l’obliger à partager le pouvoir. Nouvel échec. Bien loin de fléchir, grâce à une série de succès militaires, les Kurdes de Syrie réussissaient à étendre leur contrôle sur plusieurs zones.

Mais le PYD, pour garder le pouvoir, n’a pas fait dans la dentelle. Un rappport de Human Rights Watch de juillet 2014 parle d’une série de violatiion des droits de l’Homme, de l’assassinat de neuf opposants politiques en trois ans et de l’expulsion de dizaines d’opposants vers l’Irak.
 
Le PYD, à l’abri d’Assad et des rebelles, a longtemps présenté une espèce de troisième voie en Syrie. Il gère trois cantons autonomes au nord, et notamment Kobané. Tout allait pour le mieux jusqu’à ce que les djihadistes de EI attaque ses positions à l’automne 2013 puis en juillet 2014.
Or, le PYD s’est trouvé bien esseulé pour s’opposer à l’avancée des djihadistes.

Les soupçons turcs
Car le passé n’a pas créé que des amitiés. Le PYD sent le souffre car il est allié objectif d’Assad. Il est fâché avec le PDK irakien. Il est surtout honni par Ankara pour qui, il n’est autre que le PKK, le mouvement kurde accusé de terrorisme. Le 19 octobre 2014, le président Erdogan a d’ailleurs rappelé qu’il était opposé à toute livraison d’armes aux Kurdes de Syrie.
 
Mais les temps changent. L’opinion internationale s’émeut de voir fléchir Kobané, sans intervention des alliés anti-EI. Les USA viennent de parachuter des armes fournies par les Kurdes d’Irak. La Turquie, elle, accepte désormais de laisser passer les Kurdes de Turquie pour aller combattre à Kobané.