Trois questions à...

Culture,  République Démocratique du Congo (RDC),  Congo (Brazzaville),  Afrique

Quand le Festival de Douarnenez «se passionne» pour les cinémas des deux Congos

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 21/08/2018 à 13H58, mis à jour le 21/08/2018 à 16H34

Affiche Festival cinéma Douarnenez 17 au 25 août 2018
Affiche du Festival de cinéma de Douarnenez (17 au 25 août 2018)

Les cinématographies du Congo (Brazzaville) et de la République démocratique du Congo (Kinshasa), qui se partagent les rives du fleuve Congo, sont à l'honneur sur les côtes bretonnes pour la 41e édition du Festival de cinéma de Douarnenez (17 au 25 août 2018). Entretien avec son directeur, Yann Stephant.


Pourquoi les deux Congos à Douarnenez?
Le Festival de cinéma de Douarnenez existe depuis 1978. C’est notre 41e édition et nous trouvions que l’Afrique, en général, et l’Afrique subsaharienne en particulier, était beaucoup trop absente. Cela fait plusieurs années que l’on se passionne pour les histoires, les cinématographies de ces deux Congos. Cette année, nous sommes très heureux d’accueillir des Congolaises, des Congolais, des artistes, des penseurs, des écrivains et des journalistes des deux pays à Douarnenez.

Vous avez sélectionné environ 80 films réalisés par des cinéastes congolais et évoquant ces deux pays, beaucoup de la République Démocratique du Congo (RDC) et un peu moins du Congo. Qu’est-ce qui vous a intéressé, ému et  touché dans ces filmographies et que souhaitait mettre en avant le festival?
Le festival met en avant, en général, des filmographies méconnues. Pour le coup, cela l’est vraiment. Il y a quelques classiques comme La Vie est belle (1988, avec Papa Wemba dans le rôle principal et sur la bande-originale, RDC) de Mweze Ngangura et de Benoît Lamy.

Mais nous avons décidé de faire un focus sur les jeunes générations. Une jeune génération bouillonnante des deux côtés du fleuve (Congo, NDLR) notamment avec la projection d’un premier long métrage de fiction, Maki’la de Machérie Ekwa Bahango (RDC). Nous projetons également l’intégrale d’un jeune documentariste, Dieudo Hamadi, qui en dépit de son âge a déjà une très belle œuvre à son actif. Nous avons également invité le cinéaste Nelson Makengo. Ce sont des regards qui bouleversent notre public, les préjugés, les clichés sur l’Afrique et les Congos, en particulier, tant par leur esthétique que par leur propos.


Douarnenez est un festival de cinéma mais il y a également de la musique, de la littérature et des débats. L’évènement semble être l’occasion de s’intéresser à la géopolitique, à la politique de ces Congos à travers le cinéma et l’art en général…
La particularité de notre festival de cinéma est liée au fait que nous laissons une place très importante, voire primordiale à la parole. Nous essayons d’accueillir, pour des moments de rencontres et de palabres, des invités qu’ils soient cinéastes, artistes, activistes politiques, journalistes, militants et militantes des droits des femmes, des LGBTQI…

Le festival essaie de balayer à la fois l’histoire des cultures qu’on accueille, le vécu des populations et le contexte politique. Nous partons du principe que notre public ne connaît absolument rien aux deux Congos. Il y a une progression tout au long du festival. Les questions se multiplient et se font plus complexes. Notre propos est de laisser la parole aux Congolais et Congolaises.

Pour revenir au contexte politique, qui peut être tendu dans les deux pays, voire dramatique, nous sommes très heureux d’accueillir plusieurs mouvements citoyens tels la Lucha (Lutte pour le changement, NDLR), en RDC, représentée par Rebecca Kabugho (lauréate du International Women of Courage Award). La jeune militante a été emprisonnée plusieurs fois. Dans un pays ravagé par la guerre et les guérillas, ces mouvements, eux, ont choisi les idées, le pacifisme, l’action concrète. Comme on dit au Congo-Brazzaville, ils avancent centimètre par centimère pour faire respecter le droit à la démocratie et à la liberté d’expression. Et c’est très dur. Notre festival, qui n'est pas du tout misérabiliste, présente des personnes debout et en lutte.

Combien de fois Douarnenez s'est-il tourné vers l’Afrique depuis sa création?  
Nous avons une section qui s’appelle la «Grande tribu». Ainsi, chaque année, nous projetons des films africains. En tant que thématique principale, nous avons abordé la question des Berbères au début des années 90. Nous nous sommes ensuite intéressés aux colonisations et décolonisations. Nous avons alors projeté beaucoup de films de cinéastes africains. En 2011, nous avons accueilli l’Afrique du Sud. C’est donc la quatrième fois que le continent est une thématique principale. L’année prochaine, le festival sera dédié, entre autres, à l’Algérie.

Combien de films sont programmés cette année à Douarnenez?
Environ 140 films, toutes sections confondues. Tous les genres sont représentés : de la fiction longue aux documentaires en passant par les films d’animation et d'autres œuvres plus expérimentales. Nous avons une section dédiée à la production bretonne parce que mettre en valeur notre culture est l’une des meilleures manières d’aborder l’ailleurs ou l’autre. Douarnenez est un festival de l’altérité, et nous le revendiquons.

Comment votre public reçoit-il ces deux Congos? 
Les salles sont pleines. Dans les espaces de rencontres et de débats, les gens sont passionnés, étonnés et chamboulés car cela va à rebours de bien des clichés sur l'Afrique centrale et les Congos. Nous avons la chance d’avoir des invités dont les paroles sont très fortes. Notre festival est comparable à un voyage: plus on en a apprend, plus on repart avec davantage de questions que de réponses.