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République Démocratique du Congo (RDC),  Afrique

RDC: des enfants du Kasaï désormais volontaires pour rejoindre des groupes armés

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 28/05/2018 à 16H48

Distribution nourriture à Kasala dans région agitée Kasaï en RDC.
Distribution de nourriture à Kasala, dans la région tourmentée du Kasaï, au centre de la République démocratique du Congo, en octobre 2017.   © JOHN WESSELS / AFP

Les recrutements forcés d'enfants par des groupes armés en République démocratique du Congo (RDC) sont de moins en moins fréquents, selon un rapport de l'ONG suédoise War Child. Lorsque de jeunes Congolais de la région du Kasaï rejoignent ces milices, ils le font désormais «volontairement» faute d'alternatives, pour échapper à la faim, la pauvreté et les exactions.


Le mode de recrutement des enfants par les milices armées du Kasaï a changé. «On assiste de moins en moins, a des recrutements forcés d'enfants par des groupes armés», a déclaré, le 22 mai 2018, le professeur Bavon Mupenda, en présentant un rapport intitulé Enfants tiraillés: recrues ''volontaires'' dans les groupes armés en République démocratique du Congo. La donne a changé après le départ de RDC, en 2012, de Joseph Kon, le chef de la rebellion ougandaise, l'Armée de résistance du seigneur (LRA). Le gourou ougandais, surnommé le «Messie sanglant», avait terrorisé des dizaines de milliers de civils congolais en les mutilant et en kidnappant leurs enfants pour les former au combat.
 
Echapper à la faim et au tribalisme 
Aujourd'hui, si ces enfants congolais ne sont plus embrigadés par des milices armées contre leur gré, leur recrutement «semble toutefois naître moins d'un désir que d'un choix fait au sein d'un ensemble limité d'options socio-économiques», souligne le rapport. Parmi les «facteurs d'incitation» cités figurent la pauvreté, le chômage, la faim, le tribalisme, la quête d'un refuge pour échapper aux violences commises par la police et par des groupes armés, ou le désir de vengeance.

Ce rapport de l'ONG suédoise War Child concerne les provinces du Nord-Kivu et celle du Sud-Kivu, régions où sévissent des conflits armés depuis plus de vingt ans. Plus de 70 milices armées actives y ont été recensées en décembre 2017, indique le rapport.


«Zéro enfant» au sein des FARDC
Alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) se sont «améliorées au cours des dix dernières années, le nombre d'enfants recrutés par les groupes armés et les milices est à nouveau en hausse», notamment depuis le début du conflit dans la région du Kasaï en septembre 2016, ajoute le rapport. L'assassinat, un mois plus tôt, du chef traditionnel (abattu par les forces de sécurité congolaises) des «Kamuina Nsapu», un mouvement politico-religieux qui s’est insurgé contre le pouvoir de Kinshasa, avait mis le feu aux pourdres, expliquait en août 2017 Geopolis.
 

Alors des chefs de milices armées sont venus grossir la liste noire de l’ONU, cette dernière a retiré la RDC de sa liste des pays recruteurs d’enfants soldats au sein de leurs armées. «Aujourd'hui, nous parlons de zéro enfant au sein des Forces armées congolaises», s'est félicité le ministre des Affaires sociales, Eugène Serufuli. Du côté des groupes armés qui sont la cible d'opérations militaires, on pourrait s'attendre à des résultats similaires.