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Société,  République Démocratique du Congo (RDC),  Afrique

RDC: à Goma, les enlèvements d’enfants sont devenus un nouveau fléau

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 24/11/2017 à 10H01

Enfants dans camp réfugiés à Walungu à l'est RDC 2005
Enfants dans un camp de réfugiés à Walungu, à l'est de la RDC, le 10 mai 2005. © REUTERS/David Lewis DL/FOR/VP

A Goma, capitale du Nord-Kivu (est de la République démocratique du Congo), une nouvelle activité a vu le jour depuis un an: des enlèvements d’enfants contre des demandes de rançon. Certains des enfants kidnappés ont été torturés, quelques-uns auraient été assassinés. La population s’inquiète. Les autorités tentent d’endiguer le phénomène.


«Cela fait à peu près un an que ce phénomène a élu domicile dans cette ville», indique une source policière à l'AFP. A ses yeux, «c'est la situation économique qui pousse les gens à se lancer dans de telles pratiques criminelles».

La province du Nord-Kivu ne connaissait auparavant que les enlèvements d'adultes par les multiples groupes armés actifs dans la région. «Le mode opératoire est toujours le même. On torture l'enfant pour que ses parents donnent quelque chose», confirme la source policière.

Nathanaël (le prénom de l’enfant a été changé), huit ans, a ainsi été enlevé sur le chemin de l'école. Le lendemain, sa mère, qui l’élève seule et n’a pas de revenus, reçoit l'appel d'un ravisseur: «Donne-nous 5000 dollars. Sinon, tu vas retrouver le corps de ton fils devant la porte».

«Maman, on me tue!»  
Le surlendemain, nouvel appel: «Maman, on me tue !», hurle le petit garçon au téléphone alors que la mère vient d'envoyer 20 dollars par Airtel Money, un système de transfert d'argent par téléphonie mobile très utilisé en Afrique.

Nathanaël sera finalement libéré au bout d’une semaine, avec le lobe de l'oreille tranché en deux et des traces de coups de couteau sur les bras, affirme sa mère. Il lui a raconté qu'un autre enfant avait été tué devant ses yeux durant sa détention.

L’avocat de Nathanaël et de sa mère, Me Jean-Paul Lumbulumbu, dit s’occuper d’une vingtaine de familles victimes de rapts de mineurs. En juin 2017, le site de Radio Okapi, financée par l’ONU, affirmait que depuis janvier, «plus de cinq enfants ont été enlevés» à Goma. «Nous ne savons plus ce qu’il faut faire dans cette ville. Nous sommes une famille pauvre. Parfois, nous passons des journées sans manger mais des bandits viennent kidnapper nos enfants et exigent de nous de l’argent», témoigne une femme citée par Radio Okapi.

Apparemment, le montant des rançons réclamées varie en fonction des quartiers. Dans un quartier pauvre, les ravisseurs demanderont 500 dollars. Mais «dans d’autres quartiers réputés plus nantis, (ils) réclament jusqu’à 5000 dollars», rapporte Radio Okapi. Les parents doivent alors se battre pour réunir la somme. Les plus démunis s’endettent lourdement.

Que fait la police?
La population demande une action plus efficace des pouvoirs publics. Pour autant, les autorités ne restent pas inactives. La police tente de remonter la piste des ravisseurs en demandant aux opérateurs téléphoniques l'identité des abonnés. Mais pour éviter d’être repérés, les kidnappeurs ont recours à chaque fois à des numéros différents. Ils utilisent aussi des dizaines de cartes SIM.

Plusieurs ravisseurs ont déjà été arrêtés. En juin 2017, huit femmes ont été condamnées pour enlèvements. Peine la plus lourde: deux ans de prison. Trois des accusées ont été acquittées, faute de preuves. Pendant le procès, les deux enfants enlevés ont affirmé avoir dû voler du bétail pour le compte de leurs ravisseurs.

En août, trois personnes ont été condamnées à 20 ans de prison ferme. Et à payer 30.000 dollars de dommages et intérêts aux familles des victimes. Un des enfants kidnappés aurait été égorgé, ont dit les juges pendant le procès. D’autres ravisseurs présumés, dont un photographe connu à Goma, doivent de nouveau comparaître devant la justice. «Dans ce dossier, il y a enlèvement avec mort d'homme», affirme un magistrat.