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Environnement,  Afrique

Prédatrice des cultures, la chenille légionnaire d’automne progresse en Afrique

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 29/06/2017 à 14H57, mis à jour le 13/09/2017 à 16H52

Une femme tient larve chenille légionnaire d'automne Zimbabwe 1422017
Dans son champ de la banlieue d'Harare, cette femme a trouvé en février 2017 des chenilles légionnaires d'automne. Le Zimbabwe a organisé en début d'année une réunion d'urgence pour tenter de limiter sa propagation à tout le continent. © AP Photo/Tsvangirayi Mukwazhi

Originaire d’Amérique, elle est très vorace. La chenille légionnaire d’automne, alias Spodoptera Frugiperda, s’attaque depuis début 2016 aux cultures de maïs, blé, millet, riz... nourritures de base des populations. En septembre 2017, elle était répertoriée dans 28 pays du continent africain.


Peur sur l’Afrique : tout commence début 2016 avec la découverte du nuisible à Sao Tomé et Principe, au Nigeria, au Togo et en Afrique centrale. Les larves seraient arrivées sur le continent via des végétaux venus d’Amérique.

Depuis, la chenille (larve d’une mite) a essaimé dans tout le continent. 

Carte de la FAO (l’Organisation des nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), diffusée le 20 juin 2017.

Carte FAO
Carte de la FAO sur l'infestation de la chenille légionnaire d'automne. En vert, les zones officiellement infestées; en jaune, les régions où elle a été détectée mais en attente de rapports officiels. © Capture d'écran/FAO

A l’origine parasite du maïs, la chenille légionnaire d’automne peut s’attaquer à 26 familles de plantes, parmi lesquelles le blé, le millet, le sorgho, le riz, le coton, le soja, la canne à sucre, la pomme de terre, le tabac… et détruire plus de 70% des cultures. Et comme le papillon de cette espèce vorace peut effectuer une centaine de kilomètres par nuit et la femelle pondre de 1500 à 2000 œufs, l’invasion est rapide : en un an et demi, elle s'est répandue comme une traînée de poudre.

Craintes de pénurie alimentaire
En septembre 2017, le Centre international pour l’agriculture et les biosciences (Cabi) a tiré la sonnette d'alarme lors d'une conférence pour évaluer la situation et réfléchir aux mesures à prendre et aux options capables de minimiser les dommages. C’est la «première fois que cette espèce cause de telles destructions de champs» sur le continent a précisé le Cabi en indiquant que 28 pays étaient touchés par le fléau contre 17 en avril.


Avec la destruction des plantes, vient celle des animaux. Puis la pénurie alimentaire guette les populations. En Afrique australe, où 40 millions d’habitants sont en insécurité alimentaire et viennent de vivre une famine, la destruction des cultures augure du pire.

Guinée et Soudan du Sud également touchés
La Guinée et le Soudan du Sud ont signalé sa présence. Ce dernier pays doit déjà faire face à «une insécurité alimentaire grave touchant près de 6 millions de personnes, selon les estimations», précise le site french.china.

David Phiri coordinateur FAO à Harare en février 2017.
David Phiri, coordinateur de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) pour l'Afrique australe, le 14 février 2017 à Harare, au Zimbabwe. © Jekesai NJIKIZANA / AFP

«Si au premier stade, le simple usage de pesticides peut suffire, indique à l’AFP le coordinateur de la FAO pour le sud de l'Afrique David Phiri, d'autres solutions sont ensuite envisageables, comme le biocontrôle (des alternatives naturelles aux pesticides), creuser des tranchées autour de la ferme ou l'usage de prédateurs naturels comme les oiseaux. En dernier ressort, cela peut aller jusqu'à brûler entièrement les récoltes.»

La chenille pourrait coloniser la planète
Un ravageur qui pourrait se répandre, comme l’indique l’AFP: «Une étude menée par le Cabi montre que ces chenilles pourraient se propager dans les prochaines années en Asie tropicale et en Méditerranée, devenant une menace majeure pour le commerce agricole mondial.»

Aujourd'hui, le Cabi indique «que 10 pays pourraient perdre annuellement entre 2,2 et 5,5 milliards de dollars, en raison des dommages enregistrés au niveau du maïs (Nigeria, Malawi, Bénin, Cameroun, Tanzanie, Ouganda, Mozambique, Zimbabwe, Ethiopie et RDC.

Il faut donc agir vite contre cet insecte sur lequel les pesticides ne sont efficaces que lorsque la larve n’est pas développée et les dégâts sur les cultures pas encore visibles...