Quel avenir pour les chrétiens d'Egypte ?

Par Laurent Filippi | Publié le 12/12/2011 à 13H42, mis à jour le 31/05/2017 à 19H13

Depuis un siècle, les relations entre coptes, la plus importante minorité chrétienne du Proche-Orient, et musulmans se sont aggravés. Discriminations, injustices, humiliations, affrontements violents et attentats, ponctuent la vie des chrétiens d'Égypte

Depuis un siècle, les relations entre coptes, la plus importante minorité chrétienne du Proche-Orient, et musulmans se sont aggravés. Discriminations, injustices, humiliations, affrontements violents et attentats, ponctuent la vie des  chrétiens d'Égypte. Depuis la chute de Hosni Moubarak,  le 11 février 2011 et la victoire des islamistes aux dernières élections législatives, fuir la terre de leurs ancêtres est-il leur unique avenir ? Les coptes représentent  environ 8% de la population égyptienne. Un tiers habitent au Caire et les autres en Moyenne-Égypte. Seule une petite minorité est riche, la grande majorité se partage entre classe moyenne et pauvre.

  • Chenouda III pape Église copte orthodoxe.

    Chenouda III, pape de l'Église copte orthodoxe.

    Copte, qui signifie « égyptien » désigne les chrétiens en Égypte, rattachés à l'église d'Alexandrie.

    L’Eglise copte est dirigée par un primat. Elle ne dépend ni de Rome, ni d’un autre patriarcat. Suite aux invasions arabes et l’islamisation de l'Egypte au VIIe siècle, ces «descendants des anciens égyptiens» se retrouvent minoritaires. Chenouda III est l'actuel primat de l'Église copte.

    © AFP PHOTO/Marwan NAAMANI

  • Une église mosquée à Nagaa Hamadi

    Une église et une mosquée à Nagaa Hamadi

    Au début du XXe siècle, les chrétiens d’Egypte participent avec les musulmans à la lutte nationaliste anticoloniale.

    Le mouvement nationaliste égyptien, en opposition à la domination ottomane puis britannique, rapproche les deux communautés.

    En 1923, le roi Fouad signe la première Constitution égyptienne qui proclame l’égalité de tous les Égyptiens sans considération d’appartenance religieuse. Des coptes se retrouvent à la tête de ministères.

    © AFP PHOTO/VICTORIA HAZOU

  • Gamal Abdel Nasser - Anouar el-Sadate - Hosni Moubarak

    Gamal Abdel Nasser - Anouar el-Sadate - Hosni Moubarak

    Mais au fil des décennies et des présidents qui se succèdent à la tête du pays (Nasser, Sadate et Moubarak), rien ne pourra endiguer la progression de l'intégrisme islamique.

    Le véritable tournant se produit lors du choc pétrolier de 1973. Des millions d'Égyptiens partent travailler dans le Golfe et en reviennent imprégnés par les doctrines du wahhabisme saoudien qui influencera définitivement la société égyptienne.

    © AFP

  • Mohamed Habib vice-guide suprême Frères musulmans en 2005.

    Mohamed Habib, vice-guide suprême des Frères musulmans en 2005.

    Dans les années 90, les Frères musulmans, opposés aux valeurs occidentales comme la démocratie ou la laïcité, utilisent les revendications coptes pour déstabiliser le pouvoir et le mettre face à ses contradictions.

    Le mouvement est interdit mais toléré. Certains de ses membres se présentent aux élections législatives de 2005 sous la bannière des «indépendants», avec pour slogan «l’islam est la solution».

    © AFP PHOTO/KHALED DESOUKI

  • Le tatouage croix au poignet est l'un leurs signes distinctifs.

    Le tatouage de la croix au poignet est l'un de leurs signes distinctifs.

    Les coptes refusent d'être considérés comme une minorité car ils se considèrent avant tout comme égyptiens.

    Dans le monde du travail ou dans la rue, les rejets sont multiples et les femmes sont les premières touchées : «des collègues barbus ne s'adressent plus qu'aux femmes voilées», des chauffeurs de taxi qui refusent des passagères, si celles ci ne portent pas le voile...

    © AFP / Hemis.fr / FRUMM John

  • Hosni Moubarak Boutros Boutros-Ghali

    Hosni Moubarak et Boutros Boutros-Ghali

    Des chrétiens comme Boutros Boutros-Ghali (ancien ministre des Affaires étrangères) participent au gouvernement.

    Mais au sein des ministères, ce ne sont souvent que des postes de subalternes qui leur sont réservés.

    Que ce soit dans la police, l'armée, la justice ou encore l'éducation, les promotions sont inexistantes. Idem pour le secteur privé. Dans les médias, les coptes sont sous-représentés et leurs problèmes occultés.

    © AFP

  • Lors obsèques coptes tués à Kosheh soir Noël

    Lors des obsèques des coptes tués à Kosheh le soir de Noël

    En janvier 2000, une dispute entre communautés dégénère en affrontement sanglant.

    Des commerces coptes sont incendiés et pillés. Vingt chrétiens trouvent la mort. Quand le procès a lieu l'année suivante, sur la centaine de musulmans arrêtés, seuls quatre sont condamnés à des peines légères.

    Emeutes et agressions antichrétiennes, se succèdent lors de la décennie.

    © AFP / MOHAMMED AL-SEHITI

  • Affrontements 3 mai 2009 au Caire entre éleveurs porcs policiers

    Affrontements, le 3 mai 2009, au Caire, entre éleveurs de porcs et policiers

    Sous la pression des islamistes, lors de la crise de la grippe A, initialement nommée «grippe porcine», les autorités égyptiennes exigent que tous les porcs soit abattus pour éviter la propagation du virus, alors qu'aucune preuve n'est apportée quand à une éventuelle contamination de l'animal à l'homme.

    Des « chiffonniers » au Caire sont agressés.

    © AFP PHOTO/KHALED DESOUKI

  • Manifestation devant ’église saints d’Alexandrie

    Manifestation devant l'’église des saints d’Alexandrie

    Le soir du Nouvel An 2011, un attentat contre des fidèles coptes, fait 21 morts et 79 blessés, devant l’église des Saints d’Alexandrie.

    Comme d'autres lieux de culte coptes, l'église fait partie des cibles potentielles du mouvement terroriste Al-Qaida.

    © AFP PHOTO/MOHAMMED ABED

  • Aéroport Caire

    Aéroport du Caire

    Le flux migratoire s'est accentué au fil des années vers les États-Unis, le Canada, ou l'Australie.

    Ce ne sont plus seulement ceux ayant les moyens financiers qui fuient le pays.

    L'exacerbation des tensions religieuses ainsi que le manque d’opportunités professionnelles poussent de plus en plus de coptes des classes moyennes à s'exiler.

    © AFP PHOTO/MIGUEL MEDINA