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Présidentielle à Madagascar: une élection aux allures de revanche

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 12/10/2018 à 17H12

Trois anciens présidents candidats à élection présidentielle malgache
Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina, Hery Rajaonarimampianina, anciens présidents et candidats à l'élection présidentielle à Madagascar.

36 candidats sont en lice pour l’élection présidentielle du 7 novembre. Parmi eux, 4 anciens chefs d’Etat: Hery Rajaonarimampianina (2013-2018), Andry Rajoelina (2009-2014), Marc Ravalomanana (2002-2009) et Didier Ratsiraka (1975-2002). Une élection aux allures de revanche pour ces rivaux. La campagne a débuté avec son lot de scandales susceptibles (une fois encore?) de déraper en crise politique.


Les Malgaches vont désigner les 7 novembre et 13 décembre 2018 (2nd tour) leur prochain président de la République. Malgré la croissance économique retrouvée, le pays affiche toujours un taux d'extrême pauvreté proche de 75% et le pouvoir d’achat n’a guère progressé depuis 1960. La moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique et un très grand nombre ne sont pas scolarisés.

Ce sont pourtant les responsables de cet échec économique et politique qui sont «donnés grands favoris» pour recueillir le vote des Malgaches. Avec la présence de quatre anciens présidents de la République, le débat risque d’être confisqué par les poids lourds de la politique malgache. Ils sont les seuls à avoir les moyens financiers et les troupes militantes pour mener une campagne forte sur l’ensemble de la Grande île.

Les Malgaches ont le choix entre 36 candidats, mais il sera difficile de se renseigner sur les programmes et les idées de chacun. Si la population aspire au renouvellement de la classe politique, la pléthore de candidats complique son choix.

Sitôt donné le coup d'envoi officiel de la campagne électorale, Andry Rajoelina (44 ans), Marc Ravalomanana (68 ans) et Hery Rajaonarimampianina (59 ans) ont déployé caravanes, banderoles et slogan.

Vieilles rivalités
Les rivalités entre les trois principaux prétendants ont vite ressurgi à l'approche d'une élection aux allures de revanche. En 2013, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana avaient été interdits d’élection. La candidature de l'amiral Didier Ratsiraka avait également été invalidée par la Cour électorale spéciale.

PDG d'un grand groupe agroalimentaire, Marc Ravalomanana avait été contraint à la démission par un coup de force de l'armée après de violentes manifestations de rue inspirées par le maire d'alors de la capitale Antananarivo, Andry Rajoelina. Celui-ci lui a succédé, avec la bénédiction des militaires, à la tête d'un régime de transition non-élu jusqu'en 2014.

Rajoelina et son frère ennemi Ravalomanana avaient été interdits de candidature dans le cadre d'un «plan de sortie de crise». C'est l'ex-ministre des Finances Hery Rajaonarimampianina qui a alors tiré les marrons du feu pour accéder à la magistrature suprême. 

Election ouverte ou crise politique
La campagne électorale s’annonce une fois encore tendue dans la Grande île, avec ses premières polémiques et scandales. Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana ont dénoncé une inégalité de traitement à cause du défaut d’autorisation de vol d’hélicoptère qu’ils souhaitent utiliser pour leur campagne électorale.

Plus sérieux, la polémique autour d'un accord de pêche et d’aquaculture signé (en catimini, dit l’opposition) le 5 septembre 2018 à Pékin, pour un montant de 2,7 milliards de dollars. Construction de chantiers navals, intégration d'une flotte de 330 navires… les informations disponibles sur le contenu du contrat sont plutôt maigres.

La société civile a demandé à connaître les termes du contrat, mais les représentants de la partie malgache signataire affirme qu'il est impossible de dévoiler le contenu de l'accord puisqu'il s'agit d'une initiative privée avec des entreprises privées.

De leurs côtés, le ministère des Pêches et l'Office national pour l'environnement ont indiqué n'avoir jamais été consultés pour cet énorme contrat. Le fait de conclure sans que les agences concernées n'aient été consultées donne matière à questionnement. «Tout ce flou-là nous prête à croire que c'est quand même une histoire qui est liée à la corruption et puisque nous entrons dans la campagne électorale, il faudrait clarifier aujourd'hui toutes les situations opaques dans lesquelles les candidats sont impliqués», affirme Ketakandriana Rafitoson, directrice exécutif de Transparency International à Madagascar.

Une pétition en ligne pour demander la révocation de l'accord avec Pékin a été lancée il y a dix jours.

Cette polémique rappelle le contrat pour l’achat de 1,3 millions d’hectares de terres arables par la société coréenne Daewo, une affaire qui avait fait tombé Marc Ravalomanana en 2009.

Lors de son premier discours de campagne, le président sortant Hery Rajaonarimampianina a déclaré qu’il souhaite une «victoire immaculée (propre)» et interpellé les électeurs à ne pas se laisser acheter leur voix par les autres candidats.

Malgré la bonne humeur apparente de ce début de campagne, l’inquiétude persiste. Dans l’histoire politique malgache, les élections présidentielles ont régulièrement fini en crise politique. Les Malgaches croisent les doigts pour que l’élection du 7 novembre se déroule dans le calme.

22 candidats sur 36 ont déjà mis en doute la transparence et la crédibilité du scrutin, remettant notamment en cause la composition des listes électorales.