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Politique,  République Démocratique du Congo (RDC),  Afrique

RDC: 3e marche pacifique d'opposants catholiques au régime Kabila sous tension

Par Dominique Cettour-Rose@GeopolisAfrique | Publié le 25/02/2018 à 09H20

Le cardinal Kinshasa Laurent Monswengo devant cathédrale Notre-Dame
Le cardinal de Kinshasa, Laurent Monswengo, arrive à la cathédrale Notre-Dame, le 4 janvier 2018, pour célébrer une messe de commémoration de la journée des martyrs de l'indépendance et des personnes tuées lors des manifestations du 31 décembre 2017. © JOHN WESSELS / AFP

Interdite par le régime, une troisième marche pacifique «pour dire non à la dictature» est organisée le 25 février 2018, à l'appel du Comité laïc de coordination du diocèse de Kinshasa(CLC), collectif proche de l'Eglise catholique et reconnu par le Vatican. Les catholiques congolais attendent du président Kabila qu'il renonce à être candidat à la présidentielle prévue le 23 décembre 2018.


La mise au point du CLC circule sur les résaux sociaux. Son message se conlut ainsi: «Comme le 31 décembre 2017 et le 21 janvier 2018, nous marchons le 25 février pour mettre fin à la dictature, obstacle majeur à l'organisation d'élections libres, transparentes, crédibles et apaisées telles qu'exigées par l'accord de la Saint Sylvestre.» Cet accord, signé le 31 décembre 2016, prévoit l'instauration d’une transition politique, en attendant l’organisation d’élections présidentielles, législatives et communales fin 2017, finalement reportées au 23 décembre 2018.


La marche du 25 février, soutenue par l'opposition et la société civile, s’annonce tendue. Les jeunes du parti de Joseph Kabila, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), ont annoncé le 20 février qu'ils assisteraient aux messes qui précèdent les marches du CLC, faisant craindre des affrontements et provocations.


Une autre marche pro-Kabila
Une autre marche pacifique est prévue à Kinshasa le 25 février, cette fois à l'appel d'un mouvement se présentant comme «musulman» et proche du parti présidentiel de la RDC. Il s'agit de «L'Alliance des Kabilistes musulmans (Akam/PPRD)», qui entend ainsi «soutenir la tenue des élections le 23 décembre 2018». 

Cinq rassemblements doivent partir des mosquées pour se rendre «dans des paroisses catholiques» afin d'inviter les chrétiens à «se préparer à gagner des élections et non à créer des troubles dans le pays», a affirmé l'un des membres d'Akam, Mondo Moussa, interrogé par l'AFP.  Il accuse l'église catholique de chercher à «déstabiliser Joseph Kabila».
 
Le catholiques congolais demandent au président Kabila de déclarer publiquement qu'il ne se représentera pas à la présidentielle prévue le 23 décembre 2018. La communauté internationale maintient, elle aussi, la pression sur Kinshasa pour tenir ce scrutin à la date fixée et organiser le départ de Joseph Kabila dont le deuxième et dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016. Ce dernier ne peut donc pas être candidat à un troisième mandat, conformément à la Constitution de 2006 qui limite à deux les mandats présidentiels.

Les évêques déterminés
Le 19 février, à l’issue d’une Assemblée plénière extraordinaire de la Conférence épiscopale (Cenco), les évêques congolais ont affirmé dans un communiqué qu’ils n'abandonneront jamais leur engagement «pour l'avènement d'un Etat de droit». Ils ont appelé le pouvoir à lever l'interdiction des marches pacifiques et à en finir avec les violences et les menaces contre leurs organisateurs. Cinq membres du CLC sont, en effet, sous le coup d'un mandat d'arrêt, selon un juge du parquet. Les deux dernière marches pacifiques (31 décembre et 21 janvier) avaient été réprimées à balles réelles faisant 15 morts, selon l'Eglise (deux, selon les autorités). 

A la veille de la marche du 21 janvier, le chef de la communauté musulmane de RDC Cheick ali Mwinyi M'Kuu avait exhorté les autorités à «éviter de réprimer la marche des laïcs catholiques (mais) d'encadrer les manifestants».

Quant à l’Akam-PPRD, soupçonné de vouloir saboter la marche des catholiques du 25 février, ce mouvement n’est reconnu ni par le parti présidentiel, ni par la communauté musulmane de République démocratique du Congo, qui représenterait 10% de la population.