Prix Bayeux-Calvados: Adrianne Ohanesian raconte le conflit du Soudan du Sud

Par Michel Lachkar et Laurent Filippi | Publié le 07/10/2017 à 18H33, mis à jour le 08/10/2017 à 12H38

Adrianne Ohanesian est une photographe américaine de 30 ans qui se rend régulièrement dans le nord-est de l’Afrique, au Soudan du Sud depuis l’indépendance du pays en 2011. Au départ, c’était pour découvrir les premiers pas d’un pays nouveau. Aujourd’hui, elle tente par son travail de journaliste de faire connaître ce conflit oublié qui a fait depuis près de quatre ans, 300.000 morts.

Viols, massacres, pillages sont le lot quotidien de la population. Une guerre civile doublée d’une catastrophe humanitaire, avec près de deux millions de personnes déplacées et autant de réfugiés dans les pays environnants, essentiellement en Ouganda et au Kenya.

Les photos d’Adrianne Ohanesian sont à la fois esthetiques et très fortes. Si les images évoquent les combats sans jamais les montrer frontalement, elles n’occultent pas la violence à laquelle la population est confrontée, ni la difficulté des Sud-Soudanais de survivre au quotidien au milieu de l’horreur. 

Michel Lachkar, notre journaliste, l’a rencontrée à la 24e édition du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. Adrianne Ohanesian lui a raconté ce Soudan du Sud meurtri.

Toutes les photos ont été prises entre 2012 et 2017.

  • «Le Soudan Sud est pays dangereux pour journalistes
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    «Le Soudan du Sud est un pays dangereux pour les journalistes

    et les humanitaires, dont plusieurs ont payé de leur vie leur volonté de témoigner ou de porter secours. Les déplacements sont difficiles, faute de routes et d’infrastructures, si ce n’est en avion avec les casques bleus des Nations Unies et les quelques organisations humanitaires qui poursuivent leurs actions dans le pays. Moi, je suis passée par le Tchad et l’Ouganda. © Adriane Ohanesian

  • La situation humanitaire est catastrophique
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    La situation humanitaire est catastrophique,

    les gens meurent de faim, on tue pour piller le bétail ou les réserves de céréales. La population manque de tout: eau potable et nourriture. En dépit d'une aide alimentaire qui arrive au compte-gouttes, principalement dans les campements de l’ONU et les camps de réfugiés.  © Adriane Ohanesian

  • Si l'ONU ONG ont fait travail méritoire
    03 /10
    Si l'ONU et les ONG ont fait un travail méritoire,

    elles ont actuellement des difficultés pour répondre aux besoins fondamentaux des réfugiés et des déplacés, en ce qui concerne la nourriture, l’eau ou l’assainissement dans des camps surpeuplés. Beaucoup de personnes sont atteintes de maladies diarrhéiques et hydriques, comme le choléra. Les malades, souvent profondément traumatisés, manquent de médicaments (pillés par les groupes rebelles) et de soutien psychologique.   © Adriane Ohanesian

  • Un million Sud-Soudanais sont actuellement dans nord l’Ouganda.
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    Un million de Sud-Soudanais sont actuellement dans le nord de l’Ouganda.

    Quand j’étais à la frontière ougandaise, en septembre 2017, 3000 personnes arrivaient chaque jour dans les camps ougandais. Des familles entières affirment ne plus vouloir retourner au Soudan du Sud.  © Adriane Ohanesian

  • Je rencontre gens dans camps réfugiés
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    Je rencontre les gens dans les camps de réfugiés,

    je recueille leurs témoignages et je vais filmer leur village ou leur maison qui a brûlé. C’est important de documenter en photos pour écrire l’histoire et rendre justice. © Adriane Ohanesian

  • Les exactions existent dans deux camps qui s’opposent
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    Les exactions existent dans les deux camps qui s’opposent,

    celui des Dinkas et de leur leader, le président Salva Kiir, et celui des Nuers de l’ancien vice-président Riek Machar. Les inimitiés ethniques sont envenimées par des rivalités de pouvoir. © ad

  • Aucune famille n’est épargnée
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    Aucune famille n’est épargnée

    par les meurtres, les viols, les déplacements et les pertes de terres agricoles. La population ne peut plus accéder aux champs, il n’y a plus de récolte et plus de semences à planter. Le pays est désormais livré à la corruption des dirigeants et des généraux qui captent la manne pétrolière, estimée à 4 milliards de dollars par an. © Adriane Ohanesian

  • Avant l’indépendance
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    Avant l’indépendance,

    il y avait déjà des conflits tribaux. Mais tous les Sud-Soudanais menaient un combat commun contre Khartoum pour l’indépendance. Aujourd'hui, il n’y a plus que des rivalités et de la violence. L’ONU n’a toujours pas réussi à protéger la population. Même les stocks du Programme alimentaire mondial et leurs véhicules sont pillés ou revendus. L’aide alimentaire, les armes, tout est devenu corruption et business. © Adriane Ohanesian

  • Les massacres ont lieu même dans églises
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    Les massacres ont lieu même dans les églises

    où la population pense pouvoir se réfugier. Les Casques bleus chinois, mongoles, angolais et indiens ne sont pas toujours à la hauteur. Ce n’est pas leur conflit. La Chine est très présente, elle a perdu plusieurs hommes. Le pétrole qui continue de sortir du pays est exporté essentiellement vers la Chine. L’aide alimentaire n’arrive pas dans les villages, mais les armes, elles, arrivent dans les deux camps. © Adriane Ohanesian

  • Le pétrole est enjeu
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    Le pétrole est un enjeu,

    mais l’or noir n’explique pas toute cette violence. Ce sont des Sud-Soudanais qui massacrent d’autres Sud-Soudanais. La démocratisation du pays n’était qu’une illusion. Construire un Etat Nation prendra du temps.» © Adriane Ohanesian