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Quand les tests de naturalisation virent au cauchemar

Par Frédérique Harrus@GeopolisAfrique | Publié le 29/07/2016 à 14H16, mis à jour le 29/07/2016 à 16H11

Prestation serment naturalisation
Washington (Etats-Unis), le 14 juin 2016. Nouveaux citoyens américains prétant serment d'allégeance au drapeau.

© WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Pour «concéder» leur nationalité, différents pays posent comme condition, parmi d'autres, la réussite à un test. Cet examen peut évaluer le niveau de langue, de connaissance du pays, de ses lois et coutumes, mais il peut aussi se révéler extrêmement ardu. De simple formalité à obstacle infranchissable, tour du monde de ces tests de naturalisation.

Ne sera pas allemand qui veut, ni anglais, français, américain ou danois. Pour obtenir la nationalité de ces différents pays, il faut satisfaire à de multiples conditions, comme pouvoir prouver un certain temps de résidence, justifier de revenus permettant de subvenir à ses besoins, mais aussi réussir un test obligatoire.

So British (tellement britannique)
Les candidats à la nationalité britannique doivent répondre à un questionnaire comportant 24 questions, pendant 45 minutes. C'est un test de connaissance sur la culture, les lois et l’histoire de l’Angleterre. Pour le réussir, un conseil : bien réviser à l’aide d’annales ! Les questions et thèmes seront variés, passant des paroles de l'hymne national God Save The Queen, à des connaissances sur les grandes personnalités anglaises (auteurs, chanteurs, hommes et femmes politiques), mais aussi des textes de loi et autre éléments liés à l’histoire et la politique du pays. On dit qu’en moyenne, une personne sur trois échoue à ce test qui n’est donc pas aussi facile qu’on pourrait le penser. Il paraît qu’il est généralement plus aisé pour les ressortissants de l’Union européenne (plus proches de la culture britannique).

God Bless America ! (Que Dieu bénisse l'Amérique)
Si vous satisfaites à la partie "papiers à fournir", vous subirez une entrevue, où l'on vous posera des questions concernant votre demande, votre passé, votre personnalité et votre bienveillance à prêter Serment d’Allégeance. Les postulants à la nationalité américaine subiront aussi au cours de cet entretien un test d’anglais avec des éléments de lecture, d’écriture et d’expression orale. Mais aussi un test d’instruction civique où l'on vous posera dix questions à propos de l’histoire des États-Unis. Vous devez répondre correctement à au moins six questions pour réussir. 

Ich liebe dich (Je t'aime)
Les Allemands ont compliqué l'obtention de la nationalité allemande en 2008. Les débats avaient fait rage sur la nature des questions à poser. Un collège d'experts avait alors été réuni, il a créé 310 questions qui portent tant sur l'histoire allemande que sur les institutions régionales, nationales, fédérales du pays. Les postulants devront répondre à 30 questions issues des 310 précédemment citées. Chaque question a 4 propositions, une seule est juste. 10 items portent sur le Land (la région) dans lequel vous passez l'examen.

Une jeune femme polonaise ayant fait toutes ses études en Allemagne, raconte dans CaféBabel ses démarches pour devenir allemande :

«Il faut faire un test grâce auquel on doit prouver nos "connaissances de l'ordre légal et social et des conditions de vie en Allemagne". Je suis assise dans l'université populaire de Neukölln. Nous sommes dix. Une collaboratrice de l'université nous fait une introduction. Elle parle très lentement et très fort. Puis on nous donne des feuilles avec 33 questions, et nous commençons. "Quel genre d'État est l'Allemagne ?  A) Une monarchie, B) Une dictature, C) Une république, D) Une principauté ?" "En Allemagne, quand on atteint un certain âge et qu'on arrête de travailler, que reçoit-on la plupart du temps ? A) Une pension de retraite, B) Un salaire, C) Rien du tout ou D) Une bourse de formation ?" "Que signifie l'abréviation CDU en Allemagne ? Club deutscher Unternehmer (club des entreprises allemandes, ndt) ?" "Que voulait exprimer Willy Brandt lorsqu'il s'est agenouillé dans l'ancien ghetto juif de Varsovie en 1970 ?"» 

Une baguette, s'il vous plaît
En juin 2011, la France a aussi revu ses critère d'accession à la naturalisation. Outre une foule de papiers à fournir, il faut signer une charte des droits et devoirs du citoyen français. Et comme dans les autres pays, il faut répondre à un test, à plusieurs tests même. Le demandeur doit justifier de son assimilation à la communauté française, notamment par l'adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République et par une connaissance suffisante de la langue avec 30 questions de compréhension orale et 6 questions d'expression orale. Mais il faut aussi l'histoire posséder des connaissances sur la culture et la société françaises, au travers de 12 questions à choix multiple.

Undskyld, du må prøve igen... (Désolé, recommencez)
«La citoyenneté est quelque chose qui se mérite», martèle aujourd’hui la ministre de l’Intégration danoise Inger Støjberg, citée par Slate. Pour appuyer ces dires, les questions du test sur la culture danoise ont été tellement compliquées par rapport à l'ancien test, que maintenant, bon nombre de Danois eux-mêmes ne la méritent visiblement pas ! Questions trop difficiles, taux de réussite très bas (31.2%), les candidats sont soumis à (trop) rude épreuve. Ils ont 45 minutes pour répondre à une quantité de questions à choix multiples couvrant l'histoire, la politique, la culture et la vie quotidienne du royaume scandinave, des Vikings à nos jours... Des questions tellement pointues, que beaucoup de Danois sont incapable d'y répondre.

Autant de questionnaires faisant partie des arsenaux pour obtenir la nationalité d'un pays. En Russie, pas de questionnaire, il suffit d'avoir une profession ou une qualification intéressant le pays de Poutine...


Légendes:       anglais*       : Tellement britannique
                       anglais**      : Que dieu bénisse l'Amérique
                       allemand***  : Je t'aime
                       danois****     : Désolé, recommencez