«Pure Colère», témoignage de Camille Lepage sur des conflits oubliés en Afrique

Par Laurent Filippi | Publié le 23/09/2017 à 10H25

Le 12 mai 2014, la photoreporter Camille Lepage est morte à l'âge de 26 ans, assassinée dans une embuscade en Centrafrique. Trois ans après ce drame, sa mère Maryvonne qui a créé l’association «Camille Lepage - On est ensemble», publie un album photo des travaux de sa fille en Centrafrique, au Soudan et au Sud-Soudan. Son titre : «Pure Colère» (Éditions de La Martinière).

Dans un entretien à RFI, Maryvonne Lepage explique: «Le titre ‘‘Pure colère’’ exprime la colère qu’avait Camille. Une colère forte de ce qu'elle côtoyait au quotidien. C'est aussi ma colère que j'exprime à travers son travail.»
 
Pendant neuf mois, Maryvonne a trié plus de 10.000 photos en se posant sans cesse cette question: «Tu en penses quoi, Camille ? Est-ce que ça te convient ? Es-tu d’accord sur ces choix? Avant tout, je dois te respecter, respecter ton travail, ton engagement, tes valeurs. ‘‘On est ensemble!’’, c’est ton expression, celle des Centrafricains, et c’est la nôtre à toutes et à tous aujourd’hui. Elle est pleine de sens à mes yeux. C’est notre force !»

Les nombreux témoignages de photojournalistes et de proches de Camille Lepage font de cet ouvrage une contribution émouvante sur le travail d’une photographe engagée. «Témoigner des conditions de vie des populations en souffrance, innocentes et oubliées dans les pays en conflit», tel était le credo de Camille. «Elle voulait par-dessus tout faire connaître la situation des populations oubliées des radars médiatiques» précise sa mère.
 
En 2012, Camille Lepage part au Soudan et au Soudan du Sud pour couvrir les conflits qui déchirent ces deux pays puis rejoint, l’année suivante, la Centrafrique quand Michel Djotodia s'autoproclame président.
 
«Situées au milieu du continent africain, la République centrafricaine et la République du Soudan du Sud font partie des terres oubliées. Elles ont leur drapeau et leur siège à l’Onu, leur code téléphonique et leur suffixe Internet. Mais ces Etats sont des naufragés du monde contemporain, abandonnés à une tragique dérive sociale, politique et économique, à l’écart des enjeux stratégiques d’un monde en apparence globalisé. (…) Ce sont ces endroits qu’avait choisi de couvrir Camille, et où elle avait décidé de vivre. (…) Camille fait partie d’une poignée de journalistes qui tentent de comprendre et de raconter, et surtout de donner une existence aux êtres humains pris dans la guerre et ses convulsions», écrit Adrien Jaulmes, journaliste reporter au service étranger du Figaro dans la préface du livre.

  • Soudan Sud 10 octobre 2012
    01 /07
    Soudan du Sud, 10 octobre 2012

    Au centre de réadaptation physique de Juba. Mabior a perdu sa jambe à la guerre ; Kong, soldat de l’Armée populaire de libération du Soudan, a marché sur une mine dans l’État du Haut-Nil. Deng (sept ans) a été amputé à quatre ans après l’explosion d’une mine dans sa maison.  © Camille Lepage

  • Soudan Sud 23 juillet 2013
    02 /07
    Soudan du Sud, 23 juillet 2013

    A Yuai, Dak Kueth, prophète autoproclamé de l’ethnie lou-nuer, se tient devant les jeunes. À lui seul, il a réussi à convaincre 4.000 Nuers d’attaquer l’ethnie murle au Jongleï. S’il ne fait pas partie de l’armée, il porte néanmoins l’uniforme ainsi que des armes à feu.  © Camille Lepage

  • Kordofan Sud Soudan 21 novembre 2012
    03 /07
    Kordofan du Sud, Soudan, 21 novembre 2012

    Après le bombardement du village de Kauda, un couple marche dans les cendres de sa maison. L’attaque a détruit quatre habitations de la localité, ainsi que toutes les récoltes qui venaient d’être faites. Les familles ne pourront plus assurer leur subsistance jusqu’à la prochaine moisson, en septembre de l’année suivante.  © Camille Lepage

  • Kauda Kordofan Sud Soudan 22 avril 2013
    04 /07
    Kauda, Kordofan du Sud, Soudan, 22 avril 2013

    Depuis le début du conflit en 2011, l’école coranique de Kauda continue à accueillir les enfants de tous âges deux heures par jour. A l’extérieur du village, les jeunes Noubas n’ont quasiment pas accès à l’éducation.  © Camille Lepage

  • Bangui République centrafricaine 20 décembre 2013
    05 /07
    Bangui, République centrafricaine, 20 décembre 2013

    Dans le quartier Gobongo, des militaires tchadiens de la Force multinationale de l’Afrique centrale (Fomac) ont tiré sur des civils durant la nuit. Une femme pleure la perte de son frère. Les éléments tchadiens de la Fomac ont été accusés de collusion avec la Séléka à l’encontre des anti-balakas.   © Camille Lepage

  • République centrafricaine 25 février 2014
    06 /07
    République centrafricaine, 25 février 2014

    Deux corps ont été transportés à la mosquée Ali Babolo à la suite d’une incursion anti-balakas qui a causé la mort de cinq personnes le matin même. Le quartier PK5, régulièrement attaqué, est l’une des dernières enclaves musulmanes à Bangui.  © Camille Lepage

  • Pure Colère
    07 /07
    Pure Colère

    Éditions de La Martinière © Camille Lepage